L’ehpad de Damoclès.
L’Escargot.
19/07/2018
La moitié de l’année 2030 vient de se consumer, Mme DOT Reine est solide malgré ses 94 ans, c’est elle qui met une bonne ambiance et vraiment c’est une très bonne ambiance. Quand elle rejoint, avec une certaine difficulté, il faut l’avouer, le groupe des anciens qui se réunissent sous la grande coupole au centre du village, elle mène la danse et sème la bonne humeur.
Jusqu’à ses 92 ans elle était jeune, disait-elle, à qui voulait l’entendre. Le soleil, malgré ses efforts, n’arrivait pas à se lever avant elle. Comme si son poste allait lui être convoité: une plus jeune femme du groupe pourrait prendre sa place, elle s’activait sans répit la journée durant. Le lit, la toilette, le petit déjeuner (le sien et celui des autres), le rangement, la petite vaisselle, le nettoyage, les commissions au petit magasin du coin encore debout, le déjeuner, la vaisselle, le rangement, le balayage, la cuisine du soir, certes élaguée, la vaisselle, le rangement et peut être une minute restante pour la télévision… Le soleil était déjà couché depuis un bon moment là-bas, derrière la colline.
Les choses ont bien changé aujourd’hui. Elle est happée et comme enserrée par une mâchoire énorme qui enveloppe son corps de la tête aux pieds. Cette machine aux volumineuses pinces n’est autre que le robot UC diligenté en urgence par le poste de commande situé en haut de la tour qui surplombe le village. Les robots de surveillance ont reçu un message urgent transmis par les capteurs du bandeau céphalique de Mme DOT. Le message a été certifié par les divers testeurs connectés de sa chambre. Elle vient tout juste de chuter comme il arrive très souvent aux personnes de son âge. Elle pourrait donc avoir subi un choc grave qui aurait échappé à la vigilance de son accéléromètre personnel. Celui la même n’aurait pas déclenché le baudrier pneumatique censé lui éviter une fracture du col du fémur ou un traumatisme crânien. Les fractures de ce type étaient très fréquentes dans les années quatre-vingt. Elles représentaient une source de dépenses très conséquentes pour les organismes sociaux qu’il s’agisse des personnes hospitalisées en maison de retraite ou des personnes vivant en famille. Ce n’est qu’après plusieurs années de tâtonnement et avec l’arrivée de l’informatique connectée qu’ont été mis au point des détecteurs de chute. En conjuguant les données transmises par un gyroscope couplé aux testeurs de position des diverses parties du corps, ce détecteur émetteur arrivait à prévoir la chute. Si son algorithme embarqué intégrant toutes ces données aboutissait à cette certitude, il déclenchait le gonflage instantané d’une sorte de bandeau entourant le crâne. Il protégeait alors la tête du choc sur le sol. En même temps se déclenchait au niveau de la taille une protection plus large, de la même manière que le faisait les ballons gonflables qui équipaient les véhicules de transport terrestre de ce temps pas très lointain. Une certaine efficacité sur des accidents graves de la route avait orienté cette recherche sur la protection des personnes à l’équilibre précaire.
Le robot UC n’a rien d’esthétique, pas de belles couleurs, pas de forme humaine, pas de fioriture inutile. Il est par contre très fonctionnel. Il ressemblerait plutôt à un coffre de salon qui se déplacerait de façon autonome. Il est équipé de très nombreux tentacules en forme d’une faucille, disposés en ligne sur un des côtés du coffre. Ces énormes griffes sont séparées entre elles par un espace d’une dizaine de centimètres et un ingénieux système de basculement de ce peigne géant lui permet de passer sous une personne à terre sans en bouger une partie. Pour éviter des douleurs de mobilisation, il soulève les corps en un seul bloc. Une toile d’un tissu particulier laissant respirer la peau, protectrice du froid, du chaud et de la pluie enrobe automatiquement le patient. Le robot transporte en sécurité la personne jusqu’au bloc chirurgical adéquat. Mme DOT ne dit pas un mot, d’ailleurs Robot UC ne dit pas grand-chose non plus, tout au plus quelques phrases simples : ne bougez pas, n’ayez pas peur je m’occupe de vous, etc…
Par contre son robot personnel qu’elle aime tant, de type Comper X n’arrête pas de l’encourager, de lui parler, de la soutenir, de lui expliquer ce que fait Robot UC, lui répétant avec sa voix douceâtre qu’elle ne risque rien, que ce robot est spécialisé dans les problèmes de chutes d’où son nom UC pour « urgence chute ». Les Robots COMPER sont issus des premiers types de robots qui ont pris leur essor autour des années 2015 dans les maisons de retraites et les EHPAD. Ils sont devenus, bien sûr, plus instruits et « intelligents » avec l’intelligence artificielle qui a énormément évolué en 15 ans. Robot UC termine juste d’enrober Mme DOT avec douceur et précision et la soulève précautionneusement dans ses crocs de fer gigantesques, puis le « coffre » débute lentement le transfert de Mme DOT vers le service ad hoc pour un traitement rapide. Si sa meilleure amie à l’humour noir la voyait, pour sûr elle l’aurait comparée à un nem « encellophané » prêt pour le réchauffage dans un four à microondes.
Mme DOT avait intégré ce village six mois auparavant à l’ occasion du décès inopiné de sa fille qui prenait soin d’elle jusqu’alors. Elle passait et repassait la voir à son domicile de nombreuses fois par jour. Sa fille habitait le hameau voisin et connaissait bien le problème de la perte d’autonomie de nos anciens car elle travaillait dans un ehpad ancien modèle. Elle mettait tout son cœur à ce travail harassant et difficile. Le manque de personnel, la mauvaise gestion des effectifs réduits, les dotations criminellement réduites, transformaient cette activité en une besogne inhumaine. Les contacts entre le personnel soignant et les résidents de ces locaux impersonnels se réduisaient d’années en années. Au gré du développement de l’informatisation, ces établissements dont la vocation princeps aurait été une prise en charge « humaine et sensuelle des vieux » capotaient vers l’inhumanité. Et pourtant le personnel souvent dévoué se battait contre l’adversité. Il tentait de se rapprocher physiquement le plus possible des résidents qui demandaient justement ce contact. La parole, le petit sourire entendu, la très sérieuse réplique humoristique ou même le simple coup d’œil complice étaient bien venus. J’ai été témoin pendant les dernières années d’exercice de la médecine de ville de la mise en place assassine de l’informatique naissante. Elle fut imposée par une administration écervelée vouée en la croyance de la toute-puissance de cette dernière. Le contrôle inquisiteur de la moindre activité du personnel para médical aboutissait à l’asphyxie d’un travail humain raisonné. Des dizaines de tablettes ont été distribuées largua manu à chacun avec OBLIGATION de noter les moindres gestes des résidents avant même de les pratiquer, ce qui aboutit à l’aberration suivante. Une femme âgée prise d’une envie soudaine de vider sa vessie demande de pouvoir utiliser un bassin ou bien une aide urgente qui aurait nécessité une mise à disposition immédiate du dispositif s’est vue répondre : « je vais chercher la tablette ! » (Pour les autorités incompétentes, le recueil des données dans des listings informatiques stupides formatés priment sur l’humanité… lamentable involution de ces années de transition passées. Ces aberrations répétées (dans tous les domaines de la vie civile c’était ainsi, aussi) ont conduit heureusement certaines personnalités et certains personnages politiques ou intellectuels à se rebiffer et chercher d’autres comportements tout en gardant l’intérêt de la formidable avancée procurée par le développement bien conduit de l’informatique et de la nouvelle robotique.
Mme Dot dut quitter rapidement, se trouvant seule, le petit appartement de trois pièces qu’elle occupait depuis le décès de son mari survenu une dizaine d’années auparavant. On lui proposa d’intégrer ce qu’on lui présenta comme le fruit d’une recherche poussée. La nouvelle conception des logements pour personnes âgées qu’on nommait du doux terme barbare d’ehpad dans les années 2000 a abouti, de fait, à l’idée de « Village ». Ce terme, pourtant éculé, apparut comme la découverte révolutionnaire du renouveau.
Elle eut même la surprise de s’entendre dire : « nous transporterons votre appartement sur place ! » On lui expliqua que jamais elle ne sera seule, qu’elle sera dans un système de sécurité totale, ce qui, tout de même lui mit une certaine dose de doute dans son esprit. On l’a même entendu dire : « Je ne suis pas née de la dernière pluie, j’ai 92 ans. J’attends de voir. »
Le village.
Si vous arrivez du ciel, il vous apparaitra comme un colimaçon enroulé sur lui-même. Vous pourriez rentrer dans le village par le péristome de l’animal et si vous continuez la poursuite de la spirale qui se déroule à vos pieds, vous arriverez à l’apex où, de loin, semble s’ériger une tour ronde et transparente, plutôt haute, d’où émerge d’un dôme hémisphérique.
Si vous arrivez par la terre, vous aboutirez d’emblée a l’entrée du « village » ou s’ouvrira alors deux voies :
Soit vous continuez la route en spirale qui s’enroule sur elle-même jusqu’à la tour centrale ;
Soit vous prenez le rayon rapide qui aboutit au même endroit en coupant à plusieurs niveaux la route en spirale, représentant ainsi un raccourci très net pour les situations d’urgence. Ces rayons de raccourcis sont nombreux et en fait délimitent des lopins de terre sur lesquels sont construits les logements individuels ou couplés des résidents. La direction centrale, les bureaux, les services d’urgence ainsi que les divers locaux médicaux sont concentrés dans le dôme central.
Cette architectonie permet donc d’arriver très vite par les transversales à chaque logement, elles sont prioritairement réservées à cet usage mais utilisable par tous. Le chemin spiral est lui moins technique mais plus bucolique avec une certaine particularité que l’on perçoit d’emblée aisément des l’arrivée. Qu’elle se fasse à pied ou en véhicule motorisé électrique ou plasmique (ou même les anciens tacots diesel ou essence du début du siècle) l’entrée se fait en douceur. Le revêtement de cette route est fait d’un complexe élastique rendant la circulation pédestre agréable, non glissante mais surtout inoffensive. Une chute de sa propre hauteur est parfaitement bien amortie. Ce type d’enrobement contenant des débris de pneus et de caoutchouc synthétique existait déjà mais n’était utilisé que partiellement dans les jardins de jeux pour enfants des décennies précédentes. Cette avenue spirale est donc très prisée pour les promenades quotidiennes des personnes valides. Elle pourrait permettre de côtoyer une à une toutes les constructions du village, mais aussi de rejoindre par les transversales rapidement le centre moteur du « village ». Les personnes invalides ou fatiguées peuvent toujours faire appel tout simplement par l’intermédiaire de leur ange gardien Comper X à un robot spécialisé « Escapad X » pour le transport individuel dans n’importe quel endroit du village.
Pour un visiteur très observateur, il apparaitrait une évidente différence entre les bâtiments individuels, situés en périphérie et ceux situés plus près du bâtiment central en forme de dôme. Cette distinction résulte de la présence voulue près des surveillants humains des personnes atteintes d’une maladie touchant les capacités intellectuelles dont bien évidemment celles porteuses de l’anomalie de la maladie d’Alzheimer ou apparentée. Cette pathologie particulière, n’atteignant pas exclusivement les personnes âgées, a commencé à se répandre sans distinction dans toutes les couches de la population à la fin du dernier millénaire. Elle continue son extension inexorable malgré les progrès énormes accomplis dans la compréhension du mécanisme pathogénique.
Plusieurs tentatives ont été analysées au cours du temps pour savoir quelle était la meilleure stratégie pour conserver chez ces patients le peu de communication ou d’empathie vis-à-vis des autres humains. La vie en société ne semble pas améliorer la situation mais peut par contre créer des frictions entre patients. Le village a penché du côté de l’habitat individuel mais avec surveillance serrée et constante. L’emploi de robots n’apparait pas délétère et apporte même parfois des comportements inattendus auprès de ces machines. La grande majorité des humains employés ici sont concentrés dans cette partie centrale du Village.
L’Habitat.
La figure élémentaire de ce complexe en est le cube modulable. Il peut être doublé dans les cas particuliers. A part l’architecture primaire du cube faite de matériaux durs (ciment par exemple), tout le reste est modulé dans une matière souple mais résistante. La dangerosité de tout le bâti est annihilée par la suppression totale de tous les angles aigus retrouvés dans les maisons anciennes. La structure du sol est copiée sur celle de la route en spirale absolument a-traumatique. L’aspect intérieur est façonné à la demande du résident et de toute façon personnalisé. La veille de l’arrivée d’un nouveau pensionnaire l’intérieur du cube est donc vide. Les parois sont blanches et aseptisées. Il ne dépasse du mur qu’un robinet et une paume de douche intégrée. Les ouvertures sont fixes.
Dans les sous-sols du Dôme et pas bien loin de la salle d’opération équipée d’un robot opératoire, se trouve une gigantesque imprimante 3D capable d’imprimer une maison. Selon les souhaits de l’arrivant cette gigantesque machine peut confectionner en relief, toujours dans la même matière souple résistante et « sécurisée », les parois de l’intérieur du cube y compris meubles, chaises et table, baignoire et lit douillet. Si la personne ou son entourage apporte à l’avance une photo de l’ancien habitat du futur locataire, la méga imprimante fait une copie conforme de son habitat précédent habituel. Ceci ne procède pas d’une idée hurluberlue d’un architecte en mal d’invention mais bien d’une déduction logique et futée : Tous les soignants de personnes âgées y compris et surtout des malades atteints d’Alzheimer ont remarqué la désorientation extrême de ces personnes dès l’arrivée dans un lieu inconnu. La perte des repères conduit pour le moins à un syndrome dépressif ou agressif qui souvent aboutit à un syndrome de glissement ouvrant la porte à une fin de vie prématurée dans le désespoir. Il avait été noté dans les décennies précédentes l’amélioration de l’insomnie rebelle des malades déficitaires lorsqu’on diffusait sur l’écran de leur télévision de l’époque un film comportant des personnages connus de la famille ou de l’entourage. L’imprimante dans ce cas, peut restituer les portraits ‘’des anciens’’ accrochés aux murs, modeler des antiques jouets, reconstruire en un tourne main la commode de la grand mère. L’intégration s’en trouve facilitée. Les ‘’alzheimériens’’ rassurés.
La sécurité.
Comme nous l’avons déjà montré, la sécurité des personnes âgées a été la première préoccupation à l’origine de cette conception : Le revêtement des sols, la disparition de toute aspérité dangereuse sur les murs, les marches, les objets, l’utilisation de véhicules autonomes intelligents ont été penses le plus a-traumatiques possibles
Les médicaments sont distribués sans aucune intervention humaine. Le conditionnement se fait à l’ origine par l’ordinateur central avec triple contrôle du médicament avant mise sous scellés individuels et la drogue est distribuée par le Comper X lié et dédié à chaque résident. L’observation attentive de cette distribution, de même que les résultats d’études sérieuses portant sur ce sujet a montré, de façon objective et inattendu l’absence de problème de prise. Peu de professionnels de la santé des années passées auraient misé un kopeck sur cette acceptation du robot pour la distribution des drogues. Tout se passe comme si le rejet du médicament était corrélé à la personnalité ou de l’attitude de l’effecteur humain dans des proportions insoupçonnées autrefois. Les erreurs de distribution si fréquente alors sont quasiment tombées dans l’oubli.
Le déplacement du résident est soumis à observation constante par Comper X. Il tente de connaitre les intentions sur le trajet et l’objectif désiré et agit par anticipation toutes les fois que c’est possible. Il écoute, il voit avec sa caméra multiple, il scrute, il interprète les mouvements minimes, les variations de la respiration et agit. Par exemple, la personne vient-elle à bouger de façon inhabituelle dans son lit, la nuit, suggérant un lever imminent, qu’il prend l’initiative d’éclairer la pièce par anticipation. De nombreux accidents sont liés au défaut de cette moindre précaution. J’ai moi-même pu comptabiliser le décès de trois personnes en quarante ans d’exercice médical lié directement à cette négligence. Les personnes, même jeunes, qui se lèvent la nuit sans allumer et qui manquent la première marche de l’escalier à l’étage risquent la chute parfois fatale. Le robot est toujours prêt à apporter la canne, il propose de façon renouvelée et sans insistance des boissons variées plus facilement acceptées par la PA, ce qui diminue d’autant les chutes par déshydratation relative. Il peut aussi varier les programmes de ce qu’on appelait autrefois télévision en fonction des intérêts de chacun. Il connait parfaitement les besoins, les envies les demandes de son binôme résidentiel puisque tout ceci est inscrits dans sa base de données.
Le personnel
Humains.
Le personnel humain est pour le coup rare. Sa fonction essentielle est orientée vers la psychologie bien sûr puisque les progrès de l’intelligence artificielle n’est pas encore arrivée à intégrer toutes les facettes de la psychologie humaine. Leur substitution par le robot a libéré beaucoup de temps libre très bénéfique pour cette activité essentielle. Les réunions humaines sont quotidiennes faites de contacts physiques, des activités du toucher, des bavardages, des discussions, des jeux de sociétés non numériques, du modelage et même de la couture alors que, de nos jours, l’utilisation des tissus a disparu de l’habillement courant.
Robots
Nous avons fait la connaissance des « COMPERS » Robots dotés d’une intelligence artificielle, certes orientée, mais très grande. Elle est capable de gérer toutes les situations courantes qui peuvent survenir dans le cadre de la vie au village. Leurs capacités physiques sont tout de même modestes, incapables de redresser un humain tombé a terre par exemple. Il doit faire appel à un robot spécialisé en fonction du problème à traiter. Nous connaissons aussi dans ce cadre « Robot UC » pas beau, mais efficace. Nous avons cité « ESCAPAD » qui n’est autre qu’un véhicule électrique passe partout.
Bien d’autres éléments spécifiques existent comme Robot « Cuisto X » qui prépare les repas, Robot « Géo X » qui stationne à l’entrée du village et conduit les visiteurs à l’adresse indiquée ou recherche la personne demandée.
La santé
Le but principal qui a présidé à la mise en forme de cette nouvelle prise en charge de la vieillesse est bien entendu la recherche de la pérennisation de la bonne santé. Cette dernière aura eu tout au long du 20eme siècle finissant et le début du 21eme une définition élastique. Les progrès de la médecine, de la nutrition et de l’hygiène, de plus en plus évidents, ont repoussé les limites de la vie vers le « centenariat ». Les années cinquante ne comptaient que quelques centaines de centenaires, le nombre a grimpé rapidement à plusieurs milliers dans les années deux mille. La courbe de progression s’infléchissant par la suite pour de nombreuses raisons. La stagnation et même un certain degré de déclin économique, les restrictions budgétaires dans le domaine de la médecine privée et publique, l’informatisation à tout va, sans vraie réflexion dans une euphorie sans limite pourraient être le socle de cette inertie. Il ne faut pas oublier les méfaits d’une pollution galopante, non maitrisée, des erreurs de gestion médicale. Des affaires de médicaments dévoyés, falsifiés, erronés, ont émaillé le parcours de la médecine depuis les années quatre-vingt. Elles ont été à l’ origine de procès mémorables en ces temps-là. Pour illustrer cette idée de mauvaise gestion de la médecine, souvent pour des raisons financières, épluchons le cas de la vaccination contre la grippe.
Le principe : Plus il y a de vaccinés et moins nous aurons de grippes sauvages potentiellement mortelles ne peut pas être contesté mais bien évidemment mérite d’être démultiplié.
A partir de l’année 2015 l’autorisation de vacciner après examen médical par un médecin (méthode habituelle depuis 1980), a été élargie aux infirmières (sans examen). Dès l’année 2019, l’expansion a atteint les pharmaciens. Heureusement les années postérieures ont vite vu arriver le vaccin nasal actuellement en vigueur.
Où se trouve le PROBLEME ?
Durant les années antérieures à 2015, le vaccin contre la grippe était donc pratiqué par le médecin généraliste lors d’un examen médical, souvent en complément d’une consultation pour une raison étrangère. Au décours de cette visite, il arrivait parfois qu’une contre-indication ou une pathologie sous-jacente inconnue soit mise à jour. Le médecin sursoyait à la vaccination en attendant l’obtention d’un diagnostic précis. Sans cet examen, la découverte était pour le moins retardée et pouvait laisser s’installer une complication. Par expérience personnelle je peux parler de troubles du rythme cardiaque avec plusieurs fois des découvertes de fibrillations atriales dont on connait la propension à induire des embolies graves, parfois des râles pulmonaires pourvoyeurs de pneumopathies sournoises, Des hypertensions artérielles méconnues, des tachycardies sous-tendant des anémies rebelles, etc.
Chaque année, une à trois de ces maladies cachées ont été mises à jour à l’occasion de cette pratique de la vaccination dans ma pratique. J’ose hélas penser qu’il en est de même de tous mes confrères° sur le territoire. Cela voudrait dire qu’une quantité inexcusable de pathologies sont laissées à l’abandon par la nouvelle formule qui a prévalu après 2015 avec l’autorisation de pratique de la vaccination par un non médecin.
Cet exemple très révélateur d’une décision déviante pourrait être multiplié dans d’autres domaines médicaux.
En Ophtalmologie aussi, l’obtention d’une paire de lunettes adaptées n’oblige plus le patient à passer devant un ophtalmologiste qui naguère examinait le fond d’œil. De nombreux diagnostics passent ainsi à la trappe et pas des moindres, à savoir : le diabète, l’hypertension, les nodules dysoriques des cancers de la moelle osseuse (rares), tubercules de Bouchut de la tuberculose, les artérites, etc.
° Notons environ 100 000 Médecins Généralistes en France en 2018
Les loisirs.
L’informatisation de la médecine mais surtout la robotisation de toutes les tâches quotidiennes ont complètement changé le comportement des personnes âgées.
Dans les années vingt, la plupart des gens du quatrième âge, grossièrement au-delà de 80 ans, n’avaient pas été initiées à l’informatique qui a pris son envol effectif au début du XXIème siècle. Elles ont toujours subi les programmes de télévision imposés certes de plus en plus diversifiés, mais sans choix réel. De nos jours, grâce à l’extension de la LIFI remplaçante de l’antique dangereuse WIFI, tous les choix sont possibles et les menus modulables à volonté. La rapidité de transfert des données par ce nouveau moyen de communication au travers des lampes LED multipliant par 100 la vitesse de réception des images a amené aussi les spectacles et la culture dans les chaumières isolées.
La reconstruction visuelle holographique en trois dimensions dispense les déplacements dans les musés et même dans les magasins. Cette évolution a grandement été poussée par la pénurie progressive des moyens de transport, et le bannissement des vols aériens afin de limiter le réchauffement climatique et l’explosion exponentielle de la pollution du pays. Nos anciens peuvent ainsi se déplacer fictivement dans les allées encombrées du souk de la place EL FNA au Maroc. Leur déambulation pouvant être agrémentée d’odeurs épicées diffusées par des LED odoriférantes. Ils ont le loisir de s’extasier longuement devant le sourire un tantinet moqueur de la Joconde sans se déplacer d’un iota.
Cependant, le mouvement, la gymnastique basique ou volontaire, la mobilisation passive ou active, la musculation éventuelle, la kinésithérapie augmentée, le sport traditionnel, la natation serait-elle acrobatique, le maintien de l’équilibre, les jeux collectifs, les anciennes pratiques de manipulations physiques ont été conservés et même exacerbés. En faisant appel à son binôme robotique Comper X, le résident a la possibilité de choisir des séances privées prodiguées par son compagnon de fer ou rejoindre sur Escapad X, le groupe humain qu’il connait pour des séances conviviales.
Les visites.
De-ci, De-là dans le village, un cube architectural se singularise soit par sa forme soit par sa couleur et correspond à un cube-hôte réservé à une famille éloignée rendant visite a un parent résident. Cette famille se voit secondée elle aussi par un Comper X bienveillant et infatigable.
Que penser de cette organisation et de cette évolution ?
Les points positifs sont évidents en ce qui concerne la sécurité qu’elle soit physique, médicamenteuse ou même personnelle. Un robot veille en permanence sur le résident et anticipe.
Il n’en va pas de même si on considère dans l’absolu le manque de relation humaine. Cependant, la psychologie du sujet âgé, souvent centrée sur sa personne, les frictions fréquentes avec ses congénères dans les maisons de retraites classiques, et le penchant constaté de s’attacher à un robot sans affect mais aussi sans violence peut modérer ce sentiment délétère de possible solitude. Le robot fait ici office de chien de compagnie. Il s’intègre bien dans un rapport confus avec son binôme humain. Il se crée un équilibre relationnel qui n’aboutit en rien en une confusion de genre.
Le robot reste le robot, mais il se fond cependant dans une société nouvelle « mi-fer mi-chair ».
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