Le Dé à coudre 7/

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                             Le dé à coudre.

        L’aller-et-retour  obligé  et incessant des ambulances  du SAMU sur la même portion de voie asphaltée qui conduisait de l’entrée de l’hôpital au service des urgences avait engendré  de nombreux nids de poules profonds et inévitables. Tous les jours les malades traumatisés se plaignaient au passage de ce tronçon. Les fortes vibrations amplifiaient les douleurs quelle que soit la vitesse adoptée. Le personnel des divers services ainsi que les malades avaient porté réclamation souhaitant des réparations rapides. Hélas les mois passaient et le défoncement de la chaussée empirait gravement. C’était devenu un dé à coudre. Il  n’y avait pas d’autre issue, fallait endurer.

Un jour était venu qui nous conduisit sur la Place du Capitole à la rescousse d’un homme qui avait chuté en franchissant un trottoir. A notre examen clinique il s’agissait manifestement d’une difficile fracture du tibia. Elle nécessitait une hospitalisation urgente. Il eut droit à toutes les diligences possibles, une immobilisation quasi complète de son membre par une attelle gonflable adaptée ainsi qu’un transport amène. Cet homme bien habillé était d’une correction irréprochable. Tout au long de la traversée de Toulouse, mon collègue étudiant et moi parlions à bâtons rompus et apprîmes à l’arrivée à Purpan qu’il faisait partie du Conseil Municipal de la Ville.  L’image du dé à coudre dut certainement jaillir concomitamment dans nos deux cerveaux. Celui de mon doublon passa immédiatement à l’action. Il balança sa tête au travers de l’hygiaphone  (en fait un gros trou dans la vitre qui nous séparait de la cabine de pilotage) et murmura quelque chose à l’oreille de l’ambulancière. A l’entrée de la tôle ondulée elle accéléra le plus possible, un peu comme Yves Montand dans le ‘’salaire de la peur’’ mais avec l’idée inverse pour que  ‘’ça explose ‘’. Malgré la bonne contention du membre dès le départ, notre brave Monsieur ne put retenir un cri de douleur. Il fut aussitôt pris en charge à son arrivée comme il va de soit pour tout un chacun.

Quelques jours après cet épisode peu glorieux,  un gros camion dégoulinant de jus noir déversa son contenu  sur la chaussée alors qu’un autre épaississait la sauce avec des gravillons. La rue se transforma en planche à repasser …. Et nous y repassâmes sans cesse, avec une pensée pour cet homme élégant et efficace.

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