AQUA SIMPLEX /12

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                                                                AQUA SIMPLEX.

               Les souvenirs d’étudiant sont plus souvent des bulles nauséabondes venant crever à la surface d’une eau tranquille que l’éclosion de subtils gaz odoriférants.

              Mon premier stage de médecine se déroule dans le service réputé du professeur de séméiologie médicale. Ses connaissances sont infinies, moi, je ne sais rien. D’ailleurs, avec le recul, je m’aperçois maintenant qu’il jouait merveilleusement de sa position pour époustoufler ses étudiants.

             Le très célèbre mandarin faisait la visite matinale de ses malades hospitalisés environné d’une myriade de jeunes étudiants auxquels se joignaient des apprenties infirmières. Il mettait en pratique, à cette occasion, les éléments des cours qu’il distillait dans la semaine au cœur des amphithéâtres. Nous en étions au chapitre de la psychosomatique et justement au chevet d’une malade bien venue. Elle avait passé la cinquantaine et se plaignait, pensez donc, de la pommette gauche. Elle pleurait d’une douleur intense et insoutenable. Tous les examens habituels de l’époque étaient faits. Ils revinrent négatifs. Le scanner n’existait pas en 1974. Il dit d’un ton magistral et professoral à faire taire toute douleur suspecte alentour, en se tournant vers l’infirmière : « Faites lui, tous les jours, une injection intra-musculaire de AQUA SIMPLEX*. »     De l’eau pure si possible.

           Dans le couloir, il nous explique que nous tenons là un bon exemple qui illustre le cours de psychosomatique et que tout n’est que ‘’comédie’’.

          Effectivement, le traitement aqueux fit merveille et la malade ne se plaignit plus durant les trois jours qui suivirent. 

          La visite suivante fut consacrée à l’encensement de ce bon résultat vite atteint. Nous nous dîmes tous que, décidément, jamais nous n’arriverons à sa hauteur, jamais nous n’atteindrons le rang de bon médecin, que jamais nous ne saurons déjouer les pièges obscurs de la nature, démêler les arcanes subtils de la maladie, désembrouiller les profonds enchevêtrements de l’âme et du soma etc.

           L’infirmière lui tendit alors le dernier compte rendu d’un examen qui avait tardé à revenir : La scintigraphie montrait une métastase osseuse d’un cancer du sein évolutif. La malade mourut dans les mois qui suivirent !

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