LOU CRUMET.
En bon pharmacien consciencieux qu’il est, il tourne et retourne l’ordonnance qu’il tient dans la main d’un air perplexe. Devant le comptoir, la cliente qui vient de la lui tendre sourit légèrement, certainement amusée par la confusion à peine voilée de l’apothicaire. Il doit réagir, c’est primordial et ne pas perdre la face. Il s’avance à tâtons vers la patiente, les yeux rivés sur le papier, en lui disant : « Je ne connais pas ce médicament. Il doit être probablement tout nouveau, nous ne l’avons pas encore reçu, je vais donc chercher, veuillez m’attendre un instant s’il vous plait. » Il s’éloigne dans l’arrière-boutique en se répétant le message et en relisant la prescription au cas ou une illumination soudaine l’orienterait : -Achat d’un « crumet » à utiliser pendant la nuit-. Pendant ce temps, la cliente parfaitement au courant de la prescription attend sans broncher. Le pharmacien revient l’air déconfit pour avouer son impuissance à lui délivrer le nouveau produit : j’ai cherché sur tous mes livres, le Vidal, les catalogues des divers fournisseurs, les publications récentes… rien. Le médecin doit avoir fait une erreur, permettez-moi de lui téléphoner. C’est ce moment-là que la personne choisit pour vendre la mèche.
Le « crumet* », en Gascogne, n’est autre qu’une vannerie, en osier bien sûr, mais aussi en grillage plus récemment, dont la forme rappelle un grand panier renversé, sans anse, utilisé pour protéger, maintenir et isoler une « poule glousse » (entendez poule ayant eu des poussins récemment) à l’abri des dangers environnants. Il permettait aussi aux jeunes poussins de s’éveiller en s’éloignant de leur mère puisqu’ils étaient capables de passer entre les mailles du « crumet ». Nous ferions bien dans notre monde hyper protecteur de revenir à cet engin ancestral pour l’éducation de nos progénitures. Les nombreuses « mères poules » pourraient plus facilement lâcher du lest à leurs enfants « sur couvés ». A contrario, lorsque l’enfant de nos contrées devient un peu trop émancipé, il s’entend dire par sa grand-mère : « Te bao bouta debas un crumet. » Je vais te mettre sous un…
Cependant ce terme de « crumet » m’avait été soufflé par une vieille personne qui souffrait de troubles graves de la circulation des membres inférieurs. La pression seule des draps sur sa peau lui procurait une douleur intolérable. Je lui proposai donc de mettre un arceau pour l’en protéger. Elle s’esclaffa de rire malgré son état déplorable et trouva la solution géniale. Elle lui rappelait le bon vieux temps des poules glousses et des poussins dans la cour de la ferme. Devant sa réaction surprenante, j’en avais profité pour lui proposer de faire une blague au pharmacien. Elle trouva l’idée excellente.
Sa fille l’aurait bien faite rire lors de son retour de la pharmacie.
* Un ‘’crumet’’ = Une mue en français.
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