Armagnac et dent dure /17

,

Ce gringalet quinquagénaire me fait appeler à trois heures du matin pour une rage de dent qui dure depuis deux jours. Je n’ai pas encore fermé l’œil.  J’enrage aussi.

Dans sa campagne profonde, au bout d’un chemin terreux, je le trouve enveloppé de pénombre et je le sens bizarre. L’œil est torve, le nez morve et la mâchoire difforme, l’haleine fétide, le tonus atone mais la verve haute.

Deux litres d’ARMAGNAC du plus typé de nos contrées n’ont pas pu venir à bout de sa pathologie cette fois-ci. Pourtant ils ont été patiemment et précautionneusement instillés sur ce reliquat de molaire infectée qui lui faisait si mal. Le chicot est resté insensible mais le précieux liquide réparateur s’est subrepticement infiltré jusqu’au plus profond de ses entrailles et de ce qui lui reste de cervelle fonctionnelle, à l’origine d’un accueil ce soir-là pour le moins peu chaleureux.

Une série de longues piqûres parfaitement adaptées sont venues tout de même à bout des microbes pourtant déjà alcoolisés de cet énergumène. Après deux jours de distillation interne intensive et sa joyeuse jovialité retrouvée, il vient me remercier pour mes bons soins à grands renforts de salamalecs.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.