Des touristes ? C’est une agglutination ‘’foulistique’’.
Du DORSODURO à CANNAREGIO, de CASTELLO à la GIUDECCA, c’est du « gym cana pédestre ».
Et pourtant je vais vous proposer des lieux très typiques, pleins d’histoires anciennes, pittoresques ou morbides, que vous pourrez retrouver à chaque coin de rue. Mais il faudra chercher car les numérotations des maisons semblent aléatoires à notre cartésianisme intransigeant.
Aujourd’hui, je vous convie à poser vos pas sur le « PONTE DEI PUGNI »(Le pont des coups de poings) dans le DORSODURO.
Vous pouvez même poser vos pieds sur les empreintes gravées là, sur le sol, depuis des siècles. Vous pouvez aussi, si vous voyagez avec votre pire ennemi, lui proposer de poser ses pieds sur les marques en vis-à-vis et débuter, sans attendre les invectives, la bagarre. Des pugilats célèbres au 17eme siècle éclataient entre les divers clans vénitiens nombreux en ce temps-là. Les batailles féroces entre les Nicolotti (écharpes et bérets rouges) contre les Castellini (écharpes et bérets noirs) sont restées ainsi gravées à jamais.
Ces batailles ne se terminaient que par la perte d’un belligérant (bataille souvent à mort) avec de ce fait transfert de ses biens et de ses propriétés jusqu’au prochain combat. Le gouvernement vénitien laissait faire et même mettait de l’huile sur le feu pour en tirer profit.
Cette guerre prit fin en septembre 1705 après un âpre combat aux couteaux et jets de pierres alors que le Monastère voisin de Saint Barnaba brulait petit à petit.
Depuis lors, les bagarres sanglantes sont déplacées en combats lagunaires non moins toniques et vigoureux.
…………………………………………………….
Ref : Le superbe guide de ALBERTO TOSO FEI
(En ITALIEN)
Edition ELZEVIRO
Leggende veneziane e storie di fantasmi
Après votre bagarre fictive, allez donc faire un tour au restaurant de poisson ‘’DO FARAI’’ qui se trouve à quelques encablures de là.
(Sans publicité/avis personnel qui date un peu).
Bon appétit et à bientôt pour reparler de la ‘’SERENISSIME’’
Laissez un message si vous désirez que je donne d’autres tuyaux sur Venise / Abonnez vous sans aucune contrainte
Nous l’appelions tous Píno, un sobriquet diminutif qui contenait tout l’attachement affectueux que nous avions, dans la famille, à ce bonhomme ‘’bon vivant’’ et joyeux. Entendons-nous bien, bon vivant, à l’époque ne signifiait pas ‘’ingurgiteur’’ de 15 bières avec 1.5 litre de coca cola. Il buvait peut être trois quarts de litre d’un vin c’est vrai, mais son alcoométrie était bien loin de celle de son homonyme des Charentes. Il n’était pas bien instruit non plus. Mais il arborait une vivacité et une intelligence sans pareille. Il aimait la chasse et chose plus rare, une littérature bien personnelle. Il descendait dans la grand’ ville (plutôt gros village !) le vendredi, jour de marché, pour se procurer le summum de ses lectures hebdomadaires : ‘BLEK LE ROC’. Il aurait pu oublier d’acheter, sans peine, le minimum vital des commissions de la semaine, mais pas le ‘’grand Blek’’. C’était une édition de fascicules légers en noir et blanc de petit format. Il lui fallait bien une semaine pour lire, voire relire ces aventures du trappeur américain aux prises avec les soldats anglais (dits homards rouges) pendant la guerre d’indépendance américaine. Quand il en avait tiré le maximum de plaisir, il abandonnait honteusement la carcasse de sa lecture sur le vieux banc crasseux qui tenait le crachoir à l’antique cheminée volubile. Lors des froides périodes d’hiver, nous allions flirter encore plus près des flammes et se réchauffer à son âme incandescente sous la hotte noircie.
Je m’emparai goulument de ce torchon essoré laissé à l’abandon sur le banc. Le livre n’avait pas perdu de son attrait et je buvais, sirotais dégustais et mémorisais les bagarres et les exploits enivrants du héros. L’aventure terminée, je restais épuisé mais heureux. De longues heures s’écoulaient ou je pouvais remonter ces histoires et les ruminer pour les enjoliver encore plus. Bien évidemment, je ne savais pas très bien si c’était moi qui prenais les traits de ‘’Blek le grand’’ ou si c’était le contraire. En tout cas, j’étais toujours, à son image, le vainqueur. Je passais ensuite la nuit à nager à mi-onde, sans effort aucun, en brasse indienne, pour ne pas attirer l’attention des « tuniques rouges » qui montaient la garde dans l’autre camp.
Je dois dire maintenant combien était importante et délicieuse cette longue période vide qui suivait ces lectures d’aventures. Je plains nos enfants actuels qui doivent incorporer, sans les faire siennes, les interminables brochettes de dessins animés sans âme que la télévision ou internet leurs déverse dans leurs petites têtes déjà trop pleines. C’est vrai qu’il faut laisser aux enfants des moments creux et vides, propices à l’ennui afin qu’ils les remplissent d’inventions diverses et inoubliables.
« Aux larmes citoyens,
Laissons à nos gamins,
Le temps, la faim et le soutien
Pour devenir ‘’gens biens’’. »
Dans ce nouvel épisode, Blek le roc allait fiche la pagaille dans le camp des « tuniques rouges britanniques» pour récupérer, de nuit, je ne sais quel prisonnier de ses amis de l’autre côté de la rivière. Il exécuta la première partie du trajet dans un canoé indien à la poupe et à la proue bariolée de signes inconnus et la termina, comme dans mon rêve, dans une superbe démonstration de brasse coulée furtive.
Ceci me donna une idée.
Je convoquai aussitôt mon conseil de guerre. Il se composait de mon cousin Alain, bien plus jeune que moi, et moi-même autoproclamé petit Blek. Il fut décidé à l’unanimité moins une, la construction d’un canoé de type indien en une seule pièce excavée. Dès la dissolution, chacun fut chargé de récupérer le matériel et les outils adéquats défini en assemblée plénière.
Notre groupe allait travailler à deux. Nous partîmes tout de go à la forge ou de nombreux instruments étaient engrangés depuis des lustres. Il était dit : une scie. Entremêlée parmi de nombreuses barres de ferraille de toutes longueurs, se profilait une lame plate, longue et large. Elle portait tout le long de ses deux mètres, d’énormes dents acérées à faire pâlir un requin. Je reconnus là, avec ces deux extrémités en rondins de bois, un passe-partout bien à propos, plutôt assez rouillé. Il fera l’affaire, si on n’y laisse pas la peau en le tirant de là. Il faudrait aussi une hache et un coin avec un marteau qui va avec. Le coin avait été vite trouvé mais le marteau pesait au moins la moitié de notre poids. Cependant pas assez lourd pour dissuader un Blek. Une petite réunion instantanée, donc non cataloguée, fut tout de suite organisée. Il avait été décidé, dans la minute, de descendre immédiatement les immenses trois cents mètres qui séparaient la ferme du ruisseau. Il fallait repérer l’arbre à abattre pour construire la coque.
Nous nous arrêtâmes net, au bord de la rivière, à la vue d’un majestueux et interminable tronc de vieux peuplier droit comme la justice.
Ce sera celui-là qui dès demain nous conduira sur les rivières et les fleuves de nos aventures.
Nous ne rêvâmes pas cette nuit-là.
Après un déjeuner au lance-pierre, nous décidâmes de faire deux trajets-transport à la rivière. Le passe-partout portait bien mal son nom dès la tentative de lui faire quitter la forge. Ne pas confondre excellent travail et précipitation était ma devise. A mon habitué, prenant toujours à cœur mon statut de ‘’grand’’, nous entourâmes par précaution les quelques premières dents de chaque bout de la scie, avec une vieille corde abandonnée dans la poussière de la vieille forge. Tout au long du chemin, un à chaque extrémité, nous tentions d’apprivoiser ce serpent qui ondulait sans cesse en émettant parfois des bruits de scie musicale à vous faire peur. Enfin arrivés au pied du grand droit, complètement exténués, nous avions essayé de grignoter l’écorce du centenaire… sans succès. Légèrement déçus, nous décidâmes de laisser le travail pour le lendemain. Un arbre ne pouvant pas résister à l’assaut de deux ‘’Blek’’, même petits. Nous remontâmes essoufflés au logis, sans enthousiasme.
Fatigués comme d’authentiques bucherons, nous ne rêvâmes pas cette nuit encore.
Le lendemain, et ceci sans réunion préalable, entre deux morceaux de chocolat, il fut décidé de laisser tomber et de ne plus jamais aller à la rivière d’en bas. La nuit nous apporta, certainement, un excellent conseil.
Deux mois plus tard, en fin de matinée, Píno, la face rouge de colère plutôt que de tunique, après découverte de la scie à traction bien rouillée au pied de l’arbre, vint à bout sans difficultés des arguments du petit Blek. La sanction tomba. Elle était minime.