
Les sangliers.
Les sangliers, hélas, pullulent dans notre région gasconne. Nombreux sont les accidents, parfois mortels, qui sont à déplorer du fait du nombre toujours croissant de ces animaux. Ce n’est pas par manque de battues organisées par les chasseurs officiels. Ils reviennent souvent bredouilles. Les fourrés épais des bois alentours sont une cachette imprenable et les chiens téméraires n’en reviennent pas toujours.
C’était justement entre chien et loup, plus en adéquation, entre « porc et sanglier », qu’aux détours d’un chemin blanc, dans un virage en épingle, sous les futaies de chênes centenaires que j’eus à bloquer les roues de ma voiture rouge à quelques mètres d’une « horde » de ces animaux dangereux. Ils ne manifestèrent même pas, pour moi, un soupçon du moindre dérangement. Ils continuèrent à glaner les faines et les glands dans un tumultueux brouhaha de discussions « en sanglier ». J’ai eu le temps de les compter et plus le nombre montait et plus je ressentais une certaine inquiétude, circonscrit, mais à l’abri dans ma boite de fer.
Cette impression, je l’avais déjà ressentie en pleine savane kényane, à l’orée d’un petit bosquet d’arbres chétifs lors d’un safari à la recherche des grands éléphants africains. Nous étions là tombés sur un groupe assez conséquent mené par un mâle autoritaire. C’est grâce à la perspicacité et la connaissance intime du terrain et de la faune locale que notre guide nous tira d’un bourbier dangereux. L’immense pachyderme commença à déployer des oreilles concurrentes des antennes de la station orbitale, de balancer sa longue trompe flexible comme un fléau d’armes, et de patiner sur ses grosses pattes boudinées prêtes à piquer un cent mètres de formule un. Le pauvre Volkswagen n’en crut pas son double V quand il dut vivement réagir à la forte pression de sa pédale d’accélérateur. Le terrain savanien était meuble et l’avantage tournait plus en faveur ‘’des faux plantigrades’’ que ‘’des véhicules roulants’’. Nous nous en sortîmes grâce à la mansuétude de notre poursuivant qui prit conscience du bien piètre adversaire qu’il chassait et abandonna les poursuites.
Ils étaient quinze, tous de même taille, d’un camaïeu de marron se fondant dans la nuit tombante, tassés les uns contre les autres. Ils m’empêchaient de me rendre chez le patient qui m’attendait peut être en maugréant, convaincu du bon moment de détente que je consommais à ses dépens. Tout à coup, au signal probable du plus vieux aux longs grès et défenses acérées, le groupe s’estompa en un clin d’œil dans les sous-bois sombres. Je fus « sauvé ».