
LE BOUTON DORT.
Depuis vingt ans, il prend de la ‘’Mépro’’ pour dormir. Il affirme tout de même ne pas être drogué. Il confirme qu’il pourrait s’il le voulait arrêter net. « Mais dans combien de temps ? Toute la question est là, lui dis-je ». J’insiste, je le culpabilise.
Ce soir…ce soir c’est le bon. Il décide quoi qu’il arrive, qu’il ne prendra pas sa drogue. Croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer.
Il se couche ainsi sans rien prendre, il tourne, virevolte, écrase son coussin qui lui sert d’oreiller, à droite, à gauche. A minuit, il s’obstine, croit voir des lucioles sur les murs et commence à les compter, pas d’effet. Quelqu’un lui a dit de se boucher les yeux avec les mains, pas d’effet. Un autre, de mettre cette fois-ci l’oreiller sur la tête, peine perdue. La nuit se raccourcit. Son plafond lumineux affiche une heure trente, c’en est trop. Sans allumer la lumière, il prend à tâtons le comprimé qu’il avait tout de même pris soin de déposer sur la table de nuit et l’avale »à sec » pour s’endormir presque instantanément.
De bon matin, il se réveille avec le sentiment d’avoir goûté à une excellente nuit de sommeil. Il s’étire, pousse un léger grognement, propulse son épaule droite vers l’avant, puis la gauche et du coin de l’œil aperçoit le comprimé toujours posé sur la table de chevet. Grosse déception… Il manque le bouton de chemise décousu qu’il avait posé là, la veille, dans l’après-midi.
Il décide de ne plus en découdre, il persistera désormais dans son addiction.