
LA CHAMBRE…froide
La chambre était encore dans une pénombre profonde, j’émergeais juste d’une nuit pesante. Je me dirigeai vers les volets à repousser. Une table à roulettes reposait contre le mur. Le plateau s’inclinait fortement sur le coin jouxtant la fenêtre. Cette table n’était pas là à mon coucher. J’allais tourner la poignée de la crémone, l’autre main prenait instinctivement appui sur la table en glissant mes doigts sous une toile qui la recouvrait. Je touchai d’emblée un objet froid et mou, je glissai lentement ma main le long du corps glacé pour arriver sur un galbe velu que je reconnus. Tout en refermant la fenêtre et le corps tremblant, j’ôtai d’un retrait brutal le linceul. Le corps blanc et nu d’une femme gisait sans vie. Par réflexe professionnel je tâtai les deux pouls carotidiens aussi inexistants que les inguinaux et le battement de l’aorte abdominale. Pas de mouvement du thorax. Je soulevai sa main toute proche du bras placé le long du corps. Elle n’offrit aucune résistance bien que froide aussi, comme sortie du réfrigérateur. L’ambiance se glaçait maintenant. J’avais affaire semblait-il à un macchabée bien trop souple pour être sûrement mort. Que faire ? Si ce macchabée est bien un mort, il ne faut pas le toucher ou le bouger sous peine d’ennuis à venir très sérieux. Si ce macchabée est vivant, je ne peux pas le laisser mourir sans intervenir. Il ne fallait pas rester seul, comme je pensais l’être depuis la veille. Je donnai un rapide coup d’œil autour de moi : pas de présence suspecte et pas d’emballages vides de produits qui pourraient avoir été administrés expliquant ‘’une mort apparente’’. Je pris même cinq secondes pour tordre de toutes mes forces son sein mou afin de percevoir un petit signe de désaccord de ce corps désespérément inerte. C’était bien la seule fois de ma vie ou j’aurais aimé recevoir une gifle en retour. Je me retournai et pris mon téléphone portable en recharge là, sur la commode pour la nuit et donnai un dernier coup d’œil aux yeux vitreux de mon encombrante compagne. Je composai le 17 lorsqu’une voix étouffée me cria : « pas la peine de téléphoner ». Un jet de glace me transperça de haut en bas. Je me rapprochai du mort peut être vivant pour inspecter ses lèvres et même son abdomen de peur de passer à côté d’un ventriloque. Rien de très vivant chez ce mort douteux. J’avais basculé dans un monde inconnu, incongru et hurluberlu. J’en ai pourtant côtoyé beaucoup des morts dans ma vie, mais aucun aussi facétieux. L’humour noir ne m’ayant pas réconforté, je me laissai aller à recomposer le numéro ‘’urgence police’’. Je soulevais juste le doigt de la touche ‘’1’’ que la voix encore plus rude et même courroucée m’intima l’ordre de ne pas téléphoner. Le smartphone me glissa des doigts, mon corps évanescent s’effrita sur le carrelage glacé de la chambre.
Voilà, je me relève après un instant et j’en suis là.
Je ne sais pas comment continuer ni même arrêter cette aventure….
Qui peut m’aider ?
Voici ma version :
J’examine avec attention l’emplacement vacant de la table à roulette et trouve un bout de papier légèrement écorné. On pouvait lire : « Merci pour votre hébergement nocturne, je n’oublierai pas de vous dédommager. » c’était écrit en rouge sang d’une écriture rigide et saccadée. L’épisode n’était donc pas terminé. Ma tête n’en pouvait plus. Au lieu de m’apaiser, ce papier chamboulait encore plus le désordre de mon cerveau. Devais-je me réjouir de cette attention encourageante ou redouter une autre aventure morbide encore plus exaspérante. Comment cet horrible macchabé mobile pourrait me remercier ? Là, après une once de réflexion, mon cerveau fondit tous ses neurones.
Et si la récompense était prévue en nature ? Imaginez son retour dans les mêmes conditions. Je me réveille en pleine nuit noire. Je ressens un petit filet d’air frais qui s’écoule le long de ma colonne vertébrale. Je me retourne machinalement pour retrouver mon habituelle chaleur douce générée par ma couette en plume de canard lorsque ma main frôle de nouveau un galbe velu et froid que je reconnais et qui me fait bondir du lit. Mon Dieu, Macchabeth est revenue !
Pour l’hébergement forcé, je me contenterai, et de loin, d’un petit cadeau sous la forme d’un pécule, serait-il minime. J’accepterais même sans sourcilier un vulgaire SMS rapide et tout oublier ensuite.
La journée, mal commencée, devait se dérouler normalement. Il n’en fut rien. Je fus incapable le jour se consumant trop lentement, de sortir la moindre pensée constructive. Au travail, pas un seul bilan comptable ne trouva sa place dans mon mental. Je ne voyais que ce corps blanc et froid qui prenait de plus en plus d’importance. Je chassais son image qui me collait au corps et engluait mon être comme le fromage d’une raclette. Dans l’après-midi, je me surpris un peu plus décontracté. Je commençais à me sentir plus à l’aise avec l’idée du macchabée. J’aboutis à l’affubler d’un prénom circonstancié. Ce sera désormais Macchabelle. Je me sentis mieux. La nuit se rapprochait à grands pas et une angoisse inattendue m’enveloppa progressivement. Elle »s’acutisa » brutalement pour aboutir à un paroxysme explosif. Je m’éjectai d’un bond de mon fauteuil, courus à grandes enjambées sur le trottoir d’en face pour pénétrer à bout de souffle dans la première pharmacie du quartier : « une boite de Viagra s’il vous plait. »
J’attends votre version.
Merci de donner votre avis.
Définition : Nécrophilie : perversion sexuelle sur personne inconsciente endormie droguée ou feignant d’être morte.