VINS DIVINS.
Saint Vincent, Saint Lazare, Sainte Anne…non, je ne fais pas appel à tous les Saints du Purgatoire pour vous conter mes anecdotes anciennes …Ce sont les noms des salles communes qui composaient le service de Long Séjour de gérontologie de l’hôpital de la Grave ou j’exerçais, d’abord en tant qu’interne, et par la suite comme médecin attaché.
La surveillante du service à cette époque était une religieuse de la Congrégation des Filles de la Charité qui menait bon train son équipe, malgré son âge déjà avancé. C’était une forte femme au caractère bien trempé qui est restée dans mon souvenir comme… une seconde maman pour toutes ces personnes âgées qu’elle menait toujours plus avant dans l’existence, avec conviction. La vie de sœur Bernadette était consacrée aux personnes âgées. Pas de notion de temps, de vacances, d’horaires, de fatigue, de récupération et encore moins de RTT. Elle était toujours présente et réconfortait quiconque avait une chute de moral ou un petit bobo. Moi, jeune coquelet incompétent probable à ses yeux experts, je tentais de naviguer au mieux avec mes toutes récentes connaissances médicales. Mais il ne fallait pas lui conter faribole, elle qui avait passé sa vie à côtoyer et accompagner ses frères et sœurs aînés. Chaque fois qu’un de ses hôtes avait décidé de quitter ce monde, le médecin se battait à coup de médicaments et elle, à notre insu, avec le sang du Seigneur. Je n’avais donc pas la partie facile. Le jour où je suis allé la voir un peu fier, convaincu du bénéfice qu’avait tiré mon patient de mon traitement, elle s’empressa de me rabattre le caquet en corrigeant mes propos :
« D’abord, je constate que presque tous vos patients meurent avec un bilan biologique parfait. Si ce malade va mieux, c’est parce que depuis quelques jours je lui donne trois fois par jour deux petits verres de Bourgogne, c’est habituel et toujours efficace. »
Avec le temps, je me demande si le secret de sa longévité n’était pas lié à cette thérapeutique divine qu’elle s’administrait elle-même, parfois à posologie exagérée. Saint Emilion, Saint Georges, Saint Estephe, perpétuez vos bienfaits « de-vins ».
Laissez un commentaire…..voici le mien avant le réveillon: A consommer avec modération.