JAMAIS ET PERSONNE à cette époque n’aurait seulement imaginé la naissance d’une première société extra-terrestre à partir des effets délétères d’un minuscule et bien inoffensif SARS CoV2.
FINLe lunien confiné

01/09/2020.
La dépêche que nous redoutions venait de tomber. Le quinzième confinement mondial avait été décrété à l’ instant sur toute la terre. Le SARS CoV avait de nouveau muté et des milliers de personnes décédèrent tous les jours sur la planète bleue. Plus personne ne devait mettre le pied hors de chez lui. La décision était drastique et irrévocable. Des drones armés militaires survolaient les régions à l’habitat dense et ne se contentaient pas de faire des sommations. Parfois on entendait des rafales de mitraillettes au loin.
Notre petite colonie lunaire de terriens installée ici dans le pole SUD, car toujours un peu éclairé par le soleil rasant, sous nos bulles luminescentes, était à l’abri. Le dernier astronaute effectivement arrivé par la navette datait de 6 mois. La terre était à ce moment-là en standby, avec une agressivité virale contenue. Voici semble-t-il que le même scenario se reproduisit pour la 15eme fois depuis la célèbre pandémie mineure du début du Covid 19. Les choses avaient assez vite tourné en pandémie meurtrière et avaient obligé les dirigeants à devenir intransigeants.
Nous étions regroupés en grappes. Notre développement local avait considérablement pris de l’ampleur avec l’installation d’une imprimante trois D capable de fabriquer une bulle transparente pour six personnes en quelques jours. La vie était agréable mais spartiate. Et pour nous la quarantaine était de mise. Nos divertissements en dehors des activités numériques étaient limités. Nous avions, et ce fut l’une des premières constructions, un terrain de sport conséquent en superficie mais au ciel trop bas. Une course soutenue en tenue de jogging nous projetait littéralement contre la voute de la bulle sans effort majeur. Nous étions tout de même équipés d’une combinaison spatiale moderne qui collait à la peau et laissait libres nos mouvements pour la sortie dans l’espace. Seule la tête était contenue dans une légère bulle transparente quasi imperceptible. L’autonomie était d’une demi-heure. Elle était bien suffisante pour aller rendre visite à notre maraicher récemment installé. Norio est un agriculteur un peu farfelu qui ne supportait plus la culture artificielle sur la planète mère et avait sollicité une activité lunaire qui avait été acceptée à notre grand étonnement. En seulement une quinzaine de pas bondissants comme on ne peut faire que sur le sol Sélène nous étions devant le sas d’entrée à l’orée de notre concession lunaire. Le spectacle était féerique. De longs filaments verts soutenant des myriades de tomates rouges descendaient du ciel en rangs serrés. La culture, fut elle artificielle, profitait du manque de pesanteur. Les plants avaient des hauteurs inconsidérées. Les piments, les aubergines les haricots étaient autant d’étoiles filantes. Même les pommes de terre montaient à leurs tours. Par contre, aucun arbre ne pouvait pousser dans cette serre. Peut-être dans le futur…..
La vie s’écoulait assez sereinement et le retour sur la terre natale devait arriver incessamment. L’annonce de l’isolement avait fait surgir des sentiments refoulés et la communauté sombra dans un état de léthargie préjudiciable au bon fonctionnement communautaire. Il y eut même un accident impensable de deux piétons de l’espace qui s’étaient cogné la bulle céphalique au sommet d’un saut lunaire. Les systèmes automatiques de secours à six roues n’avaient pu récupérer qu’un « lunarien« . Le second a été éjecté faisant le premier décès d’accident de la circulation au sol.
Chacun cogitait en regardant les images qui parvenaient de la terre. L’un pensait à sa famille prisonnière de sa maison, l’autre aux efforts vains qui avaient été accomplis depuis les années vingt pour combattre ce virus dont tout le monde se moquait à l’époque. Les images montraient le déploiement des myriades de drones sensés apporter la nourriture essentielle à la population. Il faut dire que lors de la dixième réplique du virus, il y eut une hécatombe non pas à cause du virus, mais simplement par le nombre élevé et concomitant de malades qui avaient mis à mal le système de distribution alimentaire par manque de bras. Le système de santé était complètement paralysé, alors que le virus était anodin mais symptomatique. Il avait été décidé alors, en confrontation mondiale, d’équiper chaque foyer de ce que chacun appelle un « pis aller ». Il s’agissait d’une sphère en verre double épaisseur équipée sur son pourtour de deux à six robinets, parfois des tétines. Un long tuyau rigide serti à son sommet montait à travers les plafonds et les toits pour se terminer à même le ciel à deux mètres du faîte de la maison. Le drone alimentaire faisait un ‘’sur place’’ au-dessus du tuyau et injectait dans la sphère un liquide nutritif de secours pour toute la population, le choix du parfum pouvait même se faire à l’aide d’une application ad hoc. C’est bien à un pis nourricier de vache que cette conception faisait penser !!
Notre confinement à nous, dans la station, était choisi et accepté. La brièveté des séjours sélènes œuvrait en notre faveur. Sur la planète bleue, nos parents et amis, eux, désespéraient. L’efficacité d‘un vaccin était à chaque nouvel exemplaire remis en cause par les variations inopinées du virus.
Nous passâmes quelques mois dans cette situation terne à déceler sur les écrans muraux branchés en direct sur la pandémie terrestre des signes d’espoir. Hélas, les indicateurs étaient tous au rouge foncé, le moral tendait vers le noir et l’économie dégringolait à vive allure. Nous en étions arrivé à nous demander s’il resterait assez de ressources humaines spécialisées pour assurer notre retour. Le tout automatique des derniers développements des transports planétaires mettait à mal notre sérénité. Des désordres sociaux, des manifestations violentes et les contestations paraissaient ne plus être contenues par les divers services d’ordre. Chaque jour la situation s’aggravait. Il fallait se rendre à l’évidence, le retour était sérieusement compromis et même redouté.
De façon quasi simultanée le forum « Lune Aire Un » fit apparaitre sur nos plasmas le désir de nos concitoyens d’organiser une réunion générale afin de concocter un avenir commun viable jusqu’à la fin de la pandémie. Nul ne pensa un moment à la possibilité improbable d’un chaos terrestre incontrôlé. Et pourtant, la situation empirait sur Terre. Un jour nous reçûmes un «lunonef » automatique qui devait nous apporter une cargaison inespérée. Depuis longue date il avait été prévu d’envoyer des œufs couvés de poules ainsi que des jeunes cochons et un couple de mouton. Une bulle spéciale de hauteur limitée avait été construite et aménagée. L’approvisionnement des « lunautes » en protéines serait ainsi satisfait. Cette manne protéique inépuisable précipita la constitution d’un succédané de république autonome. Le territoire s’organisa et s’amplifia. Les interdictions contractuelles des relations sexuelles dans cette communauté initialement à but scientifique furent abolies.
La Terre plongeait dans un marasme quasi total et oublia pratiquement ses colons lunaires. Eux progressaient au contraire, et une année n’était pas écoulée que naissait la première Evelune. Petit à petit, les œillades furtives orientées vers l’astre bleu s’estompèrent. Chacun rêvait d’obtenir une ‘’bulle-jardin’’ pour cultiver ses légumes et pourquoi pas quelques poules bien de chez nous disaient-ils.
Quelques années ont passé, la terre essayait de remonter difficilement la pente et nous, bien installés dans nos bulles quasiment stériles nous vivions à l’abri des viroses et autres maladies ancestrales terriennes. Nous n’avions pas encore à déplorer des effets pervers des ondes et neutrinos solaires tant redoutés en son temps, la mortalité était quasi nulle.
Je me remémore avec nostalgie mes vingt ans : La naissance de ce virus nouveau tant décrié dans l’univers entier.
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