Est arrivé en Urgence ce jour-là un homme portugais d’une cinquantaine d’années, dans un tableau grave d’occlusion intestinale. Les examens complémentaires à cette époque là étaient limités. Son état mal en point perturbait encore plus son incompréhension du français et limitait la valeur des réponses de son interrogatoire. La décision fut ainsi rapidement prise de vérifier la situation à « ‘’ventre ouvert’’ ».
Le chirurgien des urgences a extrait sans problème de son colon une tumeur dure, ronde, inhabituelle. Comme il se doit, cette masse a été analysée par les anatomopathologistes de l’hôpital et la réponse sans conteste est tombée : il s’agissait d’un tissu VÉGÉTAL non identifiable.
Comment une telle substance pouvait-elle se trouver dans le rectum?
Après avoir recouvré ses esprits, le patient donna une explication dans une langue approximative :
Un pharmacien avait conseillé au patient qui souffrait alors d’une crise hémorroïdaire aigue d’utiliser de l’intrait de marron d’Inde pour le soulager.
Il a traduit par « Introduction d’un marron entier ».
Image IA 2026
A vintage botanical book with a labeled glass jar containing a chestnut seed
Un jour, allez savoir pourquoi, il voulut régaler son entourage en se mettant, après avoir averti de son envie le monde entier, à la préparation de choux à la bonne crème perso onctueuse à souhait. Il convia, comme il se doit tout son aréopage et même plus à ce régal à l’heure du tea time. Tout le monde arriva à l’avance pour ce dessert somme toute rare. Les serveurs nombreux accoururent avec des immenses plats de…saucisses de Strasbourg.
Olá, mamã… não, não se vire, estou aqui. Eu conheço-te bem, ainda não me conheces. Tu seguras-me, eu aconchego-me dentro de ti. Sou o botão de flor que nutre dia após dia. Durante oito meses esperei por este momento para falar consigo. Ouça-me, coloque o seu ouvido na sua barriga. Aí, sinto um movimento. Tenho ouvidos, mas não consigo ouvir. Tenho uma boca, mas ela permanece silenciosa; tenho os olhos semicerrados que não vêem nada além de derramar lágrimas quando se está triste. Eu só reparo nas vibrações abafadas da sua voz suave, nas ondas subtis dos seus carinhos à noite, mas também nos trovões inexplicáveis e, por vezes, nas ondas de choque aterradoras. Imagino, pela intensidade das suas contrações musculares, a dor que nos ataca. Quem, no seu mundo aberto, poderia atacá-la com tanta crueldade? Estou triste. Prometo-te, minha querida mãe, que já te amo sem limites, que te defenderei com todo o meu ser quando chegar a hora. Estou a crescer rápido, sabes. Tu alimentas-me com tanto carinho. Consegues ouvir o meu coração acelerado, aí debaixo do teu ouvido amoroso? Ele é teu e sempre te protegerá. Depois da difícil viagem que me espera, mais ninguém te poderá fazer mal. Chorarei sem parar se sentir a tua tristeza, cobrir-me-ei de horríveis erupções cutâneas para te proteger, desviando a atenção, morrerei por ti, minha querida mãe, não comerei mais até regressar a um amor sereno.
Quando fores velha e cansada, eu levar-te-ei nos meus braços. Dir-te-ei isto: se os teus ouvidos já não puderem ouvir, contarei histórias de paisagens encantadoras; se os teus olhos já não conseguirem ver, beijarei as tuas mãos enrugadas e as tuas faces vazias, e lembrar-te-ás das suaves carícias do passado.
Smp
http://www.piovezan.fr La traduction automatique Google français portugais mérite une correction humaine sensible.
Qui veut bien s’y lancer ? MERCI
L’entourloupe serait-elle devenue une méthode incontournable désormais en France pour exercer et se rémunérer grassement lors d’une vente, une réparation, un échange, une activité commerciale commune. Lisez ma dernière expérience. Je vous en rapporterai d’autres.
Je rentre du travail en voiture à 19h. Le lendemain matin, le pneu arrière gauche est complètement à plat.
Dans l’après-midi, je regonfle et me rapproche d’un garagiste d’une enseigne nationale qui ne perd pas le nord. A l’entrée, la réceptionniste me confirme qu’elle peut lancer sur le moment la réparation mais seulement après avoir vu le pneu. Nous allons ensemble l’examiner mais elle me semble surtout intéressée par de légères fines fissures présentes sur le relief du caoutchouc. Il est encore très marqué. (Mi-usure des pneus arrière changés en mars 25).
Elle m’annonce sèchement qu’ils ne réparent pas ces pneus là car il y a un risque important d’éclatement lors du regonflage. Il faut donc en acheter un neuf (et par conséquence son homologue de droite aussi je suppose). J’en prends acte et lui dit que je vais aller le faire réparer ailleurs. Elle semble étonnée. Ce qui fut fait, et bien fait.
Avait elle raison? ÉTAIT CE une entourloupette?
Je n’ai pas explosé de rire loin de là, ni le pneu de ses fissures.
Angeline décide de sortir aujourd’hui en compagnie de son robot protecteur personnel pour une longue balade matinale. Le long de la rivière et à travers la forêt toute proche, elle se sent en sécurité depuis la livraison tant attendue de son gorille à tout faire. BobIA sera son ange gardien désormais. En plein milieu de son périple, dans une clairière inhospitalière, la rencontre est improbable. L’homme aux traits acérés et la pilosité hirsute est plein de mauvaises intentions, lui aussi accompagné de son démon gardien. La présence de cette créature féminine en ce lieu isolé fait emballer son courant sanguin et déjà tout rouge il décide d’engager un contact essentiellement physique d’emblée. C’est sans compter sur la réactivité de BobIA qui s’interpose, vite déstabilisé par l’intervention de son équivalent artificiel DemonIA. A ce moment précis commençe le premier pugilat privé connu inter robotique. Pendant ce temps de combat acharné au bruit de ferraille et sans une goutte de sang, l’homme aux idées fixes emporte la femme pour d’autres formes d’ébats.
Un couple est assis en milieu de wagon, une femme blondasse d’un âge mûr, s’excite sur le siège à l’arrière. La plupart des autres sièges sont occupés par un public banal. Un portable déclenche une musique criarde et insistante. Elle décroche et à tue-tête :
« Bonjour belle-mamie, comment allez-vous depuis ce matin ? »
Ça promet !
« Aucun problème sauf pour Myrtille ? La pauvre chérie mais qu’est-il arrivé ? Une bobine de fil… Avec une aiguille à l’intérieur… Un oubli ? Elle s’est piquée avec ! Mon animal, ma perle des îles… Ce n’est pas possible… Et alors ?… Elle a saigné de la babine … ! grave ? Mon chou adoré, chéri, c’est toute ma vie… Quoi, elle a pleuré…. Mal à la tête ? Vous l’avez conduite chez le veto ? Et alors… »
Alentours, les gens soufflent, grincent des dents, s’agitent, grimacent… Personne ne réagit.
L’homme du couple se lève et précautionneusement s’approche de la pipelette.
« Excusez-moi de vous interrompre Madame, je vous serais reconnaissant, et peut-être aussi les co-voyageurs avec moi, d’abaisser le volume de votre entretien qui empêche même de lire un livre ou faire la sieste. Merci »
La femme mûre et bête devient blette, les yeux écarquillés, les narines fumantes, elle vocifère sans retenue « vous êtes un goujat ! » et revient à son smartphone ou elle retrouve sa conversation un ton au-dessus.
L’homme dépité, revient s’assoir la queue entre les jambes. Après quelques minutes, il se penche à l’oreille de sa femme et lui dit :
« Appelle-moi dans trente secondes. »
et il part s’assoir dans le siège libre derrière ‘’la Madone’’. Peu de temps s’écoule et son téléphone sonne. Il décroche, et de sa plus porteuse voix il répond :
« Salut, Benoit ! tu fais bien de m’appeler comme on l’a dit hier soir… comment, tu l’as oublié, ce n’est pas vrai, même que tu étais à poils quand je suis arrivé…pas vrai, mais tu commences un Alzheimer. »
Les co-voyageurs rient dans leurs barbes, nullement gênées par le volume sonore exagéré de ses réponses, la belle à la langue pendue parait nullement atteinte, mais ne peut pas surenchérir.
« Je t’ai dit hier soir que je partirai demain à PARIS pour voir si je pouvais trouver une ‘’konasse’’…. Non une konasse ! Oui tu as raison, pas besoin d’aller à PARIS pour ça, c’est aussi une promenade pour moi … D’ailleurs, tu ne te trompes pas, il y en a une dans le train…oui, c’est incroyable, elle parle fort…j’ai même appris qu’elle parlait avec sa belle-mère, qui s’était assise sur une aiguille, qui lui avait piqué le cul et même qu’elle saignait parce que l’aiguille avait percé une « moroïde » puis ça lui est monté à la tête. »
La wagonnée riait maintenant à face découverte.
La femme encore jeune n’en pouvant plus, se lève, s’approche de lui et lui décoche une gifle qui sera mémorable, sans mot dire et revient à sa place.
Bien rouge d’une seule joue, l’homme reprend son téléphone et commente:
« Excuse, je viens de subir une agression physique intolérable, de la part d’une femme. Je tiens à porter plainte. Nous approchons de PARIS, veux-tu bien avertir la police, il y a beaucoup de témoins, je fais de même avec le chef de wagon. À bientôt. »
La femme penaude se lève, s’approche, s’excuse…. L’homme raccroche, va se rassoir et reprend sa lecture.
01/03/2025
Commentaire de l’Assistant IA C’est très intéressant
Le ton de l’article est captivant et crée une atmosphère vivante. Cependant, voici quelques suggestions pour améliorer le contenu :
1. **Clarifier le contexte** : Fournir un cadre plus clair sur le lieu et la situation initiale peut aider le lecteur à mieux s’immerger dans l’histoire.
2. **Développer les personnages** : Ajouter quelques détails sur les personnages, comme leurs traits de personnalité ou leurs émotions, afin d’établir un lien plus fort avec le lecteur.
3. **Rythme et structure** : Équilibrer les dialogues avec plus de descriptions peut améliorer le rythme de la narration.
4. **Éviter le jargon** : Le terme « konasse » pourrait être remplacé par une expression moins vulgaire pour élargir la portée du public.
5. **Finalité de l’histoire** : Envisager d’ajouter une réflexion ou une morale à la fin pour donner une conclusion plus percutante.
Ces actions pourraient renforcer l’impact et l’engagement du lecteur.
Vous trouverez ici une façon simple et pas savante de perdre du poids sans vous prendre la tête.
Prime abord :Quelques notions lumineuses.
POURQUOI ?
Un Homme sain (en dehors de la ménopause) garde un poids stable toute sa vie, de 20 à 55 ans en particulier.
S’il déséquilibrait son alimentation en prenant 1 seule kcal de plus par jour depuis l’âge de 20 ans, il devrait peser 1.8 kilo de plus à 50 ans ( Soit 37.5 kg en trente ans pour 20 calories de plus par jour) ce qui n’est pas le cas :
LE CORPS RÉGULE DONC LES REPAS DE TOUS LES JOURS A MOINS DE 1 CALORIE PRES
Ceci ne peut se concevoir que si le corps possède un
RÉGULATEUR DE POIDS.
Sur les voitures modernes nous le retrouvons comme régulateur de vitesse:
En descendant une cote le régulateur coupe l’arrivée de l’alimentation, en montée il apporte plus d’énergie.
Chez l’Homme, il s’agit d’un PONDEROSTAT.
Après un grand repas festif, votre appétit est diminué, après le carême, les agneaux ont à se bien tenir.
A l’instar de la voiture qui peut être une imposante Citroën ou une famélique deux-chevaux, il est impossible de comparer deux individus. Par contre il existe des exceptions humaines avec par comparaison une deutschare au moteur de Mercedes, souvent très maigre……..…à oublier.
NB : le Pondérostat diffère du régulateur de vitesse qui lui fonctionne instantanément dès sa mise en service. Il convient d’évaluer l’effet du pondérostat après quelques semaines de régime du fait de son inertie.
…………………………..
1 Cuillerée à soupe contient 15 ml ou +/- 15 g
1 Cuillerée à café contient 5ml ou +/- 5 g
1 Verre de vin 12° contient 90 Kcal
En gros
1g (gramme) de glucides (sucre) = 5 Kcal = 5000cal
1g (gramme) de protéines (viande) = 5Kcal = 5000cal
1g (gramme) de lipides (graisses) = 10 Kcal = 10000cal
1g (gramme) d’alcool (…….) = 7.5 kcal = 7500cal
Modalités pratiques.
1/ Bannir le plat familial central.
2/ Se servir une assiette contenant ce qu’on a l’habitude de manger à chaque repas tous les jours.
3/ S’imprégner et retenir la taille prise par le repas dans l’assiette sur une semaine.
4/ A compter du 8eme jour enlever de cette assiette une certaine quantité homogène du repas. (donc sans faire le tri de la salade par exemple)
Si on n’enlève rien de l’assiette, on garde son poids (trop lourd)
Si on enlève une cuillère à soupe, on perd peu de poids mais on supporte bien son régime, sans la petite faim de fin de repas OBLIGATOIRE pour maigrir bien et pour longtemps.
Si on enlève une louche, On maigrit vite mais le régime sera plus difficile à supporter sur le plan psychique et physique.
DONC
Il faudra accepter une louche à dimension variabl pour s’adapter à chaque individu.
(+ SORTIR 1 BONNE CUILLERÉE A SOUPE PAR VERRE DE VIN AJOUTE AU REPAS)
En ce qui concerne le dessert, le plateau doit être désertique. SOIT un petit fruit ou bienun gros grain de raisin explosif de saveurs.
Bon Appétit.
Tant mieux si vous êtes « allouchés » par ces repas prometteurs
Les nuages lourds de particules et l’atmosphère poisseuse environnante ne laissent aucune chance aux rayons de soleil de pénétrer dans le bureau récemment imprimé. Les ouvertures sont volontairement exiguës pour éviter les intoxications respiratoires et les conjonctivites de stress. Le soleil n’est uniquement visible que quelques minutes par jour lorsque le canon a électrons entaille une faille dans la purée extérieure. Les quelques humains encore présents dans la contrée peuvent ainsi jouir de cet instant magique mais artificiel. Et dire que nos ancêtres pouvaient se laisser griller allègrement tout le jour durant sous la brulure d’un soleil torride. Aucun humain ne peut sortir plus d’une demi-heure dans cet enfer sans risquer un encombrement bronchique de particules de toutes tailles. Souvent le téméraire irréductible doit passer au désagréable lavage alvéolaire à son retour. Ainsi, tous les travaux extérieurs sont exclusivement réalisés par des humanoïdes. De surcroit, les hommes qui n’ont pas émigré vers les planètes voisines, sont atteints d’un mal obscur qui entraine une atrophie progressive des membres allant même, à l’ extrême, jusqu’à une dégénérescence musculo-squelettique. Les exosquelettes sont alors la solution de rechange incontournable. Il est à présager la disparition des membres dans un avenir, certes lointain, mais génétiquement prévisible.
Aujourd’hui deux janvier 2100,
Peter vient de recevoir une notification très importante directement dans son mental. C’est chose rare et donc importante. Il faut dire que depuis les années cinquante, la découverte des ondes mentales permettait de communiquer de cerveau à cerveau après une mise en condition adéquate des émetteurs et des récepteurs. De même il était possible à tout humain de connaitre la pensée et les intentions de son prochain. Cette avancée inimaginable autrefois à modifié les relations humaines faisant disparaitre certains comportements déviants ou pervers.
Le Consortium des Cerveaux Humains (CCH) à heureusement interdit l’accès à ces données du mental aux humanoïdes travailleurs.
« Reçu ce matin, 8h51 locale, le message des habitants de la planète MAS 5623 de l’étoile PROCYON ALTAÏR située à 15 A.L. dans la constellation de l’aigle acceptant le protocole de transfert des données humaines vers elle et vice versa en réponse au message 1507ET33 du 15 juillet 2065 ».
Depuis de nombreuses années et surtout depuis la mise en orbite du télescope HUBBLE, les humains tentaient de détecter une émission artificielle venant de l’Univers qui pourrait laisser penser à l’existence d’une vie extraterrestre. C’est à la fin des années vingt que parmi le brouhaha des réceptions célestes, l’une d’elles paraissait étrange. Mais comment reconnaitre l’étrange parmi l’étrange ? Au fil des années les grandes oreilles des télescopes, toujours plus extravagantes, ont pointé vers un minuscule point situé dans les parages d’ALTAÏR à 15 années lumières de chez nous. C’est de là que devait commencer l’aventure. Un probable message simpliste et lacunaire paraissait provenir d’un monde étrange mais qui a l’évidence consommait beaucoup d’énergie et surtout de l’oxygène. Les spécialistes considéraient cette débauche d’énergie très exagérée par rapport à la frugalité du message transmis. Ces êtres étaient-ils en avance ou en retard par rapport à notre développement scientifique terrien ? Le contact avec cette civilisation n’a eu lieu qu’en 2065 du fait de l’éloignement. Déjà le premier message de 2040 mentionnait de notre part une proposition de transfert humain. Bien sûr, il ne s’agissait pas d’un déplacement physique mais de l’émission d’un dossier contenant des informations de nature génétique augmentée qui pouvait permettre de reconstituer un humain in situ sur ALTAÏR ? Ceci en fonction de leur degré de développement scientifique.
Vingt-neuf janvier 2100 :
branlement de combat au pied du super-hyper-calculateur-mégabytien du CCH qui a été monté au plus profond de la Fosse de Marianne pour de multiples raisons : sécurité, pression, dispersion de chaleur alors que dans le reste de la terre les températures toujours plus élevées ont pratiquement fait disparaitre les réserves d’eau, mers et océans compris sur la planète bleue.
Depuis bientôt un mois, l’ordinateur géant ne cesse d’enregistrer des données au kilomètre dont on ne connait l’origine…. Des hackers féroces, une puissance étrangère mal intentionnée ou bien tout simplement une compilation en direct de ALTAÏR. Personne ne comprend ce qui se passe, il faut attendre la fin du message, si message il y a. Les super intelligences artificielles sont toutes mises en œuvre pour décoder quelque chose, mais toutes restent muettes.
Février 2100
La marée de données ingurgitées de force dans la fosse des Mariannes s’est arrêtée subitement. Les myriades d’intelligences en attente prennent le relai et mâchonnent des milliards de megaoctets jusqu’à l’indigestion. Une chose est sure c’est un colis reçu en provenance d’ALTAÏR. La fin du message donne la marche à suivre pour ouvrir ce colis. Il y a même un petit logiciel pour terrien tout à la fin.
Et on apprend là, avec consternation, que cet immense dossier contient toutes les données nécessaires à la reconstruction d’un être altaïrien avec équivalent de génome complet et petit mode d’emploi.
Tout est prêt pour recevoir le bébé.
Quelle forme aura-t-il ? De quelles connaissances est-il porteur ? Son CV est-il inclus dans son génome ? Est-il possible de le cloner ? Pourra-t-il communiquer avec ses semblables par ondes mentales instantanées ? Sera-t-il un danger potentiel pour l’être humain ? N’est-il pas un cheval de Troie ? Peut-on l’accepter tel quel ? Quel est son mode de reproduction ? pourrait-il envahir la terre par autoreproduction ?
Suite au prochain numéro en provenance de : ALTAÏR
On pourrait passer des heures à suivre la hargne que dégage cet animal mis en confrontation avec son image dans un miroir (que vous ne voyez pas ) .Vous risquez gros, le matin, quand votre cerveau est encore enfumé, lorsque vous aller vous maquiller ou vous raser……
5 ))) Imago de la cigale
[Cicadidae]
Admirez la naissance d’une cigale dans la cour de la maison survenue un matin et probablement liée à la ponte d’un œuf par une cigale que ma fille avait rapportée d’une excursion dominicale en méditerranée 15 ans auparavant.Elle l’avait libérée au pied de l’olivier de la maison.
Remarquez la vitesse avec laquelle se développent les ailes, en une heure. Notez les couleurs vives et multiples de cet animal nouveau né qui explore son environnement et revient vers son exuvie d’où il sort. Il semble se poser la question: où suis-je? et que faire maintenant ?
Donnez moi votre impression à chaud.
4 ))) Pie knic oeuf
[Corvidae]
Piebâtithaut, caillebâtitbas, ratbâtitrou…. à vous de trouver.
3 ))) Écureuil à la noix
[Sciuridae]
Une noix ! Ça va….Les autres , tu me les casses.
2 ))) Un Ballet Aquatique.
[Actinopterygii]
Le rapprochement des corps avec cette sensibilité et cette suavité, dans le milieu aquatique,en résonance avec notre cocon utérin originel génère en nous une bienfaisante détente.
1 ))) Un repas de libellule.
[anisoptère]
Ce n’est qu’un petit creux dans l’estomac qui a poussé cette libellule aux belles couleurs à se délecter de la première petite fourmi qui passait nonchalamment par là.
Il y a de plus en plus de pathes qui cherchent des peutes pour se faire soigner de sorte qu’il y a de plus en plus de peutes de tous poils et de toutes polarités.
La caco-médecine et la pata-science ont , peu ou prou, le vent en poupe. Les réseaux sociaux sont gravement pollués.
Les théra-peutes anciens s’épuisent. Souvent les brico-pathes, psycho-pathes, fumo-pathes et autres caco-pathes, sont pris en charge par des pata-peutes qui prolifèrent dans les villes actuellement
Les peutes submergés emploient des potes peu formés pour faire leur travail mais en dépit de la mauvaise formation des potes, les pathes affluent.
La société, à la dérive, ne sait plus où se soigner. Les dirigeants despotes se foutent bien des pathes pourvu qu’ils tiennent les véritables peutes sous leurs pattes en les sous payant laissant les pata-peutes se multiplier.
Si la pagaille continue encore et encore, il pourrait arriver desthéra-p(e)uthes ou des taré-peutes pour boucher les trous laissés par les thérapeutes dépités et les pata-pathes épatés.
Dans au moins 50% des « malades » vus par le médecin généraliste, le traitement est représenté par le médecin lui-même (merci Docteur, je me sens mieux maintenant que je vous ai vu) ou par des mises à plat des problématiques consommant de l’empathie et du ‘’chronos’’. C’est une spécificité que ne partagent pas même les psychiatres dévorés par des pathologies plus lourdes. Ceci échappe totalement aux ignorants adeptes des grilles informatiques à cocher, des inconditionnels écervelés des cabines médicales cooptées par de l’IA forcement improductive dans ces cas. Seule la bonne pâte humaine pourra, souvent avec moult persévérance, pétrir une autre pâte humaine qui souffre. Les merveilleuses techniques et imageries modernes ne peuvent rien. On laisse ça à nos confrères hautement spécialisés. Cette médecine simple mais pas simpliste est celle de tous les jours et de n’importe quel humain qui à mal.
La négliger c’est nous exposer tous à des bouffées de violence, des demandes inconsidérées, des dépenses médicales incontrôlables, des incompréhensions assassines, des dérives sectaires.
Arrêtons d’agir sur des principes fallacieux, des données absconses, uniquement pilotés par des considérations pécuniaires. Revenons à une médecine humaine sinon humaniste qui doit donc pouvoir vivre de son œuvre au bien être de chacun par une rémunération juste intégrant : les études longues, le temps, le stress, le risque médical, juridique et social, les connaissances et l’empathie. Stop aux facéties mal fondées et déshonorantes (ROSP, multiplications aléatoires en myriades de lettres clefs ingérables, verrouillage du médecin traitant sans raison, etc.).
Привіт, мамо… ні, не повертайся, я тут. Я тебе добре знаю, ти мене ще не знаєш. Ти тримаєш мене, я притуляюся до тебе. Я квіткова брунька, яку ти вирощуєш день у день. Вісім місяців я чекав цього моменту, щоб поговорити з вами. Послухай мене, притули вухо до живота. Тут я відчуваю тремтіння. У мене є вуха, але я не чую. У мене є рот, але він залишається німим, у мене напівзакриті очі, які не бачать нічого, окрім як плачуть розчинені сльози, коли тобі сумно. Я сприймаю лише приглушені вібрації твого тихого голосу, тонкі хвилі твоїх пестощів увечері, але й незрозумілі гуркіт грому, а іноді й страшні ударні хвилі. Я уявляю, якою силою твоїх м’язових скорочень є біль, що нападає на нас. Хто може у вашому відкритому світі так жорстко напасти на вас. Я – сумний. Я обіцяю тобі, люба мамо, яку я вже безмежно люблю, що я захищатиму тебе всім своїм єством, коли настане день. Знаєш, я швидко росту. Ти напихаєш мене такою кількістю зміцнюючих соків. Чуєш серце моє швидке, там під твоїм доброзичливим вухом. Він твій і завжди буде пильнувати за тобою. Після важкої подорожі, яка мене чекає, ніхто більше не зможе зашкодити тобі. Я буду плакати нескінченно, якщо відчуваю твій смуток, я вкриюся жахливими прищиками, щоб захистити тебе, відволікаючи увагу, я зайду так далеко, щоб померти за тебе рідна мамо, я буду їсти знову тільки тоді, коли повернеться безтурботне кохання.
Коли ти будеш старa і втомленa, я буду носити тебе на руках. Я тобі скажу так: якщо твої вуха вже не чують, я розповім тобі про чарівні краєвиди, якщо твої очі більше не бачать, я поцілую твої зморшкуваті руки і твої порожні щоки, і ти згадаєш. тонкі хвилі минулих ласк.
…
Bonjour maman…non, ne te retourne pas, je suis là. Je te connais bien, tu ne me connais pas encore. Tu me contiens, je me blottis en toi. Je suis le bourgeon de fleur que tu cultives jour après jour. Huit mois que j’attends cet instant pour te parler. Écoute-moi, mets ton oreille sur ton ventre. Voilà, je sens un frémissement. J’ai des oreilles, mais je ne peux entendre. J’ai une bouche mais elle reste muette, j’ai des yeux mi-clos qui ne voient rien mais qui pleurent des larmes dissoutes quand tu es triste. Je perçois seulement les vibrations étouffées de ta voix douce, les ondes subtiles de tes caresses le soir, mais aussi les coups de tonnerre inexpliqués et parfois des ondes de choc épouvantables. J’imagine à l’ampleur de tes contractions musculaires la douleur qui nous attaque. Qui peut de la sorte dans ton monde ouvert, t’agresser si durement. Je suis triste. Je te promets maman chérie que j’aime déjà sans limite, que je te défendrai de tout mon être le jour venu. Je grandis vite tu sais. Tu me gaves tellement de sucs fortifiants. Entends-tu mon cœur rapide, là sous ton oreille bienveillante. Il est à toi et il veillera toujours sur toi. Après le dur voyage qui m’attends, personne plus ne pourra te blesser. Je pleurerai sans cesse si je ressens ta tristesse, je me couvrirai de boutons horribles pour te protéger en détournant l’attention, j’irai jusqu’à mourir pour toi maman chérie, je ne remangerai qu’au retour d’un amour serein.
Quand tu seras vieille et usée, je te porterai dans mes bras. Je te raconterai ça : si tes oreilles n’entendent plus, je te conterai des paysages féeriques, si tes yeux ne voient plus, je baiserai tes mains ridées et tes joues vides et tu te remémoreras les ondes subtiles des caresses du passé
Traduction Google . Avec l’aimable correction de Yrina Champié
En fouillant dans mes vieux « super 8 », je suis tombé sur ce montage que j’avais fait avec mes petits moyens d’alors. Certains vicois s’y reconnaitront si vous avez moins de 45 ans ne vous cherchez pas, mais sachez apprécier les beaux chars de l’époque.
Certains passages sont altérés par des scintillements que je vais tenter de corriger. Attendez quelques temps pour télécharger ce film si vous en avez l’intention.
Laisser un petit commentaire ou un « j’aime » pour savoir si vous avez apprécié et si ça vaut le coup que je retourne sens dessus dessous mon grenier . Merci.
SMD VIDEO PIO cavalcade Vic 77 cliquez sur ce lien ci-dessous:
Je venais d’arriver dans cette grande ferme gersoise ou vivait ma grand-mère et le reste de sa famille depuis bien longtemps. J’avais dix ans, mon souvenir reste embrumé. Je commençais mes grandes vacances. J’avais deux mois devant moi pour déguster la liberté et les grandes balades dans les collines calcaires du Gers. J’ai en tête ces grandes huitres fossiles de l’ère tertiaire que nous ramassions avec mon jeune cousin. Le soc de la charrue arrivait parfois en en soulever une. Il fallait faire des kilomètres dans les mottes instables avant de tomber sur ce qui était notre trésor de l’été. Il y avait aussi les nids, nous en avions rempli toute une remise qui devait devenir, dans un autre monde futur, un musée campagnard : mésanges, merles, fauvettes, chardonnerets, jamais de pies, trop hauts. Nous ne touchions jamais aux nids habités mais quelle joie de tomber sur eux. Je me souviens du jour où je suis parti seul à la pêche aux grenouilles dans une mare éloignée. Au moins trois cents mètres! Toute une expédition lointaine. Une longue verge de frêne, mon bois préféré, une corde fixée sur la plus maigre des extrémités et tout au bout de la ficèle une loque rouge. Je n’avais pas lancé mon système au-dessus de l’eau claire de la mare qu’une grosse grenouille avide s’élança sur l’appétant appât grenat. Je me mis à trembler de joie mais très vite envahi d’une peur panique. Que faire de cette prise inattendue ? Pas questionde toucher à cette bête gluante à la gueule goulue et géante qui pourrait bien me gober. Il fallait faire quelque chose, moi pêcheur devant l’éternel, je ne pouvais capituler. Je me crispai sur ma gaule improvisée, la brandis devant moi comme une hallebarde du moyen âge éloignant ainsi le plus possible la grenouille « pendouillante » de mon corps et détalai en criant de toutes mes forces vers la maison : « Nonna, nonna, viens vite ! » Oh, elle a bien ri, et de bon cœur. Moi, pauvre pêcheur, je ne prierai plus personne de m’accompagner à la pêche à la grenouille.
Je refuserai désormais toute prière pour aller pêcher la grenouille serait-elle de bénitier.
Mais ce premier jour de grandes vacances n’a pas inauguré aussi héroïquement la suite des évènements. Je n’étais certes pas plus chasseur que je n’étais pêcheur comme je vous l’ai raconté. Je portais cependant en permanence une arme redoutable dans une poche avec des munitions en quantité raisonnable qui boursouflait l’autre poche. Je devais ressembler de loin à une Venus callipyge aux hanches cellulitiques. Le lanceur de pierre était de fabrication personnelle. Ceci explique très certainement le manque réel de précision du tir sur une cible mobile. Je n’ai donc jamais réussi à atteindre un animal quelconque avec mon ’’fléchard’’ déséquilibré. Ce jour-là a été pourtant autre. Je déambulais sans but dans la grande cour chargée de déverser les visiteurs sur la porte principale de la ferme. Cette cour acceptait tous les occupants des lieux. Il y avait là des poules, des coqs, des canards, des poussins, des canetons, des dindes et dindons, des oies, des jars, et des pintades. Le hic allait venir du dindon. Il n’aimait pas manifestement la gent infantile. Il était pour moi énorme, hautain, belliqueux, imbu, guerrier, offensif, au gosier rouge cramoisi, les plumes ébouriffées, la pendeloque charnue érectée sous un bec effrayant et déjà en position de ‘’départ du 100 m’’. Ce Méléagris guajolote ne m’inspirait aucune confiance. Avant même que le top départ ne fut donné, je me saisis à terre d’un débris de brique cassé et d’une virevolte acrobatique de discobole je le touchais pleine cuisse alors qu’il décollait juste. Il s’affala là. Je le crus mort. J’étais presque content. Mais la grand-mère pas du tout ! Les vacances commençaient très mal.
Elle m’expliqua dans un état proche de celui du combattant précédant que je venais de condamner à mort le porteur de la semence de tous les dindons du canton. La patte cassée ne lui permettrait plus d’honorer correctement les dindes éplorées de son voisinage, il fallait l’euthanasier.
Je pris alors conscience que j’étais beaucoup plus dangereux les mains nues que armées de ma fronde imparable.
Et pourtant, je dois dire que je fis tout de même un mort, que j’ai encore et pour toujours sur la conscience. Oui, ma fronde déréglée fit une victime. A la chasse comme tous les jours, à l’affut dans un fourré d’épineux, je repérai un petit piaf qui divaguait de çà, de là, de branches en « branchilles », heureux comme un pinson chantonnant. Je bandai ma fronde invincible et tira sans viser l’une des pierres qui gonflaient ma poche. Hélas, le pipit en question quitta sa branche pour passer devant le projectile qui le tua sur le coup. Je fondis en larmes.
Alfredoa fait trois guerres, peut-être même, à l’entendre, quatre ou cinq. Il n’en était pas à une près. Oui mais, tout de même, il était arrivé ainsi à apprendre, en plus d’un mauvais Français et d’un Italien abâtardi, le Polonais et l’Allemand. A mon âge, ça représentait ‘’quelque chose’’, un summum insurmontable. Un jour il lui prit l’idée de rentrer dans des considérations inhabituelles en estimant que j’étais assez vieux (du haut de mes huit ans) pour apprendre des choses qu’un « gentilhomme » se devait de connaitre! Il me mit aussitôt dans la confidence. On allait donc se débarrasser aujourd’hui des sempiternelles mais très attachantes histoires de sorcière (la befana) et de loups garous (lupi mannari) malfaisants.
Il me fit assoir convenablement et me regarda dans les yeux pour montrer la force de la chose à dire. Je vais t’apprendre aujourd’hui deux phrases que tu devras retenir par cœur. Elles te serviront plus tard quand tu seras grand. Une sera en polonais et l’autre en allemand. Il m’intéressa tout de suite, because le summum que je commencerai alors à gravir. Je me voyais déjà trilingue et pourquoi pas ‘’quadri’’. Ce n’était pas la guerre tout de même.
« En voici une, écoute bien : procepagnepsidieiutredodomo, répète procepagnepsidieiutredodomo » Je faisais mauvaise mine et répétai à quelque chose près.
« Mais Nonno, qu’est-ce que ça veut dire ?
-Ne t’occupes pas de ça et répète…et tu me répéteras demain. » Je voyais ça d’un mauvais œil et le summum s’éloignait.
Après quelques minutes, il revint à l’attaque :
« Bittefraolencommensimorguenzormirnamaineaozen » Répète, c’est de l’allemand. Là j’avoue, le summum était tombé dans l’abîme.
La soirée et la nuit se sont passées à la répétition des deux énigmes. Petit à petit ces hiéroglyphes se sont imprégnés dans ma mémoire. Je peux donc vous les retranscrire sans ‘’aucune faute’’.
Puis, un jour, je suis devenu grand. Très grand même car c’est à 60 ans que je me suis souvenu de ces « phrases » gravées dans ma matière cérébrale. Elles me demandaient de faire quelque chose pour elles ou plutôt quelque chose d’elles.
Bien plus tard se présenta à mon cabinet une femme polonaise d’un âge mûr et d’une constitution psychique solide me paraissant apte à répondre à une vieille question restée en suspens depuis 50 ans. Je me méfiai tout de même du grand père joyeux luron et approchai le sujet à pas feutrés. J’expliquai l’histoire que vous connaissez maintenant et débitai la phrase crue sans point, virgule, accent, espace ou césure, et la répétai. Le retour n’a pas été instantané mais un petit rosissement lent des joues me fit penser que peut être j’étais allé trop vite. Ben non, « s’il vous plait mademoiselle venez ce soir chez moi ». C’était simple et correct. Je ne sais pas si mon Grand-père est monté ou a descendu dans mon estime ce jour-là.
Fort de cette traduction je m’attaquais dès le lendemain à la phrase allemande qui par analogie avec l’anglais pouvait se scinder en plusieurs mot que je reconnus. Elle avait en effet la même signification.
J’en conclus que mon grand-père n’était pas un irréductible va-t-en-guerre, mais à la guerre comme à la guerre il ne faisait guère de différence dans ses multiples conquêtes.
Voilà six heures que nous avons enfin quitté le tarmac quasi gelé de l’aéroport de PARIS. L’ouverture de la porte de l’avion sur celui de la HAVANE jette sur nous un « blast » de cocktail Molotov. Les poumons se sont ratatinés pendant le trajet dans la cabine, c’est sûr. Essoufflés dès la première minute, nous descendons la rampe de l’avion en surchauffe, traversons en sautillant comme des fakirs sur des braises le sol au ciment porté à blanc pour rejoindre les douanes aux formalités interminables. Enfin nous rejoignons notre voiture de location. Un modèle unique surclassé d’un ‘’rouge éclatant’’ nous attend. Son profil aérodynamique de sportive nous surprend. Nos souvenirs d’un précèdent voyage ne laissait présager que des ennuis futurs. Absolument pas adaptée aux ersatz de routes cubaines. Nous apprécions cependant la climatisation efficace et rare.
Nous roulons vers les plages sublimes du nord, un sorbet ou même un coca serait bien venu sous ce soleil ardent. Le premier village nous offre dès l’arrivée son plus bel attrait : un antique café multicolore, bien sûr vide en ce début d’après-midi. Merveille, il était ouvert et calme. Un grand escogriffe habillé en gentlemen semblait nous attendre adossé à la vitrine du bar.
Il s’essaya à un large sourire à notre entrée. Derrière le comptoir, un homme courbé essuyait probablement le même verre depuis le matin, l’air bougon. Une grande salle ouvrait sur un patio de verre qui exposait un jardin paradisiaque. Le bougon sympathique nous servit rapidement les breuvages attendus, nos corps se laissèrent imprégner petit à petit de l’ambiance apaisante quand tout à coup et venant de nulle part déboula de la jungle paradisiaque une harde de chanteurs, danseurs, et jongleurs bariolés. Le niveau sonore de la musique explosa d’une sensuelle salsa locale. La surprise passée, nous nous rendîmes compte que ce spectacle nous était offert personnellement. Peut-être que la belle ‘’voiture rouge éclatant’’ avait vite fait de réveiller toute la communauté active du pays !!! Il est à noter la qualité remarquable de ce groupe local. Les chanteurs et la danseuse bien synchrones, les pirouettes étonnantes et la dance étaient évidemment parfaits. Ce jour-là je m’étais promis… une promesse que je n’ai pas tenue : apprendre la salsa.
Le grand escogriffe déjà prêt au spectacle ne cessa de faire virevolter un lot de cartes avec une dextérité impressionnante. Il paraissait enveloppé d’une multitude de cartes qui voltigeaient autour de lui comme une nuée de moustiques sans qu’il n’en échappa une seule depuis notre arrivée.
Notre petit spectacle terminé et récompensé par un petit billet et l’achat d’un disque, il ne put tenir bien longtemps et s’approcha pour nous épater, et il nous épata. Il était un prestidigitateur chevronné. C’était tellement invraisemblable qu’il me vint l’idée de sortir ma caméra et d’enregistrer ses facéties. La salle avait recouvré son calme, il termina sa prestation en échange de quelques remerciements et pièces. Il reprit sa place adossé au bar et continua ses exercices de virevoltes. Nous étions détendus et enchantés. L’escogriffe ne bougeait pas. Lentement nous vidâmes nos verres. L’escogriffe piétinait sur place. Nous payâmes nos consommations au bougon maintenant déridé lorsque l’escogriffe s’approcha à nouveau de nous, l’air aigri. Il s’approcha de ma femme et lui demanda sa main. Il remonta la manche du chemisier léger qu’elle portait et remis à sa place la montre de valeur qu’il lui avait subtilisée lors de sa prestation. Passé le moment des étonnements et devant son comportement inexplicable dans cette situation, nous nous sommes abaissés à lui offrir un billet bien plus gros que la pièce déjà offerte en remerciement de son chapardage avorté.
Nous quittâmes ce café mémorable en bonne humeur mais avec un arrière-goût amer en pensant que l’effet ‘’voiture rouge éclatant’’ commençait juste à opérer. Et il en sera ainsi.
Addendum: Dans ces années deux mille, Cuba, dirigé en main de fer par Fidel Castro, appelé parfois « barba truco » par le peuple soumis, faisait partie des états pauvres et même pas en voie de développement. La population pauvre vivait chichement et profitait le plus possible de la manne que représentait les quelques touristes qui évitaient les ghettos luxueux nationaux ou atterrissait la plupart des touristes. Les cubains développaient toutes les astuces les plus extraordinaires pour soutirer quelques dollars bienvenus. Cependant, très surveillés par le quadrillage communautaire local, il ne fallait pas se faire prendre sous peine de sanctions majeures. Les touristes, eux, ne se rendaient pas compte souvent de la supercherie (je vous en raconterai une, plus tard) ou bien, bons joueurs ils acceptaient de se laisser délester de quelques dollars représentant une grosse valeur pour les autochtones. Un ouvrier touchait à l’époque l’équivalent de 5 dollars américains par MOIS alors que la moindre bière payée par le touriste était de 1 dollar.
Alors, pourquoi le grand escogriffe est-il venu rendre la montre à mon épouse ?
La réponse m’a sauté aux yeux quelques mois plus tard après le retour du voyage.
En visionnant le film tourné dans le bar lors de son exhibition montre très bien la manipulation de subtilisation de la montre et IL LE SAVAIT.
Le risque était trop grand sur l’ile de CUBA.
Critiques.
Je viens d’écrire ce souvenir. Il est resté vingt ans au fin fond de ma mémoire où il s’est élaboré, modifié et patiné comme un bon fromage dans une cave. Tel le lait d’origine se transmute lentement sous l’effet des enzymes ; chymosine , lactases, diastases qui modifient les ingrédients, mes souvenirs lointains ont subi les affres d’une ‘’mémoirase’’ perturbatrice.
La reprise de film que je n’avais pas revisité depuis l’année 2004 montre des déficiences et des inexactitudes dans mon récit.
La voiture était bien rouge, peut-être pas éclatante.
Le café était un restaurant de la Havane bien connu et fréquenté. Peu de clients ce jour-là à cette heure-là.
L’escogriffe prestidigitateur à bien existé et a bien subtilisé la montre, mais a rendu l’objet dans la foulée certes en pointant du doigt mon appareil, ce qui a induit peut être par la suite une interprétation tendancieuse.
Le groupe de musicien et la danseuse parfaits :
‘’groupe Navarra’’
….
Tour de passe passe, la montre est présente.La montre est rendue
L’histoire se passe pendant la guerre et plus précisément dans une tranchée ou mon grand-père attendait avec impatience que la situation évoluât. IL était avec une dizaine de ses compagnons d’infortune embourbé dans ce trou ignoble depuis de longues semaines et rien ne se passait. Tellement ce rien était néant total que plus aucun approvisionnement n’était parvenu jusque-là de longue date. La ration de pain aussi dur qu’une tête d’obus s’amoindrissait dangereusement et la faim était la seule chose qui ne les avait pas oubliés. Le moral usé, un jour béni des dieux pourtant lointains, arriva. Un vaguemestre incertain déposa un colis inattendu au contenu odoriférant. Il l’ouvrit avec empressement et tomba d’emblée sur l’objet suspect : Une sardine … et une seule. Il resta interloqué, sidéré pendant quelques instants. Mais mon grand-père restait rarement longtemps en mode standby. A peine germée, l’idée passa dans les rangs. Il fallait permettre à dix personnes de manger avec plaisir, si ce n’est avec abondance, et cela au moins dix jours, passage prévu d’un possible ravitaillement.
Posez-vous dans votre canapé bien douillet, servez-vous un bon whisky tourbé, fermez les yeux et transportez-vous dans une tourbière sanieuse et pestilentielle. Comment auriez-vous fait ?
Mon Génial grand père l’a fait.
Donnez-moi votre réponse dans ’’laisser un commentaire’’ si vous êtes aussi fort(e) que lui.
RÉPONSE 15/12/2021
Mon Grand-père utilisa le stratagème suivant :
Il introduisit la sardine dans une bouteille de verre.
Les soldats en état de famine avancée ont probablement présenté un état de délire hallucinatoire collectif,
ils se sont mis à frotter la bouteille avec leur petite réserve de pain sec. Celui-ci se transforma en aliment rempli de saveurs et d’odeurs appétissantes.
Hello mommy… No, please don’t turn away, I’m right here. I know you so well, although as yet you don’t know me. I am inside you – I snuggle here deep inside of you. I am the blossom that you nurture day by day. I’ve been waiting for eight long months to talk to you. Listen to me, put one ear close to your belly. Here it comes, I feel a shudder. I have ears but I can’t hear. I have a mouth but it is mute. My eyes are half-closed and I can’t see a thing; but when you are sad, I cry with you, and my tears melt. And at night, I sense the muffled tremors of your soft voice, the sweet echo of your nightly caress, but also mysterious thunder and sometimes frightening shockwaves.
I can imagine the pain waving over us with every muscle contraction. Who would want to attack you so cruelly in your world outside? It makes me so sad. Mommy dearest, I promise you that my love for you knows no bounds and that, when the day comes, I will defend you with my whole being. Just see how fast I am growing. After all, you feed me so well with your goodness. Do you hear my heart beating fast in your ear? It is beating for you and I will always watch over you.
After the hard journey that awaits me, no one will ever hurt you again. I will never stop crying while I feel that you are sad. I’ll cover myself in a horrible rash to distract and protect you. I will even go so far as to die for you, mommy dear. I will not eat again until serene love returns.
When you are old and weary, I will carry you in my arms. And let me say that if your ears can no longer hear, I will paint fairytale landscapes for you. If your eyes can no longer see, I’ll kiss your wrinkled hands and your sunken cheeks … and you will recall those subtle waves of caresses from the past.
Traduction assurée aimablement par Dick DAVIES. (MAMAN CHÉRIE) MERCI
Ou comment agrémenter le repas de 10 personnes pendant 10 jours avec une seule sardine.
L’histoire se passe pendant la guerre et plus précisément dans une tranchée où mon grand-père attendait avec impatience que la situation évoluât. IL était avec une dizaine de ses compagnons d’infortune embourbé dans ce trou ignoble depuis de longues semaines et rien ne se passait. Tellement ce rien était néant total que plus aucun approvisionnement n’était parvenu jusque-là de longue date. La ration de pain aussi dur qu’une tête d’obus s’amoindrissait dangereusement et la faim était la seule chose qui ne les avait pas oubliés. Le moral usé, un jour béni des dieux pourtant lointains, arriva. Un vaguemestre incertain déposa un colis inattendu au contenu odoriférant. Il l’ouvrit avec empressement et tomba d’emblée sur l’objet suspect : Une sardine … et une seule. Il resta interloqué, sidéré pendant quelques instants. Mais mon grand-père restait rarement longtemps en mode standby. A peine germée, l’idée passa dans les rangs. Il fallait permettre à dix personnes de manger avec plaisir, si ce n’est avec abondance, et cela au moins dix jours, passage prévu d’un possible ravitaillement.
Posez-vous dans votre canapé bien douillet, servez-vous un bon whisky tourbé, fermez les yeux et transportez-vous dans une tourbière sanieuse et pestilentielle.
Comment auriez-vous fait ?
Mon Génial grand père l’a fait.
Donnez-moi votre réponse dans ’’LAISSER UN COMMENTAIRE’’ CI-DESSOUS si vous êtes aussi fort(e) que lui.
Tejō de būtsu o hikiageru furuenagara, kanojo wa jibun no hosuto o mite, kare wa kanojo no pantī o hikisage, aegi, saikō no kōgeki, soshite sore jitai o kurikaesu, shikei shikkō hito ni todoke rareta josei no karada bā no mae ni mo rokudenashi ga arimasu.
Je descends lentement la rue qui conduit au centre de la ville. Quelques passants déambulent mollement. De nombreuses jeunes femmes seules rejoignent leurs familles au sortir des magasins où elles travaillent. Celle qui vient de me saluer, moi, l’homme seul, encore jeune, m’apparait soudain comme originale. La dizaine d’autres que je viens de croiser fait profil bas. Le téléphone portable n’a encore pas pris la place exagérée qu’il connaitra deux décennies plus tard. L’une détourne son regard du coté inintéressant des murs enfumés des édifices alignés, de façon volontaire, l’autre manipule fébrilement l’extérieur de son sac à main tout aussi inutilement afin de n’avoir pas à croiser mon regard. Une autre me frôle, rigide, en fixant sans expression le but à atteindre. Si j’initie le bonjour, pour voir, je n’obtiens aucune réponse. J’essaie de rendre ma voix plus grave, la plus inexpressive de peur de choquer mais obtiens le même résultat. Ma petite expérience du moment, je la renouvelle plusieurs jours d’affilés. Il faut que je me plie à l’évidence : Ce n’est pas une bougonnerie de la gent féminine, mais quasi sûrement le fruit d’une éducation voulue. Cette idée est à creuser. D’où vient cette attitude stéréotypée, comment s’est-elle propagée et quelle en est la finalité.
A la réflexion, il ne semble nullement besoin de faire des recherches profondes dans des archives poussiéreuses pour désigner banalement les mamans comme ‘’transmetteuses’’ de cette pratique ancestrale.
Mais n’y a-t-il pas là une faille éducationnelle ?
Si on se réfère aux études éthologiques qui théorisent le comportement animal (et en miroir peut être humain), la pratique peut engendrer des phénomènes étranges et contraires aux buts recherchés. Effectivement, un regard fuyant ou orienté vers le sol peut être interprété comme signe de soumission. Dans ce cas, la moindre rencontre fortuite homme / femme perturbe d’emblée la relation d’égalité naturelle attendue. La petite fille qui a toujours entendu rabâcher (pour son bien évidemment) sa mère mais surtout sa grand-mère, qu’il ne FALLAIT pas soutenir le regard des garçons de passages, s’offrira d’emblée comme vis-à-vis faible. L’homme qui se doit d’être dominant (cette supériorité est induite par l’erreur de laisser croire que la femme est soumise) est ainsi encouragé à décupler son désir de puissance fictive. Il faut évidemment tempérer cette assertion lorsqu’on assiste, à vrai dire, au peu de persévérance manifestée par la majorité des hommes. Cependant, ne serait-il pas plus judicieux d’éduquer nos fille jeunes à présenter un regard ferme et convainquant au prime abord, dénué de sentiment de peur et de soumission. Une étude de « socio-comportementologie » serait bienvenue.
Cette réflexion m’est apparue évidente lorsque, maintenant arrivé à un âge mûr, j‘intercepte tout au long de mes promenades des bonjours et des bonsoirs plus fréquents. Je peux admirer, de face, les belles frimousses des filles qui détournaient le regard jadis lorsque je représentais sûrement pour elles un danger potentiel.
Il faut que les filles affirment leur statut d’égalité dès le premier instant, aux hommes qui ont une représentation faussée de la valeur de la femme altérée pas des attitudes de soumission dictée à tort depuis des siècles par des grand-mères soucieuses.
Ceci implique une éducation spécifique dès la petite enfance.
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Ecrit en patois san marinais ( cf: République de Saint Marin) par ma mère à l âge de 92ans et transcrit phonétiquement par moi même et sans règles précises.
Cette langue a été réduite en un dialecte peu usité actuellement au profit de l’Italien (langue officielle de la République).
Scritto in "patois" sammarinese (cfr: Repubblica di San Marino) da mia madre all'età di 92 anni e trascritto
foneticamente da me e senza regole precise.
Questa lingua è stata ridotta ad un dialetto attualmente poco utilizzato a favore dell'italiano (lingua ufficiale della Repubblica).
Per favore correggi il testo per me, lasciando un commento. Grazie
Il est une constante dans l’élaboration d’une religion, aussi ancienne soit-elle, de considérer systématique un au-delà salvateur. L’angoisse métaphysique probablement acquise petit à petit tout au long des millénaires de façonnement du cerveau et de son corollaire le psychisme est inhérente à l’Homme. Rechercher sans cesse comment annuler cette douleur mentale a conduit les premiers hominiens « cérébrés » à générer une pensée positive. Ainsi est né le principe du « paradis ». Je ne parle pas du paradis terrestre des catholiques, mais son générique représentant l’état de félicité acquise après la mort. La localisation de ce paradis, sa structure, son fonctionnement varie d’une religion à l’autre. Telle religion le représente comme un domaine céleste regroupant tous les humains dans une joie infinie, telle autre un bonheur immédiat indicible et sans fin. Au gré des civilisations, ce peut être une métempsychose avec sa réincarnation qui se répèterait jusqu’à atteindre une éternité bien méritée. Bien sûr la perspective de revenir sous la forme d’une limace oblige ce terrien à respecter la vie quelle qu’elle soit sur terre. La perspective de retrouver des myriades de femmes vierges dans l’au-delà peuvent expliquer peut être le comportement déviant de quelques énergumènes très primitifs prêts à tout.
Mais si le paradis est un aboutissement recherché de la vie, sa présentation va différencier les diverses religions. Toutes exigent un comportement irréprochable pendant la vie terrestre. Hélas, l’Homme étant ce qu’il est, cette obtention du paradis semble bien compromise pour la plupart des humains. Exception faite de son antonyme l’enfer qui recevrait tous les parias de la religion chez les Chrétiens, il faut donc en déduire que quelle que soit la croyance religieuse de chaque humain, nous nous retrouverons côte à côte dans l’au-delà. En corolaire, il parait donc IMPÉRATIF de devoir accepter coute que coute son voisin même sur terre, serait-il noir, blanc ou jaune, Chrétien, Juif, Musulman ou autre Hindou.
Je vous présente Modeste BIAISE, un homme encore jeune, mais atypique comme il en existe toujours un ou deux dans chaque village. Son cerveau contient une seule plaque de circuit imprimé où les électrons sautent, comme il se doit, de trou en trou électronique pour faire fonctionner le circuit. Chez lui, on ne trouve que des trous. Aujourd’hui il part, sûr de lui, voir son médecin qu’il connait bien.
« Quoi de neuf Momo ?
– Docteur, j’ai ‘’mon muscle’’ qui est devenu tout mou.
– Quel muscle ?
– Vous voyez bien quel muscle ; Avant il était plus dur que mon biceps quand je portais un sac de 50 kg .
– Ah je vois. Mais, mon ami, ce n’est pas un muscle.
– Comment ça ? Vous avez entendu parler de bander ses muscles, non ? Les kinés connaissent,EUX.
– Il vaudrait mieux voir un urologue.
– Non, non, je vous dis que je veux avoir des séances de kiné pour re-musculation, rapido.
– Bon ça va, tu es comme les vaccino-sceptiques, tu n’écoutes rien. Je te donne une ordonnance pour trois séances de kiné, en général, ça suffit. »
Le Médecin note sur une ordonnance :
Trois séances de massages profonds par AMK* D.E (diplômé d’état).
Trois mois plus tard, Momo arrive de nouveau chez son médecin :
« Eh bien, Momo, comment va ?
– Très bien Docteur. Ma kiné demande une prolongation de soins avec trente séances de plus.
– Comment se sont passées les trois premières ?
– Parfait, comme dit ma Kiné. La première, moyennement, mais à partir de la seconde elle a même demandé la vérification, et alors, à la troisième, elle a été très contente de son travail.
– Mais dis-moi Momo, Combien as-tu payé la séance ?
– 75 € ? un peu cher, pas beaucoup remboursée mais très efficace, comme je me doutais dès le début.
– Mais où se trouve cette Kiné ?
– A Toulouse, pas de kiné libre dans la région. Elle a une plaque à l’entrée de son cabinet avec D.E. dessus comme vous avez prescrit.
– Beaucoup de monde dans la salle d’attente ?
– Pleine.
– Des hommes, des femmes ?
– Euh, mais… surtout… ou même, que des hommes, ‘’j’avais’’ pas remarqué.
– Normal, les muscles c’est une affaire d’hommes…
– Très bien, je te fais une ordonnance. »
Le médecin écrit :
Mr Modeste Biaisé.
(En faisant bien attention, encore que ce jour il hésite, à ne pas oublier le « I » comme lui répète sans arrêt Momo à chaque fois? à la suite des recommandations de sa mère depuis son enfance).
Trente séances supplémentaires de massages par APP D.E.* à DOMICLE.
« Je te prescris les séances à domicile, ça me parait beaucoup plus facile. »
Le soleil se couche voluptueusement dans les tourbillons d’air chaud qu’il a lui-même engendrés au-dessus du lac. Un homme déchausse ses pédales et pose un pied à terre pour répondre à un appel de son portable. Il crie d’emblée très fort et je ne peux que l’entendre :
« Allo, et ben, alors… Je t’attends. Comment ça…. t‘es malade ! A bien… je comprends, qu’est-ce que tu as ? L’épaule ne va pas ! Depuis quand ? Trois semaines ! Mais qu’as-tu fait ? Rien ! Que dit ton médecin ? Rien, il dit d’attendre, ça ne m’étonne pas il n’y connait rien, je le connais il fait semblant de savoir, il faut que tu vois un médecin spécialiste. C’est une tendinite ! Ça ne m’étonne pas, c’est sûr une tendinite de la coiffe, oui c’est ça ! Aie aie aie, il te faut voir un spécialiste, oui mais un qui coupe… oui un vrai, il y en a dans les grandes villes, oui un qui coupe, qui ouvre quoi. »
C’est sûr, à l’autre bout de l’onde, son ami n’a pas beaucoup ce chose à dire, mais il a pâli certainement.
« T’as fait des radios ? Ola la, mais il faut la faire, sinon on ne voit rien, demande à ton médecin mais il ne voudra peut être pas, il faut une radio pour voir les tendons ! Insiste… la coiffe ça peut être important. Et en plus, c’est peut être une algooo…algodystrophie voilà c’est ça. Et une algo ça dure longtemps, c’est une M… Qu’est-ce que c’est une algodystrophie ? Et bien …une algo… c’est … une … nécro…, oui une nécrose* des tendons de la coiffe. Et alors làaa. »
Son ami n’est plus pâle, mais cramoisi.
« Oui, pour moi, je te le répète, vois vite un spé qui coupe, y a que ça à faire. Oui, à la revoyure, tu me diras la suite. Ne t’inquiète surtout pas, ce n’est pas grave… allez… ciao ciao. »
Son ami est certainement en croix, étalé par terre.
Il aboute ses cale-pieds,’’ s’en-selle ‘’en sifflotant et disparait, manifestement heureux de sa téléconsultation positive.
Moi, je pense tout haut, comme lui : « C’est pas sûr qu’on se revoit. Te fais pasde la bile, je suivrai ta nécro … logie. »
Manon est « tout juste » smicarde. En couple, elle trime dur pour élever ses deux enfants en bas âge. Son ami ne fait pas beaucoup mieux mais bosse sérieux. Ils possèdent une voiture décrépie qui leur coûte cher, vu les réparations fréquentes sur ce moteur usé. Les fins de mois s’arrêtent au vingtième jour en pratique et Manon, déjà en embonpoint me certifie que les jours restants, elle n’ingurgite que des pommes de terre pour garder le peu d’argent qui reste pour nourrir ses enfants et s’octroyer parfois une petite, très petite gâterie en passant. Elle ne se plaint jamais, j’ai dû lui extorquer ce petit secret qu’elle cache pudiquement. Elle ne veut pas demander d’aides à quiconque. Son estomac, lui, manifeste parfois son insatisfaction par de brulures et quelques épisodes de ‘’blues’’ perforent sa carapace enjouée. Son compagnon travaille non loin de la résidence et se rend au boulot à pied. Manon doit parcourir avec sa guimbarde une quinzaine de kilomètres pour rejoindre son usine ‘’horodatée’’ à la minute près.
Ce matin-là, après le réveil en fanfare habituel pour elle mais certainement pas motivant pour les enfants, elle prend du retard. Elle doit abandonner la dernière corvée des cartables des garnements à son conjoint et démarre aussi vite que possible pour ne pas rater l’horrible horodateur. Elle en oublie même le radar interposé en travers de son trajet depuis quelques années. Hélas, aujourd’hui ou tout commence mal, il n’est pas encapuchonné de l’habituel sac de poubelle noir qui autorise quelques incartades au règlement. Elle prend conscience soudain, donne un grand coup de frein dangereux et tardif, et voit instantanément un chèque de 135 euros qui s’envole et la désole. Soit 10 % DE SON SALAIRE MENSUEL… ou 10 % du prix de son tacot.
Martin, lui, est un industrio-commercial ‘’arrivé’’. Il porte un costard aux plis sérieux, un feutre fauve remplaçant sa chevelure détruite par les soucis sous-jacents, et chausse ce matin-là sa dernière voiture flambant neuve. C’est un coupé BMW à la couleur irisée et au fort tempérament. Cette auto serait capable d’aller, seule, sur ordre vocal, à son lieu de travail où elle n’aurait aucune difficulté pour se garer elle-même dans son espace privé. Mais ce matin, Martin veut jouir de sa possession à 150000 € et prend toutes les commandes. Il sent là sous ses doigts la volupté tactile du cuir de sa jument fugueuse, s’enivre les yeux des reflets enjôleurs de la ronce de noyer du tableau de bord et oublie le radar dont il ne connaissait que peu l’existence. Il ne ralentit pas et n’a même pas conscience qu’il pourrait y avoir un quelconque obstacle à son pouvoir. Aucune pensée à un autre que lui-même ; Un enfant par exemple qui déboulerait à la poursuite de son chien, que son esprit embrumé ne lui permettrait pas de prévoir. Mais peu importe, égalité égale égalité : 135 minuscules euros. Soit 0.005 % DE SON SALAIRE…. Ou 0.0009% du prix de sa voiture. Aucun soucis et il arrive à l ‘heure à son travail où pas le moindre horodateur ne l’attend.
Cogitez, cogitez braves gens :
L’égalité DOIT-t-elle procéder de la valeur réelle ou relative des choses ?
Je vous laisse 48 heures puis écrivez-moi. Vous ne serez pas noté.
« Ulala! Dottore! Vieni a lavorare in questo stato?
—Ahimè, sì, sono esausto.
—Stai male?
—No, non ho dormito, molto rumore nella stanza accanto la scorsa notte.
—Ah!
—Una donna « molto calda » per tutta la notte.
—Hum!
—Fava anche molto caldo, aveva lasciato le finestre aperte
—Come lo sai ?
—Ho sentito una leggera corrente
—Una corrente d’aria!
—La porta comunicante era aperta.
—Oh, capisco !
— ??
—Hai sognato… Sei stato vittima della « Sindrome di Ulisse ».
—Come?
—So come aggiustarlo… la prossima volta, quando torni nella tua stanza d’albergo, chiudi tutte le porte a chiave….
E li butti via. »
Merci a celui ou celle qui me donnera une correction de mon italien rudimentaire .
NB : ‘’Scherzo’’ in ricordo del meraviglioso soggiorno all’hotel Sirenetta (2019) sull’isola di Stromboli. Grazie per il libro di tuo padre che mi hai regalato, che è straordinario.
La femme en pleurs qui est devant moi, est recouverte d’ecchymoses multiples, sur les bras, les cuisses, le thorax de couleurs différentes témoignant de leurs distributions dans le temps. Les bleus fraichement constitués vont se dégrader progressivement en virant au vert, au jaune et brun en quelques jours. On dit que cette évolution des couleurs suit celle du stade de la biligénie locale(bleu-violet, vert-jaune puis brun). Plus grave encore, le dos de sa main dessine une courbe peu orthodoxe signe de fracture sous-jacente. Je redoute et elle me confirme la violence de son mari qui est bien l’auteur de ce feu d’artifice. Je fais part de mon étonnement et me permets de dire :
« Pourquoi restez-vous avec cet homme dangereux ? Il y a des moyens pour vous en éloigner.
– Il n’est violent que lorsqu’il est saoul, le reste du temps il est charmant et je l’aime. »
Ce dernier argument a clos la discussion et nous avons traité banalement les conséquences. Je l’ai vue à plusieurs reprises par la suite dans cet état journellement renouvelé.
Est venu un jour ou elle se re-présente à moi les yeux rouges, la douleur creusant tous ses traits, le visage blême. Je ne sais que dire…c’est elle qui commence :
« Voici quelques jours, un matin, j’ai retrouvé mon mari mort auprès de moi. »
Je n’ai pu retenir ma langue qui était contenue depuis des années :
« Ça peut aussi représenter une certaine libération pour vous ! »
-Ne dites pas ça, je l’aimais ! »
Quelques mois plus tard, elle revient avec le même ‘’look’’ qu’au début, dans tous les stades de la biligénie locale, comme une mosaïque ancienne.
« Mon Dieu, mais votre mari aurait-il ressuscité ?
– J’ai retrouvé un autre copain, et je l’aime. »
Cette HISTOIRE s’est passée bien avant les récents problèmes de femmes battues, de contexte « me too » et surtout avant la dernière loi portant sur la dérogation au secret médical qui donne obligation au médecin qui reçoit une femme battue de dénoncer ce fait à la justice. …Loi n°2020-936 du 30/07/2020 visant à protéger les victimes de violences conjugales…
Le texte autorise un médecin – ou tout autre professionnel de santé – à déroger au secret professionnel à deux conditions : s’il « estime en conscience » que les violences constatées sur son ou sa patient(e) constituent un « danger vital imminent » et s’il juge qu’il y a situation d’emprise.
Le praticien pourra alors signaler les faits au Procureur. Cependant, sur cette question, l’ordre des médecins a été entendu : »il n’y aura aucune obligation. En outre, le praticien devra, à chaque fois, « s’efforcer d’obtenir l’accord de la victime ». S’il n’y parvient pas, il devra alors « l’informer » du signalement fait au procureur. !!!! (sic)
Cette loi pose tout de même un problème :
Si la femme blessée physiquement ou moralement exprime la moindre pensée de violence en provenance de son mari, le médecin doit quasiment dénoncer le fait au Procureur de la République quelle que soit l’importance du traumatisme.
Dans le cas relaté, cela va à l’encontre du souhait de la femme et peut être de son intérêt. La femme doit être au courant de cette nouvelle disposition législative et faire très attention à ce qu’elle va divulguer à son médecin. C‘est à l’opposé d’une médecine classique et du serment d’Hippocrate. La relation de confiance est cassée entre le thérapeute et le patient. Des mauvaises interprétations des pathologies pourraient engendrer des anomalies thérapeutiques de ce fait.
L’exercice s’en trouve compliqué.
Laissez un commentaire sur cette histoire et votre sentiment intime.
La chambre était encore dans une pénombre profonde, j’émergeais juste d’une nuit pesante. Je me dirigeai vers les volets à repousser. Une table à roulettes reposait contre le mur. Le plateau s’inclinait fortement sur le coin jouxtant la fenêtre. Cette table n’était pas là à mon coucher. J’allais tourner la poignée de la crémone, l’autre main prenait instinctivement appui sur la table en glissant mes doigts sous une toile qui la recouvrait. Je touchai d’emblée un objet froid et mou, je glissai lentement ma main le long du corps glacé pour arriver sur un galbe velu que je reconnus. Tout en refermant la fenêtre et le corps tremblant, j’ôtai d’un retrait brutal le linceul. Le corps blanc et nu d’une femme gisait sans vie. Par réflexe professionnel je tâtai les deux pouls carotidiens aussi inexistants que les inguinaux et le battement de l’aorte abdominale. Pas de mouvement du thorax. Je soulevai sa main toute proche du bras placé le long du corps. Elle n’offrit aucune résistance bien que froide aussi, comme sortie du réfrigérateur. L’ambiance se glaçait maintenant. J’avais affaire semblait-il à un macchabée bien trop souple pour être sûrement mort. Que faire ? Si ce macchabée est bien un mort, il ne faut pas le toucher ou le bouger sous peine d’ennuis à venir très sérieux. Si ce macchabée est vivant, je ne peux pas le laisser mourir sans intervenir. Il ne fallait pas rester seul, comme je pensais l’être depuis la veille. Je donnai un rapide coup d’œil autour de moi : pas de présence suspecte et pas d’emballages vides de produits qui pourraient avoir été administrés expliquant ‘’une mort apparente’’. Je pris même cinq secondes pour tordre de toutes mes forces son sein mou afin de percevoir un petit signe de désaccord de ce corps désespérément inerte. C’était bien la seule fois de ma vie ou j’aurais aimé recevoir une gifle en retour. Je me retournai et pris mon téléphone portable en recharge là, sur la commode pour la nuit et donnai un dernier coup d’œil aux yeux vitreux de mon encombrante compagne. Je composai le 17 lorsqu’une voix étouffée me cria : « pas la peine de téléphoner ». Un jet de glace me transperça de haut en bas. Je me rapprochai du mort peut être vivant pour inspecter ses lèvres et même son abdomen de peur de passer à côté d’un ventriloque. Rien de très vivant chez ce mort douteux. J’avais basculé dans un monde inconnu, incongru et hurluberlu. J’en ai pourtant côtoyé beaucoup des morts dans ma vie, mais aucun aussi facétieux. L’humour noir ne m’ayant pas réconforté, je me laissai aller à recomposer le numéro ‘’urgence police’’. Je soulevais juste le doigt de la touche ‘’1’’ que la voix encore plus rude et même courroucée m’intima l’ordre de ne pas téléphoner. Le smartphone me glissa des doigts, mon corps évanescent s’effrita sur le carrelage glacé de la chambre.
Voilà, je me relève après un instant et j’en suis là.
Je ne sais pas comment continuer ni même arrêter cette aventure….
Qui peut m’aider ?
Voici ma version :
J’examine avec attention l’emplacement vacant de la table à roulette et trouve un bout de papier légèrement écorné. On pouvait lire : « Merci pour votre hébergement nocturne, je n’oublierai pas de vous dédommager. » c’était écrit en rouge sang d’une écriture rigide et saccadée. L’épisode n’était donc pas terminé. Ma tête n’en pouvait plus. Au lieu de m’apaiser, ce papier chamboulait encore plus le désordre de mon cerveau. Devais-je me réjouir de cette attention encourageante ou redouter une autre aventure morbide encore plus exaspérante. Comment cet horrible macchabé mobile pourrait me remercier ? Là, après une once de réflexion, mon cerveau fondit tous ses neurones.
Et si la récompense était prévue en nature ? Imaginez son retour dans les mêmes conditions. Je me réveille en pleine nuit noire. Je ressens un petit filet d’air frais qui s’écoule le long de ma colonne vertébrale. Je me retourne machinalement pour retrouver mon habituelle chaleur douce générée par ma couette en plume de canard lorsque ma main frôle de nouveau un galbe velu et froid que je reconnais et qui me fait bondir du lit. Mon Dieu, Macchabeth est revenue !
Pour l’hébergement forcé, je me contenterai, et de loin, d’un petit cadeau sous la forme d’un pécule, serait-il minime. J’accepterais même sans sourcilier un vulgaire SMS rapide et tout oublier ensuite.
La journée, mal commencée, devait se dérouler normalement. Il n’en fut rien. Je fus incapable le jour se consumant trop lentement, de sortir la moindre pensée constructive. Au travail, pas un seul bilan comptable ne trouva sa place dans mon mental. Je ne voyais que ce corps blanc et froid qui prenait de plus en plus d’importance. Je chassais son image qui me collait au corps et engluait mon être comme le fromage d’une raclette. Dans l’après-midi, je me surpris un peu plus décontracté. Je commençais à me sentir plus à l’aise avec l’idée du macchabée. J’aboutis à l’affubler d’un prénom circonstancié. Ce sera désormais Macchabelle. Je me sentis mieux. La nuit se rapprochait à grands pas et une angoisse inattendue m’enveloppa progressivement. Elle »s’acutisa » brutalement pour aboutir à un paroxysme explosif. Je m’éjectai d’un bond de mon fauteuil, courus à grandes enjambées sur le trottoir d’en face pour pénétrer à bout de souffle dans la première pharmacie du quartier : « une boite de Viagra s’il vous plait. »
J’attends votre version.
Merci de donner votre avis.
Définition : Nécrophilie : perversion sexuelle sur personne inconsciente endormie droguée ou feignant d’être morte.
Hello mom… No don’t turn back, I am here. I know you well. You don’t know me yet. I am within you. I snuggle inside you. I am the flower bud that you cultivate day after day. I’ve been waiting for eight months to talk to you. Listen to me, put one ear on your belly. Here it is, I feel a shudder. I have ears but I can’t hear. I have a mouth but it is muted. My eyes are half closed and I can’t see anything but when you are sad I cry, and my tears get dissolved. At night, I perceive the muffled vibrations of your soft voice, the subtle vibration of your nightly caress but also, the inexplicable thunder and sometimes, frightening shockwaves.
To the extent of your muscle contractions, I imagine the pain attacking us. Who, in your open world, can attack you so badly. I am sad. Dear mom, I promise you that I already love without limits and that, when the day comes, I will defend you with all my being. I am growing fast you know. You fill me up with so much tonics. Do you hear my heart beating fast under your kind ear? It is yours and it will always watch over you.
After the hard journey that awaits me, no one will ever hurt you again. I will endlessly cry if I feel your sadness. I’ll cover myself in horrible pimples to protect you by distracting attention. I will go so far as to die for you, dear mom. I will not eat again until the return of a serene love.
When you are old and worn out, I will carry you in my arms. I will tell you this: if your ears can no longer hear, I will tell you fairytale landscapes. If your eyes can’t see anymore, I’ll kiss your wrinkled hands and your emptied cheeks and you will remember the subtle waves of caresses from the past.
Je jaillis hors de l’appartement. Il est au second. La porte grince comme d’habitude. Je dois mettre de l’huile. Laquelle? Arachide ? Un fond de bouteille dans le placard. Non, l’huile d’olive, c’est mieux. Le voisin dévale l’escalier. Il est comme un fil. Un fil avec deux yeux globuleux à son extrémité. L’escalier est raide. Sa base ne vaut pas la moitié de sa hauteur. S’il rate une marche, sûr qu’on retrouve une pelote au rez-de-chaussée. Sa femme, c’est une boule. Pas de croisement, encore moins de dépassement possible dans l’escalier étroit. Faut attendre. Sûr, elle en est. J’ai peur pour elle. Il n’y a pas de feux au départ de l’escalier. En cours de route il faut redescendre. Lui, on l’appelle Bill, moi j’appelle sa femme Bouquet. Je pouffe quand je les imagine l’un sur l’autre. Bilboquet. Mais comment font-ils ?
Moi, je suis normal. Les autres disent que non. Ils paraissent tordus, je suis droit. Parfois j’ai des mouvements de torsions des poignets. Ça me prend n’importe quand. Eux ne bougent pas. Je ris, je parle, je crie, je pleure. Eux, rien. Je suis normal. A la poste, je n’y suis plus. Le « pestier », qu’on m’appelait. Faut dire qu’ils ont mis du temps à mettre au jour le résultat de mes expériences. Moi, je fais sans arrêt des expériences. Non, pas des expériences de scientifiques. Bien que…
Ma mère à moi, une sainte femme, (c’est ce qu’on dit quand on est mort), faisait des expériences. J’étais au centre. Je devais traverser les rues en premier car les gens normaux s’arrêtent net quand un enfant passe. J’aimais ça, le bruit crissant des pneus, ils résonnent toujours dans ma tête. Et maintenant encore, je ne regarde pas les feux, je passe. Ça continue à crisser, c’est l’extase. Quand j’ai atteint l’âge, elle me donna le résultat de son expérimentation. Les gens normaux sont normaux, voilà. Je n’ai eu qu’une jambe cassée pendant toute la durée de l’expérience. Et encore, j’ai ramassé une fessée pour avoir traversé trop vite et faussé le résultat, le conducteur n’a pas eu le temps de faire crisser. J’étais déçu. J’avais mal. Le plus dur a été cette poignée de frein de vélo. Ils étaient une demi douzaine de bariolés qui filaient en piaillant sur le macadam, mais lorsque j’ai traversé, quel ramdam ! Ils me sont tous tombés dessus : Souvenir douloureux, cette tige de fer qui est rentrée dans mon œil pour venir finir sa course derrière le front. Je ne voyais plus rien. Le crissement de pneus noyé dans un sifflement de sirènes. Je n’entendais plus rien. Si, résonne encore dans le bout de cerveau qu’ils ont bien voulu me laisser cette expression : « c’est sa dure-mère ! ». Comment savaient-ils, pour ma mère ? Diable ait son âme. J’ai mis de longs mois avant de sortir de l’hôpital, après ma sortie, il n’y a plus eu d’expérience, faute d’expérimentateur. On me dit que ma mère avait disparu du quartier. Je n’ai pas cherché à la retrouver. Elle me manque.
Le temps a passé et c’est à mon tour de mener des expériences, non que celles-ci soient instructives ou intelligentes, mais, seulement parce que c’est comme ça. C’est écrit dans mon phylum, ça doit être comme ça. Les miennes doivent être personnelles et inédites, en quelque sorte, une sorte de progression, d’évolution commencée il y a belle lurette dans la famille. Ma grand-mère déjà, la mère de ma mère, s’était très tôt fait remarquer par la médiocrité et la banalité des expériences familiales. Elle était paysanne. Dans cette belle région vallonnée de Gascogne gersoise, elle s’épuisait à vouloir faire grossir des volatiles qui semblaient toujours trop maigres à ses yeux. Un jour, je ne sais quel ‘’Saint paysan’’ a fait germer en elle une idée illico transformée en expérience. C’est simplissime. Pour être gros, il faut manger; pour manger, il faut avoir faim; pour avoir faim, il faut être affamé, et pour être affamé il faut être privé de nourriture. Cette cascade ‘’praxique idéatoire’’ lui parut évidente. Comme elle paraissait d’inspiration divine, elle fut aussitôt mise à exécution. Elle semblait d’autant plus nécessaire qu’elle se prêtait bien à la catastrophique situation financière du moment. Oh certes le début fut idyllique, et l’appétit de ces volatiles semblait s’être décuplé en peu de jours à la grande satisfaction de ma grand-mère. Mais de prise de poids…que nenni, le foie gras tant attendu restait bien maigre. L’expérience tourna vite au drame que tous les saints paysans ne purent éviter. « Toutes les idées ne peuvent aboutir à des résultats mirobolants » déclina-t-elle humblement. Ma mère me raconta bien d’autres affaires, toutes aussi infructueuses et qui conduisirent mon (très probable) inconséquent grand père à la banqueroute.
Bien sûr deux générations sont passées, et Darwin nous a appris que la sélection ne pouvait aller que dans le sens de l’amélioration des espèces, certainement les mieux adaptées. Je suis de cette génération et je suis normal. Je dois trouver cette expérience originale qui fera de moi le sommet de la pyramide familiale et l’as de l’expérimentation réussie.
Les quelques unes que j’ai déjà tentées se sont soldées par des échecs cuisants qui m’ont obligé à changer en permanence de localité ou d’appartement. Mes voisins immédiats ne purent pas tolérer les odeurs pestilentielles dégagées par certaines ni les hurlements assourdissants de quelques autres. La plus décriée fut celle de la Poste avec mon idée géniale de distribution aléatoire des courriers. Un grandiose remue ménage ! Cependant, ‘’ aléatoire’’, n’est pas synonyme de ‘’n’importe comment’’. Ce n’est qu’après une réflexion longtemps mûrie et peaufinée que les allées et venues des lettres et des colis re-directionnés dans toute la France, avaient atteint la perfection d’un ballet d’abeilles dans une ruche. Un miel succulent et bienfaiteur s’écoulait alors dans mes veines, ma tête éternellement revêche se remplissant d’un miellat bienfaiteur seul capable d’apaiser les grandes cicatrices, et les probables absences neuronales dans les entrailles de mes circonvolutions atrophiées. Ce chaos postal dont j’étais le seul instigateur et le seul fomentateur avait exacerbé l’instinct de pouvoir. Il s’arrêta net au passer de la porte du bureau de poste ou j’étais attendu par une cohorte de collègues prêts à me lyncher avant de me décapiter avec le premier ouvre lettre venu. Je fis volte face sèchement, sûr que tous ces timbrés allaient m’oblitérer le visage et moins sûr de pouvoir sortir ‘’recto verso’’ en bon état. C’est ainsi que je quittai à jamais cet établissement de lettrés par la petite porte. Mais quel délice ! Je savais désormais que je pouvais, et que j’allais faire mieux !
Un long filet jaune incandescent glissait lentement le long de mon orbite vide, caressait ma joue atrophiée et finissait à la commissure des lèvres lorsque je me réveillai. La lumière intense du soleil, déjà haut à l’horizon, passait au travers du pertuis que je fis dans le corps du contrevent pour espionner l’extérieur sans être repéré. De jour en jour, devenant de plus en plus curieux, j’élargissais son diamètre avec une queue de rat subtilisée au magasin d’en bas, passant ainsi subtilement du trou sténopeique à la large béance du lorgnon de Sherlock Holmes. Paradoxalement, le champ de vision avec le petit trou était bien plus grand et j’arrivais à distinguer ainsi obscurément le balcon du dessus où sévissait la boule et belle Bouquet. Au travers de mon maigre halo de lumière, son corps désirable, blanc et laiteux apparaissait nuitamment auréolé tel un chef d’œuvre de Botero. Son image était fugace comme si elle se doutait de la présence de l’espion. Peut être aussi voulait elle aiguiser mon attention. De là vint mon erreur de vouloir agrandir l’orifice pour mieux voir : Mais, qui trop embrasse … Ma décision fut prise : il y aura un trou minuscule pour voir a 180 ° et un gros trou pour bien distinguer les mouvements alentours, sur l’autre volet. Celui-ci sera obturé par une capsule de Coca Cola enfoncée jusqu’à son effleurement extérieur. Pour profiter au mieux du champ de vision, je rognais l’épaisseur du bois autour de mon trou sténopeique jusqu’à se qu’il acquît l’épaisseur d’une feuille de papier. Ainsi, je voyais la rue, Poupée Bouquet, et parfois, hélas, Bill le fil de fer, sur la droite, l’Église avec ses dévotes endimanchées, et, sur la gauche le cabinet de radiologie d’où sortaient des myriades de patients ‘’empochés.’’
Du calme, du calme, depuis ma position couchée là sur le papier, je sens votre envie de faire connaissance avec mon père, je vois votre œil glauque qui commence à se poser des questions comme si je n’étais pas normal ! Attention, je pourrais me matérialiser là sous vos yeux et y pénétrer à votre insu. Mais, pas question, je vous donne l’ordre, maintenant que je vous connais, de continuer à lire cette histoire.
De père, je n’en ai jamais eu. Quand j’étais petit, mes copains, à l’école, parlaient de leur père. Moi, je ne comprenais pas, ce mot n’appartenait pas à mon maigre listing cérébral. Les phrases à trous n’avaient pas de sens. « Hier, je suis allé avec mon … courir ».
Nous vivotions, avec ma mère. Mère, un mot que je voudrais effacer de ma mémoire, la aussi, mais sans y parvenir. C’était tout au bout du village, une petite maison, plutôt une case, et même je suis sûr maintenant, un abribus. Oui, c’est vrai, ça explique certainement pourquoi le vieux tacot fumant s’arrêtait si près de chez nous ! Une piécette en dur où un adulte ne pouvait dormir de tout son long sur le coté le plus petit, augmentée d’un addendum en planche et contreplaqué incertain ayant servi de soutien à une réclame de Byrrh ; Le toit était en fer Dubonnet. Un seul siège en dur, et même très dur : la borne kilométrique à la tête rouge : TOULOUSE 90 km. Personne ne venait jamais. Ma mère ne me parlait jamais de mon père sinon pour me dire qu’il était toujours rond, ou même que je n’avais pas de père. Elle, peut être à cause des réclames qui soutenaient la maison, aimait « le sang du saigneur ». Bien que l’école n’ait pas voulu me supporter bien longtemps, j’ai appris par la suite qu’il fallait un ‘’S’’ à Seigneur et pas de ‘’a’’. Elle allait de temps en temps à l’église proche pour profiter surtout du bon sang qu’elle partageait en riant aux éclats avec un bonhomme qu’elle m’obligeait à appeler Mon Père. Les réserves de la sacristie s’épuisaient bien plus vite que ne l’aurait voulu l’arithmétique simple du nombre des messes dites. Cette spoliation sanguine ecclésiastique ne semblait étonner nullement la hiérarchie. Je me demande encore pourquoi, à la fin de certaines libations, elle m’obligeait encore à : « dit au revoir à ton Père. » Cela créait en moi, une certaine confusion ! J’ai grandi comme ça, de cahutes en cabanes, de tentes en gourbis, de cagibi en baraques en passant brièvement par la case… prison.
Et j’en arrive à ce jour couché sur cette feuille de livre à vous regarder lire, les mains liées dans le dos, une tristesse infinie habite hélas mon corps plat alors que mon âme erre dans le sillage de cet écrit.
Quand je ne suis pas derrière mon trou sténopeique ou aplati à vous observer, je travaille !
J’ai le grand honneur de servir d’agent de surface dans les sous-sols de la clinique d’à-coté. L’allocation d’adulte handicapé et le maigre salaire résultant de deux heures passées tous les jeudis soirs dans les sous-sols ne me permettent pas de vivre. Dans la clinique du »Bon Sain’’, le directeur des ressources m’a autorisé à aller manger dans le petit mess des « grands ». Normalement strictement réservé aux membres du personnel mais presque exclusivement fréquenté par les chirurgiens pressés, à condition que je ne sois pas seul lorsque je m’y rends. Les choses se sont passées ainsi au début, mais les urgences et les déplacements incessants des chirurgiens sans cesse sollicités ont fait que la plupart du temps je me trouvais seul dans la pièce. Ce qui avait été une condition expresse est devenu avec le temps une théorie fictive. Une fois par semaine je remplissais à craquer mon estomac en prévision de jours moins fastes. J’arrondissais mes fins de faim par des chapardages mais aussi j’empruntais sans jamais rien rendre, des outils : une queue de rat pour mon volet, une pince, parfois dans la clinique même une fiole d’alcool, une boite de coton ou une pince de conformation bizarre, des spéculums translucides, des grosses seringues pour asperger les passants, des médicaments en tous genres .
Je vois votre sourire en coin même dans ma nouvelle position couché sur la tranche. Vous vous reconnaissez donc, prenant une ramette de feuilles à votre entreprise, subrepticement et sans le faire exprès, ou bien peut-être un petit document inoffensif… à votre patron, au cas ou, plus tard, si un conflit éclatait, on ne sait jamais.
Moi, par contre, ce n’est jamais par méchanceté et là, je reconnais volontiers que je suis anormal, jamais je ne ferais de mal à personne. Lorsque j’étais enfant, j’adorais vagabonder par les chemins blancs et traverser les prés ‘’pâquerettés’’ de notre belle campagne vallonnée. Un jour j’ai trouvé, camouflé dans un buisson, un bidon de fer blanc de la grandeur d’un cartable et qui probablement avait contenu de l’huile de tracteur. Je le pris, le découpai avec l’Opinel que j’ai toujours sur moi, d’un petit volet sur le flanc qui servirait de porte ; Le fourrant de foin et de brindilles j’en fis une cuisinière à bois comme celle de l’abri bus. Ah, que j’en fis cuire des poulets quand je trouvais une fourmilière. Les cuire vivantes les faisait se contorsionner sur la plaque chaude, les loches et les limaces transpiraient leurs gluantes sueurs, les sauterelles crissaient et leurs membres se tordaient comme des allumettes qui se carbonisent. Mais jamais elles ne se sont plaintes.
C’était mon plaisir, immense, de côtoyer les médecins dans la cantine. Certes je n’avais jamais l’occasion de parler, mais tout le monde avait appris à me connaître, j’étais devenu transparent à leurs yeux. Je pouvais écouter et enregistrer des conversations personnelles ou professionnelles, les récits des diverses interventions chirurgicales qui devenaient ainsi, au fil du temps, aussi limpides que si j’y avais participé, les erreurs de diagnostic si mal vécues des protagonistes, les accouchements faciles et les ‘’dystociques’’, comme ils les appelaient. Je me persuadais que je serais capable d’amputer une jambe gangrenée, de sauver une jeune mère d’une torsion utérine avec hémorragie cataclysmique, d’anesthésier à brûle-pourpoint un brûlé vif se tordant de douleur dans un dernier sursaut de vie. Tout devenait clair dans mon cerveau surexcité. Je n’arrivais pas à comprendre comment on pouvait discuter des heures d’un diagnostic alors que moi, ignorant, ou plutôt croyant ignorer, je voyais de plus en plus nettement les choses qu’ils révélaient, là, à mon oreille attentive. Sur les médicaments même, je commençais à en savoir beaucoup. La colchicine pour le pied rouge sang de la goutte, la digitaline pour cet homme qui s’étouffe sous le tsunami de son poumon cardiaque et le lasilix° pour le faire pisser comme le Niagara, le Diprivan° qui engendre une anesthésie rapide et courte bien utile pour les actes vite faits. J’ai si souvent entendu les anesthésistes parler de ce produit et de ses effets néfastes que je pourrais instantanément vous anesthésier, le temps de vous voler votre portefeuille. A votre réveil, il serait revenu dans votre poche…allégé de son contenu.
Ne vous tâtez pas le cœur, vous vous rendez bien compte que dans ma position actuelle je ne peux pas mettre mon savoir à exécution. Votre portefeuille est en sécurité dans votre poche, mais… tout peut arriver….
J’aimais aussi me prélasser sur le canapé de cuir fauve, patiné par les fondements illustres du passé, éculé aussi par endroits mais tellement attirant. Je passais de longues minutes à parcourir les journaux laissés là par le personnel bipé en urgence. Il y en avait pour tous les goûts : les politiques, les scientifiques, les spécifiques et les généralistes. Mais aussi les humoristiques, les osés et les dénudés, les orientés féminins et, déjà cités, les masculins. Moi, je lisais les quotidiens et j’en avais sept à lire.
Mais allons donc, essayez de suivre sinon, vous n’arriverez pas à la fin de mon histoire et j’en serais contrit. Sept, bien sûr, puisque je me rendais à la clinique pour travailler, une fois par semaine, le jeudi si vous voulez savoir. Je ne le répéterai plus.
Les quotidiens de la ville et les régionaux ne parlent que de l’actualité de chez nous. J’adore la rubrique nécrologique et les publicités. « Mme Thanato vous fait part de son décès arrivé bien trop tôt »… puisqu’elle n’a pas pu terminer sa rubrique. Mr Devin aurait voulu vous inviter à son enterrement s’il avait pu y assister. Il vous remercie d’avoir pris sa place. Et les publicités : excellentes, bien plus intéressantes que les réclames du temps des Dubonnet. ‘’Une superbe voiture Renault pour tout le monde avec 60 euros par mois sur cinq ans’’ écrit en gras et en couleur mais aussi en très petit juste sous la roue de la voiture, avec un premier versement de 10 000 euros. Et voilà, l’affaire est dans le sac. Renault s’est foutu de vous ! Et en grand !
Aujourd’hui, la crise économique mondiale vante la revente de l’or, de l’argent et du cuivre à des prix d’achats superfétatoires. Quelle mamie n’a pas dans le tiroir de la vieille Singer qui file une bonne retraite dans le grenier de la maison, une petite douzaine de piécettes en or pour les »en cas » ? Napoléon ou Louis ? Peu importe. Et le cuivre ? Le journal nous rapporte le cas d’une paysanne du voisinage qui a dû se rendre à la ville pour se plaindre auprès des télécoms de l’inactivité de son téléphone. Et qu’elle n’a été sa surprise d’entendre que les cinq cents mètres de fils de cuivre de sa ligne avaient été volés nuitamment.
J’ai beaucoup souffert aussi de lire ce soir dans ma rubrique préférée, celle des chats écrasés, l’accident gravissime de ce gamin, enfourché et brinquebalé par une horde de cyclistes piaillant, juste de l’autre coté du pâté de maisons, et dont la vie ne tenait qu’à un fil. Tout mon corps se mit à trembler, une sueur froide ruisselant dans mon cou ; Un rideau tomba devant mes yeux, je laissai tomber le journal. De longues heures s’étaient probablement écoulées lorsque je me réveillais baignant dans une flaque d’urine, la langue sanguinolente. Après quelques minutes de torpeur écrasante, je me suis remémoré les descriptions imagées de la crise typique d’épilepsie que les médecins du mess mimaient tout en avalant à la hâte les dernières bouchées du repas. Je venais donc de faire une crise épileptique, du seul fait de revoir les images confuses de mon accident ravageur. La dure-mère, le crissement des pneus, la tige de fer revenaient me torturer. J’avais la tête comme une boule de feu. Je giclai hors du mess et courus ; Plus je courais, plus le feu de la tête semblait attisé. Je montai les escaliers à la vitesse de l’éclair sans me soucier de la présence ou non du bouchon possible de la Bouquet, sautai sur mon lit en me fracassant la tête sur les montants du lit et m’endormis, j’espérais pour l’éternité.
L’éternité fut de courte durée et me rendit à la vie, complètement transformé, je ne me reconnus plus. Je m’endormis Dr Jekyll et me réveillai Mr Hyde. J’étais normal et me sentis anormal. J’étais nonchalant et devins explosif. Le plus étonnant dans ma nouvelle peau était anormalement normal de me retrouver anormal, j’acceptais désormais mon anormalité et même voulais tout de suite en profiter.
Tout était en dessus-dessous dans ma cervelle commotionnée. L’or, l’argent et le cuivre s’amalgamaient aux Byrrh, Izarra, Bénédictine et autres alcools anciens, tant et si bien que je me demandais si je n’émergeais pas tout simplement d’une cuite ‘’gigantissime’’ qui allait s’évanouir dans les minutes à venir. Sauf que revenait, sans cesse, parmi les volutes folles de mon désordre interne, la sensation étrange d’un devoir inassouvi. Malgré mes efforts soutenus je n’arrivais pas à rassembler et ordonner les pensées évanescentes qui tournoyaient dans mes hémisphères cérébraux, s’éloignant et se rapprochant à la vitesse de la lumière, et soudain ….le calme chût. Une plaque de cuivre jaune phosphorescent étincelait de tous ses feux avec en lettres d’argent et d’or gravées, ce mot:
« Expérience »
Le fil ténu qui relie les membres de ma famille, de génération en génération, s’est soudain démêlé comme un ressort comprimé que ne pouvait plus contenir ma tête, pour me rappeler à mon destin. Aléa jacta est. Il faut reprendre les choses en mains. Je m’y attelle immédiatement.
Mon fil d’Ariane sera le cuivre, l’or ou l’argent.
Tout d’abord il me faut un détecteur de métaux innovant, sensible, et indétectable, quelques outils simples qui me sont familiers et que je possède déjà. S’il m’en manque un, je le subtiliserai, comme de coutume, au magasin d’en bas ou à la clinique. Je décide que cette expérience portera sur trente cas, pas un de plus. Comme dans le théâtre antique, l’unité de lieu toute trouvée sera : « Les Bons Sains ».
Le détecteur de métaux doit être passe-partout, pas repérable, peu volumineux, plutôt en bois pour un contrôle strict de l’humidité qui pourrait endommager les circuits électriques. Je dis bien électriques et non électroniques, pour la bonne raison que mes connaissances sont nulles dans ce domaine. Les solénoïdes aux fils de cuivre, les diodes, les capacités, les push-pull les circuits amplificateurs et les sinusoïdes me rappellent les longues heures de mon enfance où je fabriquais dans des boites d’allumettes des sonnettes improvisées. Tiens les allumettes me font penser aux cigares du Mess des médecins. Ces belles boites de cigares de la Havane feraient très bien l’affaire, elles sont discrètes, assez grandes, sèches et facilement logeables dans un sac. Je courus au Mess : une boite de Cohiba presque vide et une pleine de Bolivar m’attendaient sereinement.
J’ai passé une semaine entière à enrouler le fil sur le noyau de fer doux, à souder, amplifier, dessouder, compresser, coller, tester et »re-tester », sans compter la demi- journée à démonter mon sèche-cheveux pour lui voler son cuivre, et une autre pour aller à la grand’ ville acheter un vu-mètre de la grandeur idoine pour l’insérer en lieu et place du O de Cohiba et le rendre ainsi invisible. Enfin l’appareil fut prêt et capable de détecter une aiguille dans une meule de foin. Un de ces soirs, je le testerai incognito à la clinique.
La deuxième boite de Cohiba contiendra le peu de matériel nécessaire aux expériences, comme une pince, une seringue éventuellement et quelques fioles, ainsi qu’aux rapatriements des butins. J’adapterai tout cela par la suite.
Cessez de trembler comme une feuille, n’oubliez pas que je suis là, couché dessous, et ça me donne des nausées. Je vous ai déjà dit que je ne savais faire du mal à personne, croyez moi.
Malgré tout le sérieux de ces préparatifs, je fus un peu tourmenté par la facilité du dispositif imaginé. Et si un problème de dernière minute se faisait jour alors ? Qu’elle serait la stratégie de retrait ?
La seule boite de cigares banalisée ne suffirait peut être pas pour m’innocenter. Il me faut encore peaufiner la stratégie avant de me lancer dans l’opération. Le plus difficile est cette transformation lente que je sens monter en moi, de l’expérience au défi ! Cette nuit je dois tester le dispositif dans sa globalité, sans chercher le gain ou le profit.
Comme chaque semaine, je quitte mon appartement vers les vingt heures pour me rendre à la clinique proche mais ce soir je porte mon précieux ‘’Cohiba-mètre’’, si finement ciselé pendant des heures, un véritable objet de précision sous le bras. L’escalier est vide comme d’habitude et, franchie la porte vitrée de la clinique vidéo-surveillée, je me dirige vers le ‘’descenseur’’ qui me laisse au premier sous-sol, celui là même où se trouvent les salles d’opération, où, bien sûr, je n’ai pas accès. C’est d’ailleurs étonnant d’avoir installé les salles dans un lieu où le sommet de la seule fenêtre de la salle principale donne sur le caniveau de la rue des Martyrs : Bonjour les dégâts lors de l’aération. Mais peut être n’y a-t-il pas lieu d’aérer. La clinique, bien que très ancienne, est entièrement aux (sévères) normes actuelles comme le disait le Docteur VOATT lors de l’inauguration, après des travaux gigantesques. J’ai un peu de retard, mes heures pour le balayage des couloirs se situent entre 20h et 22h au moment où tout est redevenu calme. Je suis tranquille. Rarement passe une infirmière se rendant à l’autre bout du long couloir pour prendre un dossier aux archives. L’occupation n’est pas harassante puisque je suis pourvu de toutes les commodités modernes pour ce travail. L’imposant ‘’vibro-astico-aspirateur’’ à désinfection ultraviolette fait tout à ma place et parfois me lustre aussi les chaussures. Si bien que, lorsque j’arrive au niveau des tableaux d’occupation des salles et des interventions programmées, je peux prendre tout mon temps pour étudier les horaires et bien viser ma cible. Ce soir, j’ai bien vite repéré une intervention avec anesthésie totale terminée probablement assez tard. Le malade aura sans doute regagné sa chambre après son récent passage en salle de réveil et je pourrai compter sur son état léthargique pour tester in vivo mon Cohiba-testeur. Je prévois une efficacité au bout de 20 minutes et peux donc terminer tranquillement mon travail. Je tourne tout de même la manette d’accélérateur de l’engin nettoyeur positionnée sur cinq au lieu de trois et j’entends sa turbine interne qui se met à ‘’turbiner’’ dur. C’est la première fois que je (il) travaille à cette vitesse. Espérons le incapable de m’aspirer un ongle des orteils ou un pan de moquette ce qui mettrait bien à mal mon premier plan d’action.
21h30 :
Je prends dans le placard de service où j’avais échangé mes habits de ville contre cette tenue ridicule d’un vert douteux, le testeur savamment planqué au fond de l’étagère supérieure, et me rends, par la porte de secours, à l’étage supérieur, Salle 20 coté rue. Je rentre sans frapper, pas la peine, un homme barbu de quelques jours peut être, est allongé sur le dos et ronfle paisiblement. Un ‘’goutte à goutte’’ qui me parait simple, peut être de l’eau, passe imperceptiblement de verre à veine. Je ne perds pas de temps et pose mon détecteur de métal sur le creux de son estomac, L’aiguille de mon vu-mètre s’affole traduisant un objet métallique sous-jacent. Pour savoir ce dont il s’agit, je m’apprête à soulever les draps et ouvrir son pyjama à la recherche d’une éventuelle médaille de Lourdes en argent, lorsqu’il ouvre brusquement les yeux avec un air épouvanté. Heureusement la canule d’oxygénation qu’on lui avait enfoncée dans le gosier pendant l’opération lui avait probablement abîmé le pharynx et les cordes vocales et aucun son ne sortit de sa bouche. Cela me laissa le temps de prendre l’air le plus candide que je ne me connaissais pas et de lui expliquer, les jambes tremblantes et la bouche sèche, que je venais de lui faire un ‘’Cohigramme’’ de surveillance habituel après une telle intervention. Comprit-il quelque chose? Il se rasséréna. Je pris la poudre d’escampette, le Cohimètre sous le bras, redescendis en nage l’escalier de secours, mis mes affaires de ville sur le costume vert, sans me soucier si elles étaient à l’endroit et arrivai, haletant dans ma chambre. Je me jetai sur mon lit en évitant de me fracasser la tête contre la tête de lit cette fois-ci. Quand je me réveillai, je me surpris à penser, à m’émerveiller même, comme pour la conquête de la lune ou l’exploration en son temps des lointaines Amériques, d’avoir prévu un test de fiabilité de la méthode. La conclusion paraissait évidente et ne faisait plus de doute, J’attendis désormais sereinement et sans aucune appréhension l’arrivée du jeudi suivant pour lancer le corps de Mon Expérience.
Deuxième partie.
La ville était paisible. Tout le monde vaquait à ses occupations habituelles. Et pourtant ce matin-là, à la relève du personnel de nuit, un germe menaçant allait sortir de la clinique par l’entremise d’une infirmière bavarde, pas la plus intelligente certainement puisqu’elle dût se faire mousser en lançant dans la ville une ‘’araignée empoisonnée’’, peut être chez le boulanger, ou bien chez sa grande amie Pipelette de la rue des ‘’Grandes Gueules’’. Cette minuscule araignée allait tisser sa toile maléfique sur toute la ville, Oh, ce n’était pas bien méchant : « Une jeune femme est morte ce dimanche » dit-elle avec un léger rictus qui laissait suinter une goutte de jus douteux. Et le papotage continua comme il se doit dans le monde des pipelettes. Mais les pipelettes ne sont pas sourdes. Et voilà-t-y pas que Pip2 met son châle noir et part à grandes enjambées chez Pip3 en lui racontant, l’air de rien, qu’une femme très jeune avait succombé dimanche à une maladie inconnue. Pip3 part en trombe chez Pip4 qui était avec Pip5 et déjà la peste (c’est le cas de le dire) était aux portes de la ville, les médecins n’y comprenaient rien. La toile s’étendait à la vitesse Pip au carré.
Cependant, dans la clinique, depuis plusieurs jours, c’était effectivement le branle bas de combat.
Le Dr Voatt est un homme rond mais carré : Il est tellement rond que les spécialistes comportementaux et physionomistes l’auraient bien classé dans le groupe des pycniques cyclothymes, s’il n’avait été aussi carré. En effet, dans la clinique des Bons Sains, il en était quasiment le chef, non pas qu’il tînt à avoir la suprématie sur tous les autres mais il avait de tellement bonnes idées qu’il les menait jusqu’au bout avec brio et ténacité. Tout le monde lui tirait le chapeau et lui laissait carte blanche. Il avait des yeux aiguisés comme des flèches, voyait tout, des oreilles dignes de la CIA et la langue bien pendue. Depuis quelques semaines maintenant, il semblait s être ovalisé, les flèches de sa vue se transformaient petit à petit en flèches à ventouse et la CIA en vulgaire Quai des Orfèvres. Sa belle langue rose se »marsupialisait » tel un vieux sac à bretelle de mémés.
Il y avait de quoi être très inquiet. La clinique jusque là exemplaire, subissait l’assaut d’une épidémie de pathologies nosocomiales incompréhensibles. La pathologie avait débuté voici un mois et demi par une septicémie chez une jeune femme de 32 ans qui étaient venue se faire opérer d’une complication hépatique d’un calcul de la vésicule. Il s’était enclavé dans le canal cholédoque d’où il s’obstinait à ne pas vouloir sortir. Elle avait été opérée avec succès et sans complication évidente le jeudi matin et avait présenté une fièvre très élevée le samedi matin ; L’hémoculture avait montré la présence de Echerechia Coli dans le sang. Le Dr Voatt savait très bien que ce microbe vit dans l’intestin et qu’il peut, lors de cette intervention, passer dans le sang. C’était la première fois que cela arrivait. L’inondation antibiotique était venue à bout de cette grave infection. En fait, rien de très exceptionnel mais le destin est tenace et huit jours plus tard un phénomène analogue se produisit avec de nouveau un Escherechia coli chez une autre opérée récente, qui elle, était rentrée chez elle après une intervention sommes toutes anodine. Elle revint en urgence avec une forte fièvre, le dimanche matin. Elle mit en éveil le sens critique du Dr Voatt qui avait des connaissances très pointues en sémiologie et qui anticipait toujours. C’était dans sa nature et en adéquation exacte avec la démarche médicale. Il sentit en lui une confusion inhabituelle et s’inquiéta de la possible apparition d’une contamination iatrogène. Il demanda un sérotypage de ce germe habituellement inoffensif. Toujours tourmenté sans raison précise, il demanda à tout le personnel de redoubler de vigilance dans l’asepsie des soins, le lavage des mains, le changement des blouses, en prenant soin de ne pas croiser les anciennes et les nouvelles, de toujours porter le bonnet, pour les femmes aux cheveux longs, de respecter les normes scrupuleusement, au cas où ! Il fit jeter et renouveler tout le matériel jetable à utilisation unique même si la date de péremption n’était pas atteinte, fit tout désinfecter. Il croisa les doigts pour que tout s’arrête là. La fin de semaine approchait, il ressentit un frisson étrange. Décidément, c’était presque devenu une tradition maintenant, une jeune femme se présenta, pliée en deux, une main retenant son bas ventre, une fièvre de cheval, et des écoulements génitaux malodorants. C’était un autre dimanche maudit. S’il n’avait été athée, il aurait pensé à un châtiment divin. Mais pour quelle raison ? Ce qui se dit en ville serait-il à prendre au sérieux ? Serait-ce une peste des temps modernes transmise par quelque animal galeux ? Un tison le transperça et il décida tout de go d’examiner les kilomètres de pellicule que cracherait l’enregistrement vidéo de la porte d’entrée, à la recherche de,,,, il ne se doutait même pas de quoi. Une bête ? Un Humain qui transporterait incognito un animal de compagnie strictement interdit ou des aliments tout aussi indésirables ? Il verrait bien. Il prit la décision d’y consacrer le dimanche entier, mais avant, il avait à affronter les contrôleurs de la DDASS qui avaient été prévenus pas ses soins. En effet trois cas douteux dans un contexte de panique générale in situ et dans la ville ne pouvaient pas laisser indifférents les fins limiers du département. Entre temps, la culture des secrétions putrides vaginales de la dernière victime, s’obstinait à déclarer le Coli OC138, toujours le même germe responsable de cette situation inextricable. Les agents du FBI local firent tout, des prélèvements multiples, des examens à la loupe, consulté les bibliothèques… Ils auraient même lancé des carottages géologiques des sous sols de la clinique, des sondes Curiosity sur les champs stériles des salles d’opération, des endoscopes géants dans les tuyaux d’évacuations des eaux usées, des spy-wares et des chevaux de Troie dans tout le réseau informatique de la ville et même de la Région. Mais voilà ! Peu de subventions pour les investigations à faire. Où restait-il à chercher ?
Le Dr Voatt arriva de la ville, noir de colère. Il assista, bien malgré lui, aux échanges d’inepties inévitables dans la boulangerie, bloqué dans la file d’attente, derrière le présentoir à gâteaux. Ah, c’était facile ! « Dr Voatt n’y voit que dalles ! » Disait un échevelé aux neurones probablement dans le même état que ses cheveux, et « si c’était les Marsiens ? Surenchérit l’autre. Nous, On va voir chez eux sans permission, peut être qu’ils se vengent. » Et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il obtint enfin sa baguette toute chaude.
Il s’affala sur son siège, désespéré. Il réfléchit, les doigts glissés dans les quelques dizaines de cheveux qui lui restaient et qu’il n’allait pas garder bien longtemps, dans cet état anxiogène. Il pensa tout haut : « ça ne peut pas être un phénomène naturel…. nous en sommes déjà à trois femmes alors que la terre comporte grosso modo moitié-moitié d’hommes et de femmes. Ce ne peut être qu’une personne qui, par inadvertance, transporte sur ses mains le même microbe, mais pourquoi alors ne se développe-t-il qu’en fin de semaine ? » Il décida de convoquer un par un tous les membres du personnel pour se rendre compte, inspecter, interroger, scruter, responsabiliser, conseiller et parfois seulement faire connaissance. Serait ce un panaris sur les doigts d’une infirmière ? Une pathologie cachée ? Tout en respectant la décence et la confidentialité, il allait examiner subrepticement l’état de la plus petite lunule, la structure de tous les tragus visibles, les caroncules de tous les yeux ainsi que les commissures de chaque lèvre.
Il commença par ses confrères qui se livrèrent corps et âmes aux investigations de leur collègue. Il le fit pour ne pas se mettre en porte-à-faux avec le reste du staff, mais pensait bien que, au moindre doute infectieux, il aurait été mis au courant sur le champ par le confrère lui aussi confronté à la même calamité. Il en fut de même avec les infirmières chez qui, malgré un questionnaire serré, rien ne l’inquiéta. Le personnel des cuisines, des chambres, des bureaux et même les secrétaires passèrent à la moulinette médicale. Momo aussi passa devant l’inquisiteur, sans soucis. Lorsqu’il franchit la porte du bureau du Docteur qu’il avait croisé de multiples fois, sans lui parler, dans le mess de la clinique, il se vit offrir un Armagnac Samalens bien de chez nous. Le médecin allait s’en procurer directement dans les chais de Nogaro où il pouvait ainsi profiter des multiples dégustations, des Vieux, des Hors d’âge. Il ne détestait pas les sans-âges du tout. Le Dr Voatt était un épicurien à n’en pas douter. Momo refusa tout alcool. Il n’en buvait jamais lui dit-il. Avant de passer aux choses sérieuses, il lui tendit la boite de havanes qu’il affectionnait particulièrement et ne parut pas apercevoir le léger changement de nuance de la peau de son vis à vis. « Non merci, je ne fume jamais non plus. », Répondit-il avec assurance. Le Dr Voatt, un peu blessé de ne pouvoir se servir seul d’un objet interdit dans les locaux de la clinique, lui expliqua qu’il partait tous les six mois à Cuba. Il se rendait dans la verte et attrayante région de Vignales, dans le nord de l’île, pour tester les meilleurs cigarillos et faire ses emplettes. « Mais pourquoi vous appelle-t-on Momo ?». Celui ci se hasarda à un trait d’humour : « peut être un diminutif de »Mauvais’‘ : En fait, mon nom est trop long : Modeste Lespérimentaleur. » Bien, passons aux choses plus sérieuses et là le Dr Voatt lui expliqua avec des mots simples les infections en séries depuis quelques mois, s’il n’avait pas été malade et autre question orientée. Momo ne s’étendit pas sur la bonne santé générale de sa famille et expliqua sommairement son accident d’enfance, son amaurose unilatérale par absence de l’œil énuclée dans la foulée, sa pension d’invalide et même dernièrement, sa crise d’épilepsie dont il ne voulait pourtant pas dire un mot. Mais le charisme, la gentillesse et l’affabilité du Dr Voatt qui lui parlait en homme, peut être en père, le contraignirent à s’épancher plus que à souhait. Il quitta le Dr Voatt et rentra chez lui rassuré. Il n’en était pas de même du médecin qui ressentit le même sentiment d’échec que les nombreuses fois où le diagnostic erroné ou incomplet avait été préjudiciable au malade venu le voir avec confiance.
Le dimanche était maussade et bien que pour une fois pas trop enclin à la plaisanterie, il dit à sa femme qu’il devait passer sa journée au cinéma. Ce n’était pas la meilleure blague à faire à son épouse qui avait décidé de longue date que ce dimanche serait consacré à la plage, la nage et le farniente. En ce qui concernait la nage, lui, était déjà dans le bain. Il dût expliquer et répéter qu’un certain devoir l’obligeait à se rendre à la clinique, qu’elle était bien sûr au courant des ragots de la ville, mais qu’il n’y avait pas de fumée sans feu. Il s’entendit dire en ricochet qu’il ne s’appelait pas »inspecteur Bourrel » et que des gens parfaitement compétents étaient sur l’affaire. Il eu gain de cause lorsqu’il décréta : « Si tu tombes malade dimanche prochain, va directement voir les gars du FBI alors. »
Son bureau avait été aménagé à la façon ‘’château fort du Moyen Âge’’. Derrière son trône, trois litres cinquante au moins de son Armagnac favori, sur un coin du bureau, une boite de gros Cohiba et trois de cigarillos Bolivar, sous la fenêtre, où il espérait un hypothétique courant d’air frais conservateur, pas loin d’un demi kilomètre de saucisse à la couleur Kaki déjà douteuse .
Au milieu du bureau, il avait fait venir directement de la fabrique le dernier magnétoscope, le plus sophistiqué, mais surtout le plus précis du moment avec maintes vitesses de défilement avant / arrière / arrêt sur image, zoom super puissant et j’en passe. Sur sa gauche trônait un écran de télévision haute définition, pas très grand, mais avec des pixels brillants comme des étoiles super MOLED et compagnie. Le technicien de la clinique lui apporta les huit cassettes en lui expliquant que seuls les derniers 15 jours étaient en haute définition mais les cinq mois précédents avaient été compressés en un format dégradé qui ne permettait que d’avoir une vision d’ensemble sans détail précis.
Il demanda à ce qu’en aucune manière on ne le dérangeât de la journée.
Le technicien disparu. Il enfila la première cassette chronologiquement étiquetée A dégradé ; Il s’empêcha, mais pas pour très longtemps, de mettre les pieds sur le bureau, à l’américaine comme au temps de la prohibition.
Son téléphone antique, se mit à faire trembler le bureau et n’accepta d’arrêter ce vacarme qu’au décrocher du combiné noir. Une voix connue lui appris qu’une autre femme était rentrée dans la nuit avec une possible métrite carabinée hyperfébrile. C’en était trop, la rage le prit mais paradoxalement se calma aussitôt.
Au bout d’un certain temps, il regretta la plage et la vraie brasse. A midi, il n’avait parcouru que trois cassettes du fait que, consciencieusement, il revenait en arrière pour revoir le moindre détail, détail introuvable, il s’en doutait. Midi : Il fit une pause saucisse, eau de vie, tabac et s’aperçut, mais un peu plus tard dans l’après midi, que le mélange n’était pas cohérent et qu’il en prenait lui même le chemin. Il ne revenait plus en arrière pour voir les détails de la vidéo, non pas parce qu’il n’y en avait pas mais bien parce que le bouton idoine n’existait plus. Il décida sagement de faire une bonne sieste pour métaboliser les kilomètres de pellicules et accessoirement les quelques mètres de saucisses ‘’armagnaquées’’, à cette heure, noires tirant sur le violine.
Cinq heures sonnèrent à l’horloge de la ville quant il ouvrit un œil dubitatif, mais l’autre le mit tout de suite dans l’ambiance. Il restait quatre cassettes avant le soir et surtout il attendait un résultat positif, sinon rien. La sieste avait porté conseil en plus de la digestion du mélange explosif à la Ben Laden.
Sur les mauvaises images dont il était gavé, apparaissait un individu qui entrait à la clinique avec un paquet carré ou un livre sous le bras et sortait quelques heures après avec un objet dans les mains, qu’il portait cette fois devant lui avec l’attitude du chef de l’église anglicane apportant la couronne de diamants à sa Majesté. Il ne savait pas si c’était un effet de la saucisse violette, un rêve de sieste arrosée ou la réalité. Il reprit la cassette A puis B puis C à grande allure et s’aperçût que ce bonhomme faisait la même procession tous les jeudis soirs. Rien de bien dangereux. Grâce à ce retour sur le passé, il apprit beaucoup de choses sur la vie de la communauté de la clinique. Telle infirmière, par exemple, peut être la meilleure, en tout cas sa chouchoute qui se jette , au sortir de la clinique, dans les bras d’une autre femme, leurs seins et leurs bouches s’effleurant tendrement mais furtivement; Le malade qui rentre à la clinique après avoir lancé un regard à droite et à gauche, un long museau de chien de type « saucisse » qui pointe par la boutonnière dégrafée de la veste choisie volontairement trop ample ; Le personnel qui sort de la clinique bien plus tôt que ne le stipule son contrat…etc.
Quoiqu’il en fût, il tint à revenir sur le seul élément étrange de ce visionnage lorsqu’il en arriva à la cassette incomplète numéro huit, pleine d’images de qualité. Il se précipita sur le compteur pour se rendre directement à l’index : jeudi 20h. Il eût pas mal de difficulté à stabiliser l’image, eu égard à la complexité de cet appareil trop sophistiqué. Il y parvint, fit un arrêt sur image et reconnu immédiatement MOMO qui se rendait à son travail. Mais pourquoi portait-il cette boite avec cette attitude d’adorateur ? Il zooma au maximum sur l’objet carré qu’il portait sous le bras. A n’en pas douter il semblait s’agir d’une boite plutôt marron mais où il était impossible de distinguer plus d’une couleur malgré la qualité de l’appareil. L’image très pixelisée laissait deviner une sorte de couronne sur la face de la boite avec un point noir en son centre. Il changea d’image et même de jeudi mais rien ne permettait de savoir de quoi il s’agissait. Éreinté, fatigué, dépressif, s’avouant vaincu, il s’étira de tout son long sur son confortable fauteuil de velours noir. Après un moment de détente bien mérité, il se pencha sur son bureau pour prendre un cigarillos et reçu un choc électrique dans sa réticulée ascendante. Il faillit dire « Bon dieu, mais c’est bien sûr. » Mais il se retint puisque sa femme avait affirmé qu’il n’avait rien d’un commissaire. La boite, il en était persuadé maintenant était une boite de Bolivar avec sa tète caractéristique, auréolée d’une cape et d’un chapelet de pièces de monnaie.
Une bonne chose de faite, elle redonnait du cœur à l’ouvrage au Dr Voatt.
Il se remémora sa rencontre avec Momo dans son bureau, essaya de dérouler de nouveau le film de leur conversation, l’Armagnac qu’il refusa, mais aussi le cigarillo pourtant excellent qu’il lui présenta dans une boite similaire. Pourquoi se promène-t-il dans la clinique avec une boite de cigarillos qu’il ne fume même pas et qu’il paraît idolâtrer à la sortie comme si c’était un trésor de Bolivie provenant du Lac Titicaca proche. Il était tard, sa tête fumait, il n’était pas plus avancé et il rentra le teint blanc à la maison en lieu et place du beau teint hâlé qu’il aurait pu prendre à la plage.
Troisième partie.
C’était jeudi. Pas un jeudi de n’importe quand. C’était son anniversaire et il ne l’avait pas prévu. Mais c’était aussi le jour de l’apothéose de son grandiose défi expérimental qui allait faire honneur à sa famille. Il était au terme de la série des trente expériences prévues. « Ça va être quelque chose! » Bougonna-t-il dans son fort intérieur. Il en était arrivé même à acheter une bouteille de champagne, du bon croyait-il, alors qu’il ne s’agissait que d’une Veuve Cliquot qu’il n’ouvrirait même pas, car il abhorrait l’alcool. Il avait tout de même placé à coté de la bouteille une flute très haute qu’il avait chapardée toujours chez son distributeur préféré. Vingt heures ; L’heure du dénouement s’approchait à grands pas. Il prépara son réceptacle à bijou cubain qu’il mit sous son bras et sans changer un iota à son habitude il quitta fièrement son logis pour se rendre à la clinique qu’il atteignit très vite. Il passa la porte de verre et prit le ‘’descendeur’’. Il mit en marche son aspiro-lustreur avec le turbo réglé sur puissance maximale. Il arrêta net à 21h30 précises pour se rendre à son placard où il se chargea de son matériel. Deux chambres étaient ciblées avec deux malades récemment opérés dont l’un, au moins, ferait l’affaire. C’était la salle numéro 19 et l’autre, qu’il visa, était prédestinée avec le 3 et le 0 collés en lettres étincelantes sur la porte. Il entra, sans complexe et sans frapper bien sûr, installa son détecteur sur le corps de la victime. L’aiguille du détecteur s’affola et prouva ainsi, la présence d’un dernier trésor sous-jacent. Il ouvrit la boite, s’empara de la seringue au bout de laquelle il adapta l’aiguille, coupa d’un geste sec le cou de l’ampoule de diprivan°. Il en suça la moitié du contenu et vint l’injecter lentement, sûr de lui, dans la tubulure du goutte à goutte de sécurité encore en place. Il rangea rapidement le matériel sans s’occuper du sort du malade mais, par hasard, son regard passa sur son visage. Il fut pris de stupéfaction. Il n’en croyait pas ses yeux tant la Nature, en cette journée mémorable, lui apportait d’intense joie. C’était le bouquet final. Mme Bouquet en chair et en os était sous ses yeux ébahis. Elle dormait calmement. Il ne perdit pas une seule minute. Il aura tout le temps, plus tard, autour de sa bouteille de Champagne et ses trente trophées de savourer cette journée exceptionnelle. Il souleva les draps, écarta avec tendresse les cuisses de Mme Bouquet et fit de même de ses lèvres, se tourna sur le coté pour atteindre le spéculum dont il ne s’aperçut pas du changement de transparence, l’introduisit entre ses deux doigts. Avec la pince, il coinça les deux fils et tira fermement dessus pour extraire son trentième stérilet au CUIVRE, son dernier GyniumT* de collection, preuve de sa victoire, quand la porte de la chambre s’ouvrit brutalement, le Dr Voatt apparut, affublé de deux personnages sombres en uniforme.
Partie finale.
Le Dr Voatt avait fini par admettre qu’un personnage était à l’origine de ces cas graves d’infection profonde. Toujours des femmes et toujours à la même date ce qui faisait remonter l’infestation au plus tard à 48 h avant les premiers signes. Ces éléments et le comportement bizarre de Momo qui ne venait travailler que le jeudi soir l’ont poussé à le considérer comme suspect numéro un, Il prit la décision de forcer son armoire et découvrit le pot aux roses en retrouvant dans la boite de Cohiba ; La seringue, l’aiguille sale et le spéculum vaginal réutilisé. Celui ci paraissait lavé mais certainement pas stérilisé ! Il décida de ne rien toucher pour prendre le coupable la main dans le sac. Il prit soin, bien sûr, de changer l’aiguille et de remplacer le spéculum usagé par un neuf stérile. Il espérait que, dans le feu de l’action, Momo ne découvrirait pas le subterfuge: Le nouveau spéculum neuf était beaucoup plus translucide que le vieux usagé. Il comptait beaucoup sur la pénombre, ou la nuit venue, dans la chambre visitée.
La seule chose qu’il demanda à la justice fut un procès à huis clos pour éviter la psychose féminine qui aurait pu se répandre dangereusement sur la ville.
Écrit en septembre 2012
FIN
BIOGRAPHIE DE MICHEL
Michel PIOVEZAN, né en 1951, fils d’émigrés italiens de 1930, médecin de famille depuis 1980 dans une ville moyenne du Tarn et Garonne a consommé sa vie active à donner du soin avec conscience à ses patients. Ses rares temps libres sont dédiés aux voyages et à la passion de la vidéo animalière (Voir des exemples sur YOU TUBE choix « PIOVEZAN Serge Michel »). Il préfère ‘’faire les livres’’ en les confectionnant souvent lui-même, à la lecture à proprement parler. Pour celle-ci, il donne préférence aux auteurs étrangers lus dans la langue originelle : Italien ou espagnol particulièrement mais en patois romagnol avec délectation ! Son anglais est bien trop rudimentaire pour attaquer les auteurs anglophones sauf dans le cadre des très astucieux livres bilingues. Il s’est attelé en 2007 à mettre sur papier les plus extravagantes ou émouvantes anecdotes de son exercice, les réminiscences coquines ou les situations lugubres et insolites de sa vie estudiantine toulousaine. (Le néo médecin de la Lomagne sans cesse enrichi mais non encore édité). La ‘’dernière expérience’’ s’inscrit dans un groupe de trois nouvelles qui intègrent des thèmes de l’actualité ou de la recherche actuelle : le biotope intestinal :’’ La bio taupe. Ed EDILIVRE’’, les moyens modernes de surveillance : Le drôle de drone. A paraitre ici.
La compagnie que j’ai créée en décembre 2005 s’appelle « French Unique Decoration Material Shanghai Company Limited » Communément appelé FUDM
Le logo représente le produit que j’ai créé pour les zones sensibles au tsunami et au tremblement de terre ici en Asie. C’est une petite fenêtre livrée en Kit dans un tuyau d’évacuation d’eau usée ceci utilisé pour la reconstruction des habitations après leur démolition par des éléments climatiques.
Le principe de cette menuiserie est qu’elle est conçue sur la base d’un volet roulant à enroulement par sangle, qui monte et qui descend comme tous les volets roulants, la particularité est qu’au bas du volet sur la lame finale il est possible d’y accrocher à la demande une moustiquaire ou bien une vitre souple et quand on remonte le volet on obtient soit une moustiquaire soit une fenêtre avec une vitre souple translucide qui protège en partie du vent et de la pluie. La partie blanche du logo représente le volet roulant, la partie rouge celle de la moustiquaire, et la partie bleu celle de la vitre souple et au milieu leur jonction. MB
Hola mamá… no, no mires atrás, estoy aquí. Te conozco bien, todavía no me conoces. Tú me contengas, yo me anido en ti. Soy el capullo de la flor que cultivas día tras día. Llevo ocho meses esperando este momento para hablar contigo. Escúchame, pon tu oreja en tu estómago. Allí, siento un temblor. Tengo oídos, pero no puedo oír. Tengo boca pero se queda callada, tengo los ojos entreabiertos que no ven más que llorar lágrimas disueltas cuando estás triste. Solo percibo las vibraciones amortiguadas de tu voz suave, las sutiles ondas de tus caricias al atardecer, pero también los inexplicables truenos y, a veces, espantosas ondas de choque. Me imagino la magnitud de tus contracciones musculares el dolor que nos ataca. Quién en tu mundo abierto puede atacarte tan mal? Estoy triste. Te prometo mamá querida que ya amo sin límites, que te defenderé con todo mi ser cuando llegue el día. Crezco rápido, lo sabes. Me llenas de jugo tónico. ¿Oyes mi corazón veloz, allí bajo tu amable oído? Él es tuyo y siempre te cuidará. Después del duro viaje por delante, nadie podrá volver a hacerte daño. Lloraré sin cesar si siento tu tristeza, me cubriré de horribles espinillas para protegerte distrayendo tu atención, moriré por ti querida mamá, no volveré a comer hasta el regreso de un amor sereno.
Cuando seas vieja y agotada, te llevaré en mis brazos. Te diré esto: si tus oídos ya no oyen te contaré paisajes de cuento de hadas, si tus ojos ya no ven, besaré tus manos arrugadas y tus mejillas vacías y recordarás las sutiles oleadas de caricias del pasado.
Ciao mamma … no, non guardarti indietro, sono qui. Ti conosco bene, ancora non mi conosci. Tu mi contenga, io mi annido in te. Sono il bocciolo che coltivi giorno dopo giorno. Sono otto mesi che aspetto questo momento per parlarti. Ascoltami, metti l’orecchio sullo stomaco. Là, sento un tremore. Ho orecchie, ma non riesco a sentire. Ho una bocca ma rimane muta, ho gli occhi socchiusi che non vedono altro che piangere lacrime sciolte quando sei triste. Percepisco solo le vibrazioni soffocate della tua voce morbida, le onde sottili delle tue carezze la sera, ma anche i tuoni inspiegabili e le onde d’urto a volte spaventose. Immagino l’entità delle tue contrazioni muscolari il dolore che ci attacca. Chi nel tuo mondo aperto può attaccarti così duramente ? Sono triste. Ti prometto cara mamma che già amo senza limiti, che ti difenderò con tutto me stesso quando verrà il giorno. Sono cresciuto velocemente, sai. Mi riempi così tanto di succo tonico. Senti il mio cuore veloce, lì sotto il tuo orecchio gentile. È tuo e veglierà sempre su di te. Dopo il duro viaggio che ti aspetta, nessuno potrà più farti del male. Piangerò incessantemente se sentirò la tua tristezza, mi coprirò di orribili brufoli per proteggerti distraendo la tua attenzione, morirò per te cara mamma, non mangerò più fino al ritorno di un amore sereno.
Quando sarai vecchia e sfinita, ti porterò tra le mie braccia. Ti dirò questo: se le tue orecchie non possono più sentire, ti racconterò paesaggi da favola, se i tuoi occhi non vedono più, bacerò le tue mani rugose e le tue guance vuote e ricorderai le onde sottili delle carezze del passato.
La lune est pleine. Elle emplit de son éclat de mercure l’éther calme qui baigne nos solitudes. Près de nous, des ombres laineuses se meuvent lentement, d’un mouvement brownien, dans la prairie d’altitude. Aucun murmure; Pas une once de bruit ne s’aventure si haut dans les pâturages sommitaux. Dans le lointain, des masses évanescentes et menaçantes nous côtoient et tentent de nous écraser de leur légère présence. Des parfums humides remontent de la terre réchauffée par la chaleur du jour finissant. Le petit Loïc trône près de son grand-père comme statufié, assis sur une auge de granit gris. Le regard fixé à contempler cet astre mystérieux qui l’hypnotise. De quelles images son cerveau est-il envahi à ce moment précis ? Depuis son arrivée tardive par le dernier train à vapeur venant de la grand’ ville et après deux heures de marche sur les pistes caillouteuses menant à la bergerie, il est solidifié sur son piédestal minéral.
« Dis donc, grand père, raconte-moi une autre histoire de lune, pas celle de la dernière fois. Pas celle qui a reçu une fusée au beau milieu de l’œil comme sur le dessin. »
Il avait soudain quitté son attitude bouddhique pour se laisser entrainer à la pensée des histoires magiques, cent fois renouvelées, distillées par son grand-père à chaque séjour montagnard. Il dégustait avec délectation ces récits fantastiques que le grand-père inventait in situ. Sa voix grave et monocorde faisait résonner les fibres poétiques encore enfantines de Loïc. Parfois, dans la nuit noire il s’endormait avant que les sirènes n’engloutissent les héros de l’Antiquité. Jamais il ne baillait d’ennui tant les contes étaient ajustés à sa sensibilité par un grand père attentif et sensible. Ulysse n’avait plus de secret pour lui et les dieux belliqueux de l’Olympe ne l’émouvaient pas davantage.
« D’abord, nous allons manger puis je te raconterai l’histoire vraie, notre histoire, celle de la LUNE ROUSSE. Cette nuit, vois-tu, cette ardente boule que tu regardais tout à l’heure va se transformer, se laisser grignoter par l’ombre de la terre et s’éteindrepetit à petit puis se colorer de rouge comme un œil qui vient de pleurer. Je ne t’en dis pas plus, allons diner. »
Loïc n’avait pas remarqué, dans son état second, le fumet subtil qui taquinait ses narines. Il le connaissait pourtant. C’était son plat favori. Celui de ses Pyrénées chéries. Celui des contes et des rêves improbables sous des cieux sereins. C’est le mélange savant du chou et des légumes, des légumes et de la pointe d’échine du porc local longuement mijotés dans la grosse marmite ventrue sur les braises, là, entre les pierres. C’est la GARBURE de grand père, celle qui ne ressemble à nulle autre dans la contrée. Il courut vers le troupeau qui s’agitait encore pour trouver le meilleur confort pour la nuit et revint rapidement en arrière, les muscles et les tendons maintenant délassés. Il pénétra dans la toue à la basse porte d’entrée pour s’immerger dans cette atmosphère enfumée de l’unique espace chichement habitable. Dans un coin, la grosse boule culottée encore léchée par de maigres flammèches qui montaient vers un plafond ouvert sur le firmament, reposait contre un mur de pierres crues. La fumée hésitait à sortir par cette brèche céleste tout de même attirante. La partie récalcitrante parfumait, peut-être trop, l’espace cuisine-lit de ce lieu de silence. On se demandait en entrant dans ce logis misérable si la table centrale n’était pas arrivée, à l’improviste, lors de la dernière avalanche de l’hiver. C’était un bloc de granit à mille facettes dont le plateau supérieur paraissait quasiment lisse. Le lit de bois, de mousse recouvert, poussait à la paresse. Il paraissait propice au délassement et en possédait tous les atours.
Ils s’attablèrent autour du granit éternel et Ptolemy le papy servit à chacun une louche démesurée au contenu hétéroclite mais porteur d’une énergie colossale. Elle permettrait d’affronter le récit effrayant qu’il lui fallait composer. Jamais le grand père n’avait osé exposer ce qu’il savait, les atermoiements et les errances que la situation cataclysmique du monde passé avait engendré. Un monde pas bien lointain et pourtant si éloigné. Cette nuit de lune rousse dans un ciel de cristal se prêtait bien au récit qui lui trottait dans la tête. Loïc paraissait en âge de comprendre pourquoi le monde entier avait basculé dans l’horreur de l’anéantissement ce soir-là.
Ils s’assirent contre le mur de pierres sèches encore tiède malgré l’heure tardive, à même le sol, et s’attardèrent à contempler, sans mot dire, le firmament étoilé. Ptolemy interrompit le silence et d’une voix la plus grave possible il ouvrit son carnet intérieur à la page de la préface :
« Il y a bien longtemps, tu n’étais pas encore né bien sûr, par une nuit semblable à celle-ci, la terre a subi un choc terrible, une attaque brutale et inattendue par une force inconnue, provoquant en quelques jours seulement, la disparition de millions de personnes de par le monde. »
L’histoire commençait comme il l’aimait. Loïc eut un frisson. Etait-il lié à la peur ou au froid ? Peu importe, le dé était lancé. Ptolemy continua. Mais il n’en était qu’au préambule. Il se permit donc de présenter rapidement à Loïc l’image du monde d’alors.
« En ce début de millénaire, il y avait des habitants nombreux sur toute la terre, mais on pouvait distinguer, en considérant la situation grossièrement, deux groupes de population : le groupe des riches, dirons-nous, et le groupe des pauvres. Le premier vivait avec des moyens mirifiques qui n’existent plus aujourd’hui et plutôt dans l’hémisphère nord et les zones pétrolifères, et l’autre groupe, plutôt dans les zones équatoriales ou arides avec de moyens faibles et parfois rudimentaires comme aujourd’hui.
_ Mais grand père, qu’est ce qu’ils avaient les riches ?
_ Bien vois-tu, les progrès de la science avait permis d’inventer des machines extra ordinaires qui avaient permis aux hommes d’atteindre la Lune, oui, la lune que tu vois là, et bien, tes ancêtres y sont allés avec une fusée. Je t’ai déjà parlé. Ils ont inventé des systèmes pour transporter les images qu’on pouvait voir à l’autre bout du monde : Le vieil appareil plat et noir qui moisit dans ta cave, chez toi, recouvert de toiles d’araignées permettait de voir des images colorées et vivantes : La télévision. Elle apportait à chacun du divertissement, de la connaissance. Plus tard un système encore plus performant, qui s’appelait internet, et qui mettait en relation tous les hommes de la planète, a envahi celle-ci. J’ai vécu ce temps merveilleux. Ce soir d’éclipse de lune où tout a basculé, je m’étais levé à trois heures du matin pour voir disparaître l’éclat de la lune qui laissait place au disque rougeâtre. La même chose va se renouveler ce soir après 18 ans d’attente. Je suivais aussi les images en direct sur un écran qu’on appelait une tablette. Tout ceci a disparu. Il nous reste heureusement, le poste de TSF qui avait été inventé au début de l’autre siècle et qui fonctionne toujours. Les gens voyageaient dans des avions supersoniques très rapides sans commune mesure avec ceux qui ont perduré, les voitures roulaient par millions sur nos routes plaines, la santé avait fait des progrès inouïs, on changeait des cœurs et même des chirurgiens avaient prédit qu’ils seraient capables d’inter-changer des têtes. Les villes étaient belles dans le ‘’groupe des gens riches’’, propres, les infections rares grâce à des systèmes développés d’assainissement des eaux usées qui s’écoulaient dans des réseaux tentaculaires. Tout le monde mangeait à sa faim. La situation était diamétralement opposée dans le ‘’groupe des pauvres’’ souvent appelé monde en voie de développement laissé souvent à l’abandon. On avait côtoyé les banlieues des constellations lointaines avec des télescopes gigantesques. L’informatique était rentrée dans toutes les maisons, on pouvait discuter tout en se voyant avec un correspondant à l’autre bout du globe. La seule chose qui posait vraiment problème, et il était majeur, était la pollution qui devenait de plus en plus prégnante. Tout était tellement beau. Subrepticement s’était installé un empoisonnement progressif de l’environnement. L’air commençait à devenir irrespirable dans les grandes villes à cause des rejets dans l’atmosphère des poisons issus du fonctionnement de toutes ces machines. Les eaux, les aliments, les fruits et même les animaux se détérioraient. C’était le commencement d’un avenir peu raisonnable. »
Là, Ptolemy s’interrompit. Il n’était pas sûr que son petit-fils se rende compte du degré avancé d’évolution de la civilisation. Cependant cette décennie pré-cataclysmique se dégradait inexorablement camouflant à peine l’horreur ébauchée par une pollution sournoise. Elle préparait pour les terriens un avenir incertain. Il lui parla longuement des beautés de la nature, des voyages, des livres superbes que Loïc avait vus dans la grande bibliothèque, les myriades de jeux électroniques dont il possédait un exemplaire peut-être encore fonctionnel. Les questions de Loïc fusèrent ensuite et la nuit s’obscurcit tellement que ses paupières se fermèrent. Le grand père le transporta sur le lit des rêves et revint admirer la lune à moitié occultée. Son esprit au calme maintenant cherchait la suite de l’histoire. Il devait éviter d’inquiéter cet enfant fragile. Sa famille l’avait toujours éloigné des récits terrifiants parlant de ce chambardement passé. Il rejoignit son lit dans la pénombre soudaine, heureux d’avoir enfin initié son histoire, l’histoire commune à toute l’Humanité.
Il reprit son récit juste après le souper le lendemain alors que le ciel se chargeait progressivement de pesants nuages prêts à se soulager subitement. La température restait accrochée à des limites stratosphériques.
« Le lendemain matin de cette nuit d’éclipse, dès l’aube douce, tous les moyens de communication mondiaux débutèrent par une édition spéciale, interrompant toutes les émissions programmées: CBS NEW ouvrit avec « Ebridgement », en France le MONDE chamboula sa Une : « Attaque des Extras ? », La STAMPA écrivit : « epidemia globale ? », La PRAVDA : « непонимание », même la Chine calligraphia : « 麻木 ». Les ordinateurs croulèrent sous l’afflux des dépêches du monde. La première éditée, très tôt après la réapparition de l’éclat sélène, arrivait des Etas Unis et tout particulièrement d’Atlanta où on déplorait la mort abrupte du Directeur du CDC.
_ Qu’est-ce que c’est ça, le CDC ? demanda Loïc.
_Le ‘’Centers for Deseases Control’’ est le plus grand centre mondial de contrôle du développement des maladies infectieuses. Il est situé à Atlanta, en Géorgie d’Amérique. Le texte ne disait rien sur les conditions mais parlait de son écroulement subit devant son pupitre lors d’une conférence sur le développement enfin circonscrit de l’épidémie d’Ebola en Afrique. Suivirent très vite dans la matinée des dépêches très similaires dans leurs transcriptions en provenance de Paris, Berlin, Madrid, Rome, mais aussi Moscou, Pékin ou Melbourne. A Paris, ce fut le directeur de l’Institut Pasteur qui s’effondra au pied de son Université. Puis très vite cette épidémie soudaine poursuivit son ravage dans toutes les classes de la société sans oublier les politiques : écroulement du premier ministre de Grande Bretagne, le bras droit de la Chancelière en Allemagne ‘’chancela’’ devant son petit déjeuner. En France nous avons perdu le ministre de la Santé dans ces mêmes conditions. La liste était longue. Déjà le soir même on déplorait la disparition de plus de cinq cents personnalités de par le monde, sans la moindre idée de la cause. Pendant les jours de terreur qui suivirent, les décès inexpliqués par milliers touchaient toutes les couches de la société dans le Monde entier. Si rien n’est fait, toute l’humanité aura disparu dans les mois à venir : C’était le sentiment de chacun. Une telle panique se développa que les décès liés à ce qu’on commençait à appeler ‘’mal rouste’’, évoquant peut être la violence et la rapidité, et même certains se risquaient à : ‘’peste lunaire’’, s’additionnaient aux morts par suicides ou réactions incontrôlées. Les églises tellement désertées alors voyaient leurs bancs craquer à nouveau sous le poids de la peur, les gens se méfiaient de leurs voisins. Chacun ressortit de derrière les piles d’assiettes des buffets, les boites de masques médicaux qui trainaient là depuis la dernière menace mondiale de pandémie aviaire. Pandémie supposée, elle avait été annoncée avec beaucoup de conviction à l’époque par ce même CDC et qui s’était soldée par une « épidémiette » sans conséquence. Cela avait valu un conflit interne très sérieux entre le directeur et son second en désaccord avec lui. »
Loïc écoutait en se tortillant sur son derrière qui ressentait l’humidité apportée par les premières larmes du nuage, bouleversé comme lui par le récit du grand-père ! Il était anxieux. Heureusement que l’aïeul était là, il avait résisté à l’effroyable phénomène et ça lui suffisait. Tout de même, il aurait aimé connaitre la suite rapidement. De coutume, il aimait l’entendre divaguer. Il adorait ses longues digressions dans ses récits fantastiques, les descriptions imagées et surdimensionnées des monstres des enfers, les paysages enchanteurs où il excellait, les personnages vivants, terrifiants ou aimables qui venaient ensuite peupler ses songes. Là, non. Ça paraissait sérieux et grave.
Ptolemy ne pouvait plus faire marche arrière. Il avait décidé, il devait vider son sac. Il sentait quelque chose en lui qui le poussait à parler, peut être son grand âge en était la cause. Il reprit de plus belle :
« La planète entière fut stupéfiée, comme si elle était passée en roue libre pendant les jours qui suivirent. Rien ne se passait plus. La ‘’non vie’’ consistait à compter les morts sans rien comprendre. C’était un lavage de cerveau total du monde. Sur les téléviseurs fonctionnant en automatique s’affichait un lugubre tableau noir aux chiffres rouges qui représentaient le décompte des disparus. Parfois s’intercalaient quelques bribes de journal télévisé quotidien vidé de sa substantifique moelle tant les choses à dire n’avaient plus d’importance. Vers la fin de la première semaine, les choses commencèrent à bouger dans tous les domaines. Le tableau noir fut remplacé par des cartes mondiales indiquant les lieux et les densités de morts par des variations de l’intensité de leurs couleurs. Plus tard, il s’affina par des statistiques, certes maigrelettes mais qui permirent tout de même une constatation très importante au fur et à mesure que les couleurs se précisaient. Puis vinrent des informations sur les diverses recherches qui avaient été mises en œuvre pour essayer de comprendre. Cependant, les choses étaient compliquées du fait de la perte pratiquement instantanée d’un très grand nombre d’intellectuels et surtout de chercheurs. Cette caractéristique avait déjà été remarquée au début du désastre. Une autre information positive et malgré tout réjouissante fut la mise en commun mondiale de toutes les forces restantes, ce qui aboutissait comme par enchantement à la fin des conflits mondiaux. L’humanité entière en danger décida de se ‘’serrer les coudes’’. On en rêvait depuis longtemps mais pas dans ces conditions. Les immenses conglomérats internationaux d’ordinateurs furent dédiés rapidement et exclusivement à la recherche des origines du mal. Il fallait faire vite. La perte annoncée des hyper-spécialistes de tout domaine allait faire chuter inexorablement la qualité des découvertes et des progrès. Les appareils de haut niveau technique allaient s’étioler. Les IRM, scanner, mais aussi cyclotron, télescopes et autres moyens de communication sophistiqués, par manque de maintenance spécialisée. Le risque à éviter était le black out total. Et pourtant !
Vous pouvez vous procurer la suite papier ( 7.5€) ou numérique (4.99€)sur :
Il est le fruit d’un assemblage aléatoire de semences distribuées lors d’un ballet aquatique orchestré par ses deux parents au bord du lac. Il a de la chance. La petite perle glauque de laquelle il est issu s’est engluée dans une minuscule anfractuosité sous une pierre qui sera son berceau. Les autres œufs, moins chanceux, ont dérivé au gré des courants jusqu’à ce que des gueules grand’ ouvertes de prédateurs les engloutissent. D’autres sont restés en balance entre l’eau et le ciel, certainement desséchés plus tard lorsque le niveau de l’eau immanquablement baissera avec les beaux jours. Sa chance à lui est d’être resté coincé sous cette roche où aucun autre animal aquatique ne pouvait l’en déloger. A la bonne saison, lorsque la coquille s’est disloquée, l’alevin nouveau né, perdu dans l’immensité de son monde humide, oublié de tous les congénères doit faire immédiatement face à l’adversité des lieux. Sa survie ne tient qu’à un fil. Ses cellules déjà programmées depuis la nuit des temps interrogent le listing des acquis enroulés dans les chromosomes de ses cellules. Seules celles-ci savent débrouiller l’écheveau de ces formules magiques transmises par ses parents dans l’embrouillamini inextricable de son génome. Maintenant, sa machine cellulaire en branle reçoit l’ordre de développer avec rapidité le système des fibres nerveuses et musculaires car il faut se bouger, et vite, pour échapper au danger. Les petites cellules musculaires de son corps fabriquent daredare de l’actine et de la myosine qui s’assemblent en un ordre précis imposé par le grand chef d’orchestre qui lit la partition génomique. Les petits organites qui se trouvent dans les cellules fabriquent ces substances protéiques salvatrices. Il se rend compte très vite qu’en tirant sur ses muscles en formation, son corps se mobilise et hop, déjà, d’un coup de nageoire caudale le voilà loin de son antre ‘’fissuraire’’. Mais ses petites réserves d’énergie qu’il a accumulée tout au long de sa maturation ovulaire s’épuisent vite. Sur son génome, il est écrit qu’il doit garder la gueule ouverte (c’est ainsi, c’est inné). Il constate alors que des grains d’énergie viennent le réconforter et même il ressent le bienfait d’autant plus important que se mélange qu’il ingurgite est volumineux. Son corps grandit. Son environnement ne dépasse pas quelques centimètres. Ce poisson minuscule parait très malin. Il sent qu’en combinant l’activité de ses nageoires il va plus vite et plus loin. Son système nerveux se développe, son système musculaire le propulse selon ses désirs, le décryptage permanent des consignes engrammées dans ses chromosomes et transmises par ses parents lui indique de faire attention aux moindres variations de son environnement. Pour cela, ses cellules se sont spécialisées (comme toujours en répondant à la lettre ce qui est ordonné dans le papyrus nucléaire), et transformées en cellules réceptrices. Une de celles-ci ressent la moindre variation de pression occasionnée par une ondulation proche, l’autre décèle la température de son milieu ou bien le contact étranger. Le nombre incroyablement élevé de ses récepteurs périphériques renseigne exactement en temps réel son statut géographique mais aussi somesthésique. Il est effectivement essentiel de connaitre par exemple la position de sa queue ou ses nageoires dans son schéma corporel. La salinité, le ph c’est-à-dire l’acidité de l’eau, la concentration en oxygène, la présence d’une grosse turbidité, sont des éléments vitaux. Avec la lecture systématique de tous les gènes exprimables et la fabrication concomitante et liée des protéines de tout son corps, le poisson se transforme petit à petit. Sa première expérience sensorielle est brutale. Il vient de ressentir une subite vibration qui se déplace sur l’ensemble de ses écailles. Peut être a-t-il tremblé et veut-il réintégrer sa cachette sous roche. L’onde a été éphémère. Le calme revient. Comment peut-il imaginer dans son monde fermé que le moindre petit caillou jeté par le jeu d’un enfant sur la rive soit la cause de son émotion.
Il saura plus tard qu’une vie différente de la sienne et concomitante se déroule dans d’autres cieux.
Pour le moment il vit sa vie sans trop se soucier de l’avenir. Il lui suffit de laisser fonctionner ses muscles et garder sa gueule grande ouverte pour se nourrir. Les aventures de sa vie vont cependant, commencer. Il ne sait pas mais a pressenti que son corps, grâce aux données léguées par ses ascendants est bien protégé par les systèmes de sécurisation ou d’éveil issus de son patrimoine génétique.
Il n’a pas bien longtemps à attendre lorsqu’il est de nouveau mis en alerte par la sensation déjà connue d’un ébranlement total de son corps. L’onde de choc est brutale et multipliée. Cette fois l’émotion est grande. Sa vision pourtant maintenant parfaite ne lui permet pas de distinguer le moindre trouble environnant. Soudain, émergent du néant, une gigantesque gueule démesurée se jette sur lui pour le déglutir sans autre forme de procès. Une violente contraction involontaire de son appendice caudal le propulse contre la paroi rocheuse. L’aspirateur géant passe son chemin et ne se rend compte de rien. C’est l’évènement majeur à mettre en tête de palmarès dans sa petite vie actuelle. Il a soudainement pris conscience de la faiblesse mais encore plus de la puissance de survie léguée.
Plus le temps passe, plus notre poisson se différencie des ses congénères. Il semble faire preuve d’une intelligence inhabituelle. Son aventure récente réveille en lui un désir de connaissance. Il faut partir en exploration de son habitat. Il gonfle subitement sa vessie natatoire et se sent immédiatement aspiré vers le haut. Il atteint rapidement une barrière lumineuse infranchissable qu’il ne comprend pas. Il expulse alors l’air de son ballast qui se remplit d’eau et sombre dans l’abysse. Ces allées et venues sont un amusement. Sans l’aide d’un compère Archimède il comprend le principe. Mais que penser de cette frontière inébranlable. Malgré tous ses essais en aérodynamisme parfait, la limite ne bouge pas. C’est pourtant une barrière non traumatisante, souple et même vivifiante. Son système de propulsion ne doit pas être au point ? Il se promet de revenir pour résoudre l’énigme. Y a-t-il au dessus un monde parallèle ? Il est heureux de pouvoir se maintenir entre deux eaux pour le moment.
Mais sa douloureuse expérience passée l’a aussi persuadé de l’existence d’autres êtres dans son monde. Il veut en avoir le cœur net. Que va-t-il découvrir ? L’indifférence, le danger, l’amitié, la déception ?
Il navigue en ondulant suavement son corps à quelque distance de la surface lorsqu’il lui semble apercevoir dans un halo laiteux comme une ombre qui se déplace. En ‘’acutisant’’ sa vision, il distingue une ombre gracile de navette affublée de longues tiges très fines qui viennent dessiner une empreinte légère sur la surface barrière. A son approche précautionneuse, l’ombre s’évanouie. Autre énigme à revoir se dit il. Il poursuit son chemin en ondulant, insouciant parmi les herbes aquatiques. Il teste en passant la saveur des feuilles et aspire le suc des tiges bien trop dures pour les entamer. Son corps se laisse caresser par la cératophylle opulente ou le myriophylle à mile feuilles. Il approche maintenant de la rive et se laisse surprendre par deux grosses billes noires et fixes qui semblent épatées. Soudain une grosse masse verte portant ces billes se détend d’un coup et quitte le monde dans un remue ménage explosif provoquant des vagues gigantesques. Ses cartilages tressaillent. Il n’a pas pu suivre sa trajectoire, mais n’aurait elle pas franchi l’infranchissable ? A ce moment précis il est pris d’un doute angoissant. Il décide de réintégrer sa cachette de naissance, un lieu sûr.
Sur le chemin du retour, il est dépassé par un être stupéfiant : il possède des nageoires comme lui, mais son corps est si long qu’il n’en voit pas la fin. Il en a assez vu ! Il bifurque sur la droite, pardon, sur bâbord et va se nicher dans son anfractuosité protectrice.
Il ne peut fermer la membrane nictitante de son œil tant il est excité par l’extravagance de son périple diurne.
Son petit cerveau amphibien pense.
Que fais-je ici ?
Qu’est ce qu’il y a derrière cette barrière qui semble poreuse ?
Peut-il y avoir un autre monde si différent ?
Y-a-t-il un poisson à l’origine de Mon existence ?
Ma vie se résume-t-elle à bouger, manger, éviter les dangers ?
Qu’elle est la finalité de mon monde ?
Il s’endort enfin, sans réponse.
Le réveil se fait en douceur, la nuit a été réparatrice. Ses neurones se sont réorganisés dans la pénombre, sa conscience est excellente. Il baigne encore dans une demi-clarté qui était déjà présente à son endormissement mais qui s’intensifie vite. Un jour différent porteur de nouveauté s’allume. Il étire ses nageoires, ébranle sa queue, fait vibrer ses écailles et ouvre grande sa gueule pour un déjeuner déjà servi. Des myriades de paramécies et animalcules attendaient derrière la porte pour venir nourrir leur hôte. Ses branchies rougies par l’oxygène incorporé l’autorisent à un départ sécurisé vers l’aventure.
Il décide donc d’agrandir son domaine d’exploration mais, plus il nage et plus loin l’horizon se déplace, Il prend vite conscience, après plusieurs heures d’efforts, de l’immensité du monde et tressaille même en évoquant la possibilité nouvelle pour lui de l’infini. Est ce possible ? De nouvelles rencontres toujours différentes lui font oublier son souci immédiat. Il a côtoyé une pierre lisse têtue en déplacement, des énergumènes de son acabit de toutes formes et grosseurs, des ronds aux couleurs chatoyantes et ensoleillées, des immenses aux yeux féroces et aux dents acérées prêtes à vous ‘’écharpiller’’, des filiformes souples et ondulants. Il a bien regardé et il a vu passer, chose incroyable, à cheval sur sa frontière pour lui infranchissable, un animal immense, couvert ‘’d’écailles filamenteuses’’ et des nageoires rudimentaires ridicules et peu efficaces. Sa nage était nonchalante puis il a quitté le monde lentement sans le moindre souci. Il en est resté les yeux tout « estourbillés ».
Le temps passe et le corps s’allonge. Des prémices de sensations nouvelles encore évanescentes perturbent passagèrement son équilibre maintenant bien acquis. Il croit percevoir inconsciemment des volutes d’effluves qui trahissent une présence sans consistance. Cela le rend mal à l’aise. Quel est cet inconnu qui ne se montre pas et qui le perturbe ? Y a t il encore des êtres insoupçonnés qu’il n’ait côtoyés lors de ses multiples pérégrinations lagunaires ? Seraient ce des fantômes, des zombis, des phantasmes ? Il se met sur ses gardes. D’heures en heures la sensation s’amplifie, son corps se gonfle, les écailles se disjoignent, ses branchies sont hypérémiques. Il n’en peut plus, son corps va exploser…. C’est alors que, surgi de nulle part, nimbé de lumière, exsudé de substances « phéromonales » excitantes imbibant tout le milieu alentour, un corps à lui identique secrétant une attirance irrésistible. Peu rassuré, il refrène son ardeur subite, mais lâche très vite les amarres. Plus il se rapproche de cet être et plus son corps lui échappe. Presque arrivé à son contact il esquisse un tangage incontrôlé qui vient frôler, ventre à ventre le corps de son partenaire pris du même vertige rotatoire. Il se souviendra longtemps de cette première caresse ventrale. La réaction de son corps est indescriptible. Ce qui est sûr, c’est l’extase issue de leur ballet aquatique indéfiniment renouvelé. Cette danse effrénée dure des heures, Son corps ne lui répond plus, celui de sa partenaire prend des formes si tendues qu’à la fin elle explose d’un don orgastique et libère des myriades d’ovules matures qui se répandent dans l’eau trouble. Lui, à bout de tension laisse échapper de ses entrailles cette semence fécondante qui fonce à la recherche du dernier petit ovule perdu. La tension se calme peu à peu. Il faut maintenant surveiller au mieux cet essaimage de vie qui garantira une fois de plus la logique de la vie. Non, il n’était pas dans ce monde d’eau que pour bouger, manger, et éviter les dangers. Il se sent plus fort maintenant qu’il sait qu’il est là aussi pour éterniser la vie. Dieu qu’il en a appris des choses en cet instant, qu’il n’est pas maitre de son destin, que toute sa vie a été orientée à son insu pour cette fin.
L’acuité de sa surveillance parentale sous contrôle hormonal pré établi s’émousse de jour en jour. Il oublie maintenant sa progéniture dont un individu peut être est englué sous une pierre à l’intérieur d’une fissure quasi invisible. Il nage dans l’insouciance de ce jour qui semble ensoleillé s’il se réfère à l’intensité du rayon qui fuse de l’autre monde. Mais que se passe-t-il la haut. Je paierai cher pour en faire la connaissance se dit-il. Mais il n ‘a aucune idée de la façon de s’y prendre. Cette sensation d’être prisonnier l’envahit. Il y a belle lurette que cela le tourmente. Il tourne en rond dans ‘’le halo mystérieux’’. Une angoisse soudaine l’enveloppe brutalement. Et si l’autre monde était dangereux ? Et si tout à coup un événement inattendu issu de l’au-delà surgissait là, tout de suite, et m’emporte à jamais à travers ce hublot ouvert vers le ciel? Il se sent seul. Il ne connait pas le terme d’angoisse métaphysique mais ca y ressemble. Il se dit qu’en compagnie d’autres poissons comme lui, il aurait pu échanger des idées et se sentir plus calme. Cette constatation nouvelle, je la mets derrière l’ouïe se dit il. Je verrai plus tard. Empêtré qu’il est dans sa réflexion, il ne prend pas garde à un petit objet qui a traverse sa voute céleste et flotte maintenant entre deux eaux. « Demain je vais tenter d’approcher d’autres compatriotes marins et proposer un rapprochement amical dans un premier temps » Il parle ainsi, à lui-même, et il est satisfait. Même il se sent pousser des…. ailes. Il gobe machinalement l’insecte tombé du ciel. Il se sent soulevé d’un seul coup, traverse l’enveloppe de son ciel en une fraction de seconde et se pose brutalement sur un fond herbeux avec une grosse douleur des mâchoires.
Son vœu vient d’être exhaussé par un paisible pécheur de l’autre monde. Ce monde qu’il souhaitait si ardemment explorer. Nul besoin de propulseur sophistiqué mais l’atterrissage a été trop rude tout de même. Déjà il ressent une chape de plomb qui l’enserre petit à petit. Il a beau faire fonctionner à fond et écarter au maximum ses ouïes qui se raidissent, il ne perçoit aucunement le bienfait habituel de la manœuvre. Son corps même s’assèche, son cerveau perçoit des volutes funestes qui tournoient, il ouvre à craquer sa gueule sanguinolente enferrée pas une hallebarde « hardillonnée » inextirpable, ses forces le fuient lentement et inexorablement. Il sent sa dernière heure venir, revoit son milieu aquatique si doux et en vient à regretter son désir d’évasion inconsidéré. Il n’en peut plus. C’est alors qu’il est emporté dans les airs enveloppé d’une sensation chaude en même temps qu’une force suprême inconnue et inattendue tente de lui ôter de sa mâchoire dans une décharge de douleur atroce et indescriptible la barre de fer fichée dans sa chair. Rassemblant en un dernier sursaut la totalité de ses forces résiduelles, il réitère le coup de queue mémorable qui lui a sauvé la vie dans son jeune âge. Il se sent aussitôt libéré de la camisole chaude qui l’enserrait et plonger d’emblée, tête la première, dans le liquide salvateur, son milieu naturel nourricier et oxygénateur. La tête vide, le corps meurtri, il fonce sans réflexion vers son antre ancestrale protectrice et réconfortante, son doux sein de pierre. Il lui a bien fallu une nuitée entière pour recouvrer ses esprits. Son expérience de vie post mortem trotte dans sa cervelle. Que s’est il passé exactement ? Il ne lui reste qu’un vague souvenir de chaleur et de sécheresse. Cette sensation d’étouffement a-t-elle été véridique ou purement inventée dans un délire engendré par le saut de l’au-delà. Tout tourne dans sa tête. Son esprit très actif élabore de nombreuses théories très saugrenues et par lui invérifiables. Tout de même certaines prennent de plus en plus d’importance à son jugement : pour lui, ce ne peut être qu’un être supérieur doué d’une puissance inaccessible et qu’il convient donc de respecter. Gare a celui qui y contrevient. Un petit tour dans l’au-delà une fois est amplement suffisant. Il décide donc de ne plus tenter l’exploration du ciel, bien trop dangereuse. Il décide aussi de ne plus se laisser aller à la tentation facile, aux mannes tombées du ciel, sièges possibles de pièges divins. Mais ! Doit-il garder pour lui ces connaissances nouvelles issues du fruit de son expérience ? Ne conviendrait-il pas de les diffuser à des congénères incultes et influençables pour les protéger de la tentation ? Il décide donc sur le champ de partir en croisade pour porter la bonne parole et convaincre les incrédules. Cependant, il prend conscience qu’il lui sera difficile de convaincre sans apporter la moindre preuve à ses dires farfelus. Il réfléchit de longues heures avant de partir à l’aventure dans les profondeurs de son continent.
Bien sûr……mais voila la solution se dit-il.
Les preuves de mes tribulations attribuables aux forces de l’au-delà, je les porte sur moi :
-Voyez ma gueule tordue et défigurée avec une mâchoire dévorée par le fer de l’enfer que j’ai connu dans l’autre monde.
-Voyez cette épine d’acier qui est restée fichée dans ma chair et qui provient de la lance qui voulait me transpercer le corps et qui s’est détachée lors de ma réintégration en ce monde.
Voila les preuves formelles de l’existence d’une force supérieure à qui il faut obéir sous peine de poursuites insoupçonnées.
Voilà la parole que je vous porte pour vous libérer du risque d’une mort atroce.
Croyez-moi et venez à moi.
Les prédications ont été difficiles, les convictions dures à accrocher, mais tout de même petit à petit, de quelques éléments crédules à quelques dizaines d’autres convertis nous sommes arrivés de nos jours à de volumineux bancs de poissons que les forces de l’autre monde peuvent cueillir facilement pour des dégustations de fritures diablement goûteuses.
Marthe et Marcel sont nés dans ce village, il y a 160 ans ….à eux deux. Il est typique de la Lomagne. Pourvu d’un château plus ou moins fort, il s’accroche sur un rocher escarpé, aujourd’hui soumis au feu d’un soleil torride de plein été. Nos deux anciens, paisiblement au repos derrière l’unique table en pierre du village, échangent rarement quelques mots peut être même en patois local. Peut-être n’ont-ils plus rien à se dire. Surgissant d’on ne sait où, une fourgonnette de couleur incertaine, les portes décorées de lourdes plaques de goudron dégoulinant et les ailes grignotées par une rouille tenace se gare sans vergogne au plus près de leurs pieds. D’un bond de tigre, deux silhouettes d’un âge moyen, aux larges épaules et aux fines moustaches sont déjà en pleine conversation avec notre vieux couple. La discussion va bon train. La parole autant rodée que les soupapes du camion passe rapidement d’une fine moustache à l’autre. Les éclats de rire, les palabres usées, des signes d’amitiés bien trop précoces, les murmures de connivence, les longues poignées de main augurent bien d’un marché conclu et d’une bonne affaire….. Mais pour qui ?
Ils reçoivent leur achat secret quelques mois plus tard. On leur installe la chose dans la chambre. Ils avaient hâte de pouvoir reposer leurs carcasses douloureuses sur ce magnifique matelas à mémoire de forme payé à prix d’or. Il est censé effacer rapidement ces vieilles plaintes qui tous les matins au démarrage bloquent leur lombes arthrosiques. L’hiver arrive si vite et son attaque est justement centrée sur cette colonne.
Il faut dire qu’après quelques semaines d’acclimatation, la forme liée à la mémoire de forme prend forme. Les douleurs matutinales, sans disparaitre, se dissolvent petit à petit dans l’ambiance douloureuse générale beaucoup plus supportable.
« Cadeau chèrement payé dit un jour Marcel, mais on le mérite bien, non ? » Hochement vertical de tête de Marthe qui n’en dit pas plus.
Des mois passent et le super matelas devient un objet culte, les nuits s’adoucissent, les réveils sont presque enchanteurs.
Avant Noel, le téléphone résonne dans la masure. L’homme à la fine moustache, désespéré, fait part aux octogénaires qu’un vice a été détecté dans certains matelas qui pourrait devenir délétère. Il faut absolument une vérification in situ. Un rendez-vous est donc pris.
A leur arrivée, les deux complices aux fines moustaches, équipés d’une longue mallette débarquent dans la chambre connue. Ils éventrent à coup de machette le douillet matelas à la recherche de quelque improbable ‘’Alien retardé ‘’. Que Nenni. RIEN
Il ne reste plus qu’à racheter un autre matelas qui était, par hasard, en attente dans le fourgon.
Comment expliquer cette minable aventure à ses enfants ? Comment garder la tête haute au crépuscule d’une vie exemplaire passée à les mettre en garde sur les dangers de la vie. smp
Elle a quatre-vingt-dix printemps et parait avoir mis de côté les hivers et même les automnes.
Deux amours tendres émaillent une vie agitée : son fils et maintenant et toujours son violon qui repose là « dans son couffin ».
C’est un violon ancien, fier. Ses ouïes sont gonflées de sons. Il attend des doigts agiles crochetés sur son manche solide à la recherche de quelques arpèges légers, un frôlement doux ou peut-être même tumultueux d’un archet rageur qui attaque ses vibices tendus et vibrants.
J’aime le son de son corps le soir au fond de moi….
Est-ce un second enfant tant aimé ? Est-ce un chaton protecteur et adulé par les personnes qui avancent, au pas de deux, vers le grand âge ?
Elle se plaint, oui, de la difficulté à tirer de son instrument, les quadruple-croches qui sautillaient si allègrement sur les cordes raides. Ses doigts tortueux peinent même à moduler les « triples ». Elles font de la résistance et regardent d’un air envieux leurs collègues les points d’orgue. L’inclinaison douce de sa tête sur son violon provoque même des craquements cervicaux parasites.
Les sanglots longs du violon de l’automne blessent mon cœur d’une langueur monotone.
Je suis médecin de campagne. J’aime cette petite femme vive, pas plus haute que quatre pommes mais avec un cœur énorme.
Toujours prête à se pencher sur son prochain, c’est avec cette belle jeune femme à la peau basanée, aux longs cheveux de jais et des lèvres de porphyre que l’attentat a commencé. Elle se présente, un matin, tout sourire rassurant pour demander un quelque chose pour ses enfants en bas âge. La grand-mère fond immédiatement et s’aventure illico vers la cuisine pour revenir très vite avec ce quelque chose en mains. Elle n’avait pas fait trois pas qu’une ombre furtive chargée de son instrument quitte sa chambre avec fracas suivi par la jeune femme qui avait déjà pivoté sur elle-même. Elle se met à crier « au voleur » et tente même de le poursuivre sur quelques mètres mais son cœur a mis tout de suite le holà.
Anéantie, ce n’est pas le ‘’cœur sec’’ de la gendarmerie très vite contactée qui aurait pu apporter ce peu d’empathie qui aurait pu la soulager.
Elle venait de perdre la petite flamme qui entretenait sa vie déjà pas mal consumée.
Ce n’était pas un stradivarius.
Ce jour-là, un homme, dans la pleine forme de sa jeunesse, affublé d’une complice écervelée, s’est rendu assassin par anticipation. La vie de cette grand-mère a décliné progressivement jusqu’à son extinction pour un violon tant aimé.
Et pourtant, ce n’était pas un stradivarius, non, mais c’était bien plus qu’un STRADIVARIUS.
Beaumont de Lomagne est en émoi et tremble pour ses jeunes depuis cette sombre affaire qui dure depuis trois semaines.
Voilà les protagonistes :
Avant tout : Theo Magret de la Faisandière (certes c’est un noble mais tout de même) commissaire frais émoulu détaché tout récemment à Beaumont de Lomagne où un bureau de la mairie lui a été octroyé. Il est sorti major de sa promo à la police, il est grand, sportif, ses yeux semblent voir dans la nuit comme les avions furtifs américains, et il entend tout avec ses oreilles décollées paraboliques, son odorat talonne celui des reniflards. Il doit résoudre l’énigme de la disparition brutale de Justibelle, 22 ans qui vit (ou vivait) dans un village voisin.
Le deuxième protagoniste est donc Justibelle B., jeune, jolie, instruite, adulée de tous. On ne lui connait pas de petit ami attitré ni de possible ennemi. Elle vit à la ferme avec ses parents avant de prendre un poste bac+4 à Toulouse à la rentrée. Elle a donc disparu corps et âme sans laisser le moindre indice. Toutes les recherches jusqu’ici sont restées vaines: Empreintes, ADN, curages des puits environnants, écumage des lacs et passage des bois à la brosse à chiendent. Rien
Le troisième et dernier protagoniste est Isendrin Y., agriculteur, 24 ans, à la bouille rassurante, rond et rubicond, agile, mais tête en l’air. Il vit seul et n’est connu par aucun des deux autres protagonistes. Il est même inconnu des Beaumontois puisqu’il vit à l’autre bout du département.
Theo Magret de Canard de la Faisandière (oui il tient au nom complet pour ne pas être confondu avec l’Inspecteur Maigret !) ne sait pas par où commencer son enquête ce matin-là. Mais il n’est pas interdit à tout grand commissaire d’avoir de la chance, aussi. Il voit entrer dans son bureau Isendrin Y, essoufflé comme un « covidien », blanc comme la face ventrale d’une limande et qui s’étale comme un œuf à la poêle sur le seul siège présent.
« Monsieur l’inspecteur je suppose ?
-Lui-même Theo Magret de…
-canard dit l’autre en pouffant de rire »
« Je viens car j’ai appris que l’enquête sur la jeune fille traine malgré les nombreuses investigations et en particulier l’exploration des puits alentours. Je me suis dit et j’en ai pas dormi de la nuit pendant cinq jours que, si meurtre il y a, pourquoi l’assassin ne serait-il pas venu jeter le corps dans mon puits ? Pourquoi pas ?
J’ai donc décidé d’utiliser ma pompe aspirante qui me sert au potager, pour vider le puits et en avoir le cœur net. Il m’a fallu beaucoup de temps. C’est mon père qui avait creusé de ses mains ce puits profond de plus de douze mètres.
J’ai failli y tomber moi-même dedans quand j’ai vu le corps d’une femme tout au fond. Une grosse pierre semblait aussi présente à ses côtés. J’ai arrêté la pompe, je me suis préparé tout tremblant et suis venu à grande vitesse. »
Théo Magret écoute, immobile, puis déploie subitement ses ombrelles auriculaires qui claquent comme les cymbales d’une cigale, laisse jaillir de ses yeux furtifs des jets de lueurs incandescentes, se lève d’un bond et rejoint ses collaborateurs.
Il revient après une bonne demi-heure et s’adresse à Isendrin :
« Vous êtes en état d’arrestation pour le meurtre de Justibelle B ».
SMP FIN
Questions : Qu’elle est le motif d’arrestation ?
Qu’est-il allé demander à ses collaborateurs ?
Si vous désirez connaitre la solution proposée, laissez un commentaire.
L’information tourne en boucle depuis une semaine. Il est impossible de l’esquiver sur quelque media que ce soit. Le corps de la nouvelle n’est pourtant pas très consistant. Le Président de la République a été menacé de mort dans un message anonyme reçu par le Directeur d’un grand journal national. Les grands experts scientifiques du pays ne sont pas arrivés à tirer le moindre indice de la myriade d’examens que le document a subi. Il faut dire que chaque lettre du message a été écrite avec une machine différente sur un papier d’une banalité à toute épreuve, il va s’en dire, sans la moindre trace d’empreinte. Tout le monde ne parle que de ça, et chacun y va de son interprétation ou de ses phantasmes. Les grands personnages de l’Etat sont dubitatifs et désemparés. Pas un seul expert n’est capable de concevoir le moindre scenario et encore moins une conduite à tenir plus ou moins logique. La police nationale est sur les dents et voit des suspects partout. Les arrestations préventives pullulent, les vérifications d’identités inutiles puisque sans substrat réel font flores. L’opposition s’indigne et s’offusque, en public tout au moins. Les journalistes sont tous à la recherche de faits solides pour étayer des hypothèses plausibles mais toujours sans consistance, aboutissant à des extravagances nocives.
Si ce papier est authentique, ce que personne n’ose affirmer, la première question qui se pose est de savoir si la menace vient d’un gouvernement, une organisation hostile à la France, d’un individu isolé, ou s’il s’agit tout bêtement d’un canular.
La situation est manifestement grave et sérieuse. La sécurité du Président a été surdimensionnée. Qu’il vienne de l’alimentation, de l’environnement immédiat ou plus lointain, de l’air ou de la terre, le danger est traqué à chaque seconde par les services de sécurité renforcée. Bien sûr il nécessite la participation de tout un chacun. La tension monte dans le pays. Les adeptes de la version canular invectivent les adeptes de la version dure qui demandent toujours plus dans la recherche d’une solution radicale. En cinq jours seulement, l’incertitude et la défiance sont à l’ origine d’un effondrement sans précédent de la Bourse de Paris qui bouscule à son tour les Bourses étrangères. Les mesures de sécurité sans limite entrainent une baisse de l’activité économique. Les trajets aériens sont les premiers touchés du fait des interminables contrôles de police qui dissuadent des touristes de moins en moins rassurés. Ils ne sont pourtant pas présidents de la république, mais la psychose s’installe peu à peu.
Devant la menace du chaos, le Président décide de prendre la parole: il se produira devant les caméras de télévision dans les tous prochains jours. De nombreux messages en provenance de l’Elysée ainsi que des centaines de tweets présidentiels appellent au calme et la sérénité: notre Premier de l’état ne craint aucune de ces balivernes.
Le discours du Président, simple et sobre, n’est d’aucun effet sur la rumeur de plus en plus tumultueuse qui circule dans le pays.
La plupart des Français sont persuadés que la menace vient d’un pays ennemi d’où le sentiment de gravité de la situation. Organiser un tel attentat est pratiquement inenvisageable de la part d’un particulier même bien équipé, eût-il quelques complices. Par contre, les moyens matériels et financiers d’un Etat sont à la hauteur du défi. Beaucoup rappellent l’empoisonnement récent d’une journaliste Russe qui périt d’une dose de produit radio actif que seul un pays pouvait se procurer.
Pendant les dix jours suivants, un calme relatif s’installe cependant sur le pays. On se demande même si la rumeur n’a pas été inventée de toute pièce pour détourner l’attention du peuple et laisser le champ libre aux législateurs ’’peu scrupuleux’’.
La bombe est réactivée subitement par un tweet Elyséen annonçant le décès brutal du Président dans des conditions inattendues. L’information s’étale instantanément à la une des journaux avec une telle célérité que sa vérification n’en est probablement pas obtenue ni même recherchée.
Les journalistes du monde entier ont intégré cette hypothèse dans leurs cerveaux depuis des semaines et acceptent donc la nouvelle sans la remettre en doute. Le choc a été de courte durée, mais sévère. Pas un quart d’heure ne s’est encore écoulé qu’un nouveau texto toujours en provenance de l’Elysée est aussitôt publié faisant état d’un piratage au plus haut sommet de Etat. Il dénonce la fausse information: le Président est bel et bien vivant et rien d’anormal n’est à signaler dans le Palais Présidentiel.
Cet événement improbable relance le débat sur la provenance du premier tweet et désigne définitivement sa provenance d’un pays ennemi. L’heure est grave. Le Président est effectivement en danger. Mais que faire de plus, le mettre dans une tour d’ivoire, même aux vitres renfoncées, serait un pléonasme!
Désormais, les responsables de la sécurité prennent conscience que le calme apparent de ces derniers jours a certainement été mis à profit par les ‘’complotistes’’ pour mettre leur plan à exécution. Oui, mais où, comment, avec qui et pourquoi? Faut-il annuler tous les déplacements du Président, ses discours, les inaugurations, et autres apparitions publiques. La décision vient de la présidence elle-même puisque rien ne sera changé au planning publié. Mr le Président reste stoïque et droit dans ses bottes.
Les différents événements qui suivent cette matinée mémorable se déroulent sans problème. Le service d’ordre et de sécurité est à peine plus fourni que de coutume. Notamment quand il faut passer au peigne fin chaque endroit où le président met les pieds.
Dix jours se sont écoulés paisiblement mais la tension semble, sans raison apparente exacerbée. Dix jours c’est le laps de temps qui s’est écoulé entre le premier et le deuxième tweet, alors….
Le onzième jour, le président se rend à TOULOUSE pour inaugurer une exposition de grande importance dans un palace local, suivi d’un repas fastueux. Il est bien entendu accompagné de ses ‘’gorilles’’, sommités et aréopage habituel et d’autres convives triés sur le volet. Parmi ces éminents personnages se trouve notre ami Le Dr Voattou, un proche du Président qui connait ses nombreux exploits passés (voir la ‘’dernière expérience’’ et ‘’la bio taupe’’).et son flair de fin limier.
Une fois la présentation faite et le discours finis, accueillis par des applaudissements fournis, un repas est servi dans la grande salle d’honneurs.
L’organisateur de cette manifestation a fait appel au plus renommé des restaurateurs de la région d’Occitanie, quant à la décoration de la salle elle est colorée mais dans un esprit plutôt sobre.
Le repas débute dans l’emphase mais au fur et à mesure de son déroulement l’ambiance se détend. Un brouhaha se renforce mollement. On pourrait parler d’une convivialité bon enfant. A voir l’enthousiasme des convives, le repas est bon. On l’avait promis léger mais raffiné. On approche du moment tant espéré du dessert. Par une incartade au protocole et peut être à la demande explicite du Président, les serveurs arrivent en groupe porteurs des desserts qu’ils disposent devant le Président. Il y a des plats multicolores, tartes et meringues, même la croustade typique du sud ouest et des gâteaux individuels pour assouvir les goûts de chacun.
La porte d’entrée du service s’ouvre pour laisser passer le chef cuisinier, heureux de venir se présenter à tous lorsqu’un bruit inhabituel se fait entendre un peu étouffé par le bruit ambiant. A la vitesse de l’éclair, une sorte de flammèche brillante gicle au dessus de la toque blanche du Chef. La réaction de la communauté n’est pas immédiate et même le service de sécurité pourtant sur ses gardes perd quelques secondes pour réagir. Ce qui semble être une flamme rugissante fait le tour de la pièce en passant à quelques mètres du président. Arrivée à sa hauteur on aurait pu ressentir une minime décélération de l’objet volant mais très vite, il repart pour un tour. Dans le même minime laps de temps, un garde de la sécurité avait dégainé son arme et tirait en direction du plafond sans aucune chance de le toucher tant sa vitesse est démesurée. Il aurait eu beaucoup plus de change de tuer une mouche posée sur une poutre. Le Dr Voattou comprend en une fraction de seconde le manège possible de cet engin.
Avant même que celui-ci ne revienne de son parcours, il empoigne fermement une tarte à la crème posée sur la table et entarte bien en son centre le visage du président qui n’avait encore pas eu le temps de réagir aux sollicitations multiples des gardes de la sécurité. Cette réaction plus que bizarre du Dr Voattou dans ces circonstances particulières ne fait rire personne. Le drone mortel évite de ce fait le Président et va se désintégrer exactement au milieu de son image officielle collée sur le mur derrière lui en créant un grand trou déchiqueté par les pales acérées de ses hélices.
Après un moment d’hébétude générale passé, chacun sort de son cauchemar insensé et tente de comprendre pourquoi quelqu’un s’est amusé à coller cette tarte au Président de la République alors qu’il était manifestement en danger de mort. La réprobation générale monte en puissance et les gendarmes s’apprêtent à jouer des menottes pour mettre le Dr Voattou en état d’arrestation immédiate.
Le médecin qui se sent en position délicate, et voulant devancer ses ennuis futurs, frappe plusieurs fois sur la table comme pour demander le silence et s’adresse au Président.
‘’Monsieur, je tiens à vous présenter toutes mes excuses pour ce geste inapproprié qui parait dérisoire devant la gravité de la situation. Je vous dois une explication qui sera je l’espère corroborée par les expertises. Soyons francs : ce mini drone grâce à ses hélices aiguisées comme des rasoirs était destiné à transformer votre tête en purée dans un état proche de celui dans lequel se trouve le mur. En pénétrant dans la pièce, son but était de reconnaitre votre image préalablement enregistrée dans son disque dur interne. Grâce à une application somme toute banale de reconnaissance faciale comme vous pouvez l’avoir dans votre téléphone portable, il vous a repéré à ce moment précis ou il a décéléré en passant devant vous. Il a décidé de refaire un tour pour valider son identification et prendre de la vitesse. Mais en arrivant sur vous le visage entarté n’a pas permis d’authentifier de nouveau son choix pendant que son programme interne a reconnu votre visage sur la photo officielle collée derrière vous et a changé de cap illico. Vous connaissez la suite.
Stupéfaite devant cette explication inédite, l’assistance marque un temps d’arrêt, le temps d’assimiler la nouvelle et de mesurer l’ampleur du drame qui vient d’être évité grâce à une simple tarte. Puis dans une joie non feinte, elle se lance dans une longue séance d’applaudissements nourris. Le président, les sourcils encore dégoulinants de crème, prend la main du Docteur et la serre avec reconnaissance et admiration.
Bonjour maman…non, ne te retourne pas, je suis là. Je te connais bien, tu ne me connais pas encore. Tu me contiens, je me blottis en toi. Je suis le bourgeon de fleur que tu cultives jour après jour. Huit mois que j’attends cet instant pour te parler. Écoute-moi, mets ton oreille sur ton ventre. Voilà, je sens un frémissement. J’ai des oreilles, mais je ne peux entendre. J’ai une bouche mais elle reste muette, j’ai des yeux mi-clos qui ne voient rien mais qui pleurent des larmes dissoutes quand tu es triste. Je perçois seulement les vibrations étouffées de ta voix douce, les ondes subtiles de tes caresses le soir, mais aussi les coups de tonnerre inexpliqués et parfois des ondes de choc épouvantables. J’imagine à l’ampleur de tes contractions musculaires la douleur qui nous attaque. Qui peut de la sorte dans ton monde ouvert, t’agresser si durement. Je suis triste. Je te promets maman chérie que j’aime déjà sans limite, que je te défendrai de tout mon être le jour venu. Je grandis vite tu sais. Tu me gaves tellement de sucs fortifiants. Entends-tu mon cœur rapide, là sous ton oreille bienveillante. Il est à toi et il veillera toujours sur toi. Après le dur voyage qui m’attends, personne plus ne pourra te blesser. Je pleurerai sans cesse si je ressens ta tristesse, je me couvrirai de boutons horribles pour te protéger en détournant l’attention, j’irai jusqu’à mourir pour toi maman chérie, je ne remangerai qu’au retour d’un amour serein.
Quand tu seras vieille et usée, je te porterai dans mes bras. Je te raconterai ça : si tes oreilles n’entendent plus, Je te conterai des paysages féeriques, si tes yeux ne voient plus, je baiserai tes mains ridées et tes joues vides et tu te remémoreras les ondes subtiles des caresses du passé.
01/09/2020. La dépêche que nous redoutions venait de tomber. Le quinzième confinement mondial avait été décrété à l’ instant sur toute la terre. Le SARS CoV avait de nouveau muté et des milliers de personnes décédèrent tous les jours sur la planète bleue. Plus personne ne devait mettre le pied hors de chez lui. La décision était drastique et irrévocable. Des drones armés militaires survolaient les régions à l’habitat dense et ne se contentaient pas de faire des sommations. Parfois on entendait des rafales de mitraillettes au loin. Notre petite colonie lunaire de terriens installée ici dans le pole SUD, car toujours un peu éclairé par le soleil rasant, sous nos bulles luminescentes, était à l’abri. Le dernier astronaute effectivement arrivé par la navette datait de 6 mois. La terre était à ce moment-là en standby, avec une agressivité virale contenue. Voici semble-t-il que le même scenario se reproduisit pour la 15eme fois depuis la célèbre pandémie mineure du début du Covid 19. Les choses avaient assez vite tourné en pandémie meurtrière et avaient obligé les dirigeants à devenir intransigeants. Nous étions regroupés en grappes. Notre développement local avait considérablement pris de l’ampleur avec l’installation d’une imprimante trois D capable de fabriquer une bulle transparente pour six personnes en quelques jours. La vie était agréable mais spartiate. Et pour nous la quarantaine était de mise. Nos divertissements en dehors des activités numériques étaient limités. Nous avions, et ce fut l’une des premières constructions, un terrain de sport conséquent en superficie mais au ciel trop bas. Une course soutenue en tenue de jogging nous projetait littéralement contre la voute de la bulle sans effort majeur. Nous étions tout de même équipés d’une combinaison spatiale moderne qui collait à la peau et laissait libres nos mouvements pour la sortie dans l’espace. Seule la tête était contenue dans une légère bulle transparente quasi imperceptible. L’autonomie était d’une demi-heure. Elle était bien suffisante pour aller rendre visite à notre maraicher récemment installé. Norio est un agriculteur un peu farfelu qui ne supportait plus la culture artificielle sur la planète mère et avait sollicité une activité lunaire qui avait été acceptée à notre grand étonnement. En seulement une quinzaine de pas bondissants comme on ne peut faire que sur le sol Sélène nous étions devant le sas d’entrée à l’orée de notre concession lunaire. Le spectacle était féerique. De longs filaments verts soutenant des myriades de tomates rouges descendaient du ciel en rangs serrés. La culture, fut elle artificielle, profitait du manque de pesanteur. Les plants avaient des hauteurs inconsidérées. Les piments, les aubergines les haricots étaient autant d’étoiles filantes. Même les pommes de terre montaient à leurs tours. Par contre, aucun arbre ne pouvait pousser dans cette serre. Peut-être dans le futur….. La vie s’écoulait assez sereinement et le retour sur la terre natale devait arriver incessamment. L’annonce de l’isolement avait fait surgir des sentiments refoulés et la communauté sombra dans un état de léthargie préjudiciable au bon fonctionnement communautaire. Il y eut même un accident impensable de deux piétons de l’espace qui s’étaient cogné la bulle céphalique au sommet d’un saut lunaire. Les systèmes automatiques de secours à six roues n’avaient pu récupérer qu’un « lunarien« . Le second a été éjecté faisant le premier décès d’accident de la circulation au sol. Chacun cogitait en regardant les images qui parvenaient de la terre. L’un pensait à sa famille prisonnière de sa maison, l’autre aux efforts vains qui avaient été accomplis depuis les années vingt pour combattre ce virus dont tout le monde se moquait à l’époque. Les images montraient le déploiement des myriades de drones sensés apporter la nourriture essentielle à la population. Il faut dire que lors de la dixième réplique du virus, il y eut une hécatombe non pas à cause du virus, mais simplement par le nombre élevé et concomitant de malades qui avaient mis à mal le système de distribution alimentaire par manque de bras. Le système de santé était complètement paralysé, alors que le virus était anodin mais symptomatique. Il avait été décidé alors, en confrontation mondiale, d’équiper chaque foyer de ce que chacun appelle un « pis aller ». Il s’agissait d’une sphère en verre double épaisseur équipée sur son pourtour de deux à six robinets, parfois des tétines. Un long tuyau rigide serti à son sommet montait à travers les plafonds et les toits pour se terminer à même le ciel à deux mètres du faîte de la maison. Le drone alimentaire faisait un ‘’sur place’’ au-dessus du tuyau et injectait dans la sphère un liquide nutritif de secours pour toute la population, le choix du parfum pouvait même se faire à l’aide d’une application ad hoc. C’est bien à un pis nourricier de vache que cette conception faisait penser !! Notre confinement à nous, dans la station, était choisi et accepté. La brièveté des séjours sélènes œuvrait en notre faveur. Sur la planète bleue, nos parents et amis, eux, désespéraient. L’efficacité d‘un vaccin était à chaque nouvel exemplaire remis en cause par les variations inopinées du virus. Nous passâmes quelques mois dans cette situation terne à déceler sur les écrans muraux branchés en direct sur la pandémie terrestre des signes d’espoir. Hélas, les indicateurs étaient tous au rouge foncé, le moral tendait vers le noir et l’économie dégringolait à vive allure. Nous en étions arrivé à nous demander s’il resterait assez de ressources humaines spécialisées pour assurer notre retour. Le tout automatique des derniers développements des transports planétaires mettait à mal notre sérénité. Des désordres sociaux, des manifestations violentes et les contestations paraissaient ne plus être contenues par les divers services d’ordre. Chaque jour la situation s’aggravait. Il fallait se rendre à l’évidence, le retour était sérieusement compromis et même redouté. De façon quasi simultanée le forum « Lune Aire Un » fit apparaitre sur nos plasmas le désir de nos concitoyens d’organiser une réunion générale afin de concocter un avenir commun viable jusqu’à la fin de la pandémie. Nul ne pensa un moment à la possibilité improbable d’un chaos terrestre incontrôlé. Et pourtant, la situation empirait sur Terre. Un jour nous reçûmes un «lunonef » automatique qui devait nous apporter une cargaison inespérée. Depuis longue date il avait été prévu d’envoyer des œufs couvés de poules ainsi que des jeunes cochons et un couple de mouton. Une bulle spéciale de hauteur limitée avait été construite et aménagée. L’approvisionnement des « lunautes » en protéines serait ainsi satisfait. Cette manne protéique inépuisable précipita la constitution d’un succédané de république autonome. Le territoire s’organisa et s’amplifia. Les interdictions contractuelles des relations sexuelles dans cette communauté initialement à but scientifique furent abolies. La Terre plongeait dans un marasme quasi total et oublia pratiquement ses colons lunaires. Eux progressaient au contraire, et une année n’était pas écoulée que naissait la première Evelune. Petit à petit, les œillades furtives orientées vers l’astre bleu s’estompèrent. Chacun rêvait d’obtenir une ‘’bulle-jardin’’ pour cultiver ses légumes et pourquoi pas quelques poules bien de chez nous disaient-ils. Quelques années ont passé, la terre essayait de remonter difficilement la pente et nous, bien installés dans nos bulles quasiment stériles nous vivions à l’abri des viroses et autres maladies ancestrales terriennes. Nous n’avions pas encore à déplorer des effets pervers des ondes et neutrinos solaires tant redoutés en son temps, la mortalité était quasi nulle. Je me remémore avec nostalgie mes vingt ans : La naissance de ce virus nouveau tant décrié dans l’univers entier.
JAMAIS ET PERSONNE à cette époque n’aurait seulement imaginé la naissance d’une première société extra-terrestre à partir des effets délétères d’un minuscule et bien inoffensif SARS CoV2.
Quatre-vingt-huit ans ! Mais jamais je n’aurais pensé y arriver. Je n’ai rien fait et me voilà entourée de vieux. Il y a bien trois ans que je suis là cernée de murs hauts, hauts, si hauts. Une angoisse me bouscule soudain : Et si j’avais oublié d’éteindre le gaz sous la soupière, comment savoir ? Un jour, j’ai retrouvé, comme ça, du charbon dur, dur, dur, très dur. Si quelqu’un pouvait m’entendre sans le crier, je serais tellement mieux en moi. On court autour de moi. Personne n’écoute, je ne parle pas. A mon âge, rien ne compte. Personne n’écoute. Je suis mal. Depuis le temps, peut-être il n ‘y a plus de gaz. Je suis sauvée. Mon cerveau se reconnecte à sa station préférée : je suis vieille à quoi bon.
« Eh bien Eléonore, vous me paraissez soucieuse ?
_ Ce n’est rien, ça va passer. » Je réponds du tac au tac sans y croire. Je sais que ça ne passera pas. Mon cerveau revient sur sa station préférée, comme à la radio quand on l’éteint. Je me suis préparée. La mort ne me gêne pas, je la souhaite même. Tout le personnel ici est comme il faut, mais, je ne suis pas chez moi. Je fais ce que je veux, mais je ne suis pas à la maison, ma maison. Mon brave Eloi, je voudrais te rejoindre, vite, vite, bien vite. J’avais raison de vouloir partir la première. Tiens, on nous sonne pour le déjeuner, je t’invite. Je me souviens de cette belle soirée d’été ou tu m’as enlevée dangereusement avec ton vieux Solex pouffant et qui a d’ailleurs fini ce soir-là sa vie chez Delfine…qu’elle soirée ! Qu’elle bouffe ! Quel fol amour après le dessert ! Tu ne viens pas, tu n’es jamais là, jamais là, jamais plus là. Le repas est bon mais triste. Ma voisine a tout recraché au travers de ses trois dents orphelines. Celle d’en face a tout mangé en même temps avec ses doigts. Les asperges dégoulinantes de yogourt aux cerises, la viande cuite à l’eau macérant dans la vinaigrette à asperges. Et c’était bon, bon, pour elle, parfaitement bon.
Horreur, il faut déjà retrouver sa chambre. Je la connais. Ça va aller, mais à droite ou à gauche, ici. Les trois autres sont parties à droite. C’est à droite.
Oui, je me souviens, il y a un éléphant sur ma porte. Où est la porte ? « Que faites-vous dans ce couloir Eléo ? Je vais vous accompagner de l’autre côté. » Mon éléphant est là. Je suis rassurée, j’arrive chez moi. Je suis fatiguée, fatiguée, énormément fatiguée. Me mettre au lit est un calvaire. Mais après revient le calme. C’est bien l’endroit où je suis bien, enfin si mon dos me laisse un moment tranquille. Je prends mes médicaments, j’éteins mon cerveau. C’est dur. Il résiste. Une image oubliée passe dans ma tête. Est-ce vrai ou faux. Voilà… ma fille doit venir me voir demain. Je m’endors aussitôt.
Une nuit courte, courte, trop courte. Des rêves mauvais, mauvais, mauvais. Impossibles de mettre mes souvenirs dans les bonnes cases. Tout est en désordre. Mes alvéoles sont vides. Je ne peux plus retrouver mes souvenirs. Ma fille, oui, ma fille, que fait-elle ? Ou se trouve cette case ? Mes mots reviennent si je trouve la première lettre. Essayons a…b…c…d…e…t…u…v…voir, ça y est ma fille vient me voir. Je suis heureuse…ouf … c’est vrai, la nuit ne me porte pas conseil. Le lendemain, je suis perdue, perdue…non. J’entends une voix familière. C’est elle. Mon cœur explose. Si ce n’était l’arthrose, je bondirais me blottir dans ses bras. J’aperçois ses yeux étincelants en perles précieuses, Je sens le frémissement de ses lèvres sur mes joues. Je me laisse dissoudre dans un bonheur rare. « Bonjour ma chérie ». Mes oreilles n’entendent plus. Mes yeux sont éteints. Ma peau est un parchemin endurci, Je reviens à la case départ. L’extase s’insinue dans mon corps. Seul ce cri ancien et primitif dans cette petite salle blanche réveille mon cerveau. Elle est là. C’est tout, c’est tout, c’est tout.
Mon cerveau s’est enfin déconnecté de sa station prisonnière. Je laisse défiler dans une vibration rapide le doux parcours depuis cette salle de vie blanche à cette autre, noire, où je vais devoir finir ma vie. Nora est là. Je sens cette onde impalpable qui me nourrit lorsqu’elle se rapproche. Cette même onde, inconnue, vibrait déjà de mon corps épuisé pour fortifier ma ‘’nouvelle-née’’ si fragile. Elle me parle. Je ne saisis que la musique de sa voix. Je récupère petit à petit ma paix intérieure.
« Maman, je dois te dire, tu vas avoir la visite d’un nouveau médecin traitant à qui j’ai demandé de passer te voir. Ton ‘’ancien’’ ne s’occupe pas assez de toi, je le vois bien1. » Oh non, je ne veux pas. C’est faux, faux, faux. Ma fille, qu’as-tu fait là. Ça ne te regarde pas. Je vais avoir honte, honte, terriblement honte. Je suis terrifiée. Mon confident de toujours ! Tu n’as pas le droit de faire ça ma fille. Non, non, non. Comment vais-je faire. Comment lui faire comprendre. Je suis complètement perdue. Je suis exténuée. Je le sens je vais pleurer. Va-t’en ma chérie va-t’en, vas t’en. Laisse-moi respirer…
Les jours passent et je suis déboussolée. Je sens ma tristesse. Je ne sais plus pourquoi. Je ne me reconnais plus. Que s’est-il passé ? Mon cerveau s‘est reconnecté à mon obsédante idée. Ah oui ma fille est venue et repartie alors que j’étais triste, triste, triste.
Le nouveau médecin n’est pas venu. Que faire ? Peut-être lui »sait-il » qu’il ne faut pas. Peut-être ne viendra-t-il jamais. Le feu de mon cerveau abimé est en enfer.
« C’est le jour de la grande toilette, Eléo, nous allons nous lever, et hop ! » Ah, il ne manquait plus que ça, et ma fatigue alors ? Cette grande gigue n’a jamais été vieille ça se voit. Elle va m’achever. Pourquoi je ne peux pas finir ma vie là, tout de suite….
« Un autre coup de peigne et tu seras la plus belle des résidentes Eléo, un peu de rouge aux ongles ? » Elle se moque de moi, comme toujours, mais elle est si gentille. Après ma fille, c’est ma préférée. « Aujourd’hui, sortie à la montagne après passage à la Grotte2. » Oh non je ne veux pas. Je suis ‘’crevée’’. Comment le dire ? Je ne veux pas revivre le PUY DU FOUoù mes enfants m’ont forcée à aller l’an dernier, pour me faire plaisir disaient-ils. Ils ont eu plaisir, moi pas. Mais ils étaient heureux. Ils ont fait beaucoup de bruit, beaucoup chanté dans l’auto. Ils ont percé mon tympan ! Je riais en réponse. Ils ont beaucoup marché et moi aussi. Ils ont abimé mes articulations ! Je souriais en retour. Ils ont beaucoup mangé dans ce restaurant à Garbure et je l’aime aussi. Ils ont explosé mon estomac. Je m’extasiais sans plaisir. Ils n’ont pas compris que les yeux des jeunes ne voient pas comme les yeux des vieux.
Je suis revenu à l’Ehpad, heureuse mais triste.
1° Cette consternante attitude n’est pas exceptionnelle et se rapproche beaucoup de la maltraitance à la personne âgée, tant elle contrarie le libre arbitre d’un être humain encore en pleine conscience. Un choix extérieur, sans être parlé, imposé reste inconcevable. Tant bien même découle-t-il d’une bonne intention, il doit être combattu. J’ai refusé à plusieurs reprises dans ma carrière professionnelle ce subterfuge à des fins purement personnelles des enfants demandeurs. Dans l’autre sens, une dizaine de personnes âgées fidèles sont venues implorer mon pardon les yeux mouillés de tristesse. » Je ne peux pas faire autrement, Docteur!». Parfois, c’est la voisine qui se fait la porte-parole de cet outrage, et me conter le désarroi et le regret immense suite à cette rupture forcée, cet accroc grave à une relation de toute une vie.
2° De même, balayez vite cet espoir que nous avons tous de faire plaisir à nos vieux parents en les invitant avec insistance à visiter la plus belle abbaye cistercienne à trois cent km de là, et pourquoi pas descendre les eaux claires et froides des canyons aragonais en plongeant tous nus dans les vasques accueillantes. Non, ni l’un ni l’autre. Essayons, avant tout, de nous transposer dans ces corps très usés que nous continuons toujours à idéaliser. Demandons leurs avis sans contrainte, subliminale certes, et tenons nous en à ce que nous pourrions ressentir comme un choix libre et réel.
C’est vrai, je suis minuscule. Je serais un semblant de reliquat de génome ridicule. Un petit chromosome même pas capable de me faire me déplacer. Je profite des autres qui me transportent de ci de là au hasard des rencontres. Parfois mes logeurs, négligeant mon pouvoir de destruction malgré ma taille, se font un plaisir d’outre passer les barrières qu’ils m’ont imposées eux même. L’autre soir je me suis invité, transporté gratis par un convive écervelé, au mariage bien achalandé dans unesalle bondée. Ce fut une joie pour moi, je sautais de l’un à l’autre sans difficulté aucune au rythme effréné de la musique. Pas d’obstacle de papier ou de tissus. Les portes narinaires bien ouvertes, les langues déliées, les vieux, les jeunes, je me suis délecté. J’avais peur, je croyais que tous ces gens avec des gros chromosomes et des grosses têtes étaient plus intelligents que moi … que nenni. Des brutes épaisses, des têtes-de-mules inconséquentes, des « augroszizi » imbus de leurs nullités, voilà tout ce que je préfère. J’étais gâté. J’ai pu prospérer. L’expansion de mon royaume est fulminante. Je passe inaperçu. Ni vu ni connu. Il faut dire qu’avec ma taille extra sexy, je m’insinue partout. ‘’60 nanomètres’’, je devrais être dans toutes les revues féminines et le top modèle du moment. Rien ne m’arrête, même pas les filtres, je me glisse dans les moindres interstices. Je me régale. Quand ça ne va plus, que le moral est en baisse, je me tortille, change quelq7ues bases de mon ARN et ça repart. Même Einstein en perdrait son latin. Je me trouve malin dans mon genre. Les plus grands de ce monde sont à ma merci. Mr Trump s’est peut-être servi de ma notoriété pour se revigorer. Si c’était le cas ma vengeance sera terrible. Toute la planète que je fréquente assidûment est à mes trousses. Ils veulent me vaincre avec un simulacre de vaccin fait à la va-vite….Attention. N’oubliez pas mon extrême plasticité.
Si j’ai un conseil à vous donner : »Planquez-vous. »