Le matelas

Le  matelas.

08/07/2020

             Marthe et Marcel  sont nés dans ce  village, il y a 160 ans ….à eux deux. Il est typique de la Lomagne. Pourvu d’un château plus ou moins fort, il s’accroche sur un rocher escarpé, aujourd’hui  soumis au feu d’un soleil  torride de plein été. Nos deux anciens, paisiblement au repos derrière l’unique table en pierre du village, échangent rarement quelques mots peut être même en patois local. Peut-être n’ont-ils plus rien à se dire. Surgissant d’on ne sait où,  une fourgonnette  de couleur incertaine, les portes décorées de lourdes plaques de goudron dégoulinant et les ailes grignotées par une rouille tenace se gare sans vergogne au plus près de leurs pieds. D’un bond de tigre, deux silhouettes d’un âge moyen, aux larges épaules et aux fines moustaches sont déjà en pleine conversation avec  notre vieux couple. La discussion va bon train. La parole autant rodée que les soupapes du camion passe rapidement d’une fine moustache à l’autre. Les éclats de rire,  les palabres usées, des signes d’amitiés bien trop précoces, les murmures de connivence, les longues poignées de main augurent bien  d’un marché conclu et d’une bonne affaire….. Mais pour qui ?

           Ils reçoivent leur achat secret  quelques mois plus tard. On leur installe la chose dans la chambre. Ils avaient hâte de pouvoir reposer leurs carcasses douloureuses sur ce magnifique matelas à mémoire de forme payé à prix d’or. Il est censé effacer rapidement ces vieilles plaintes qui tous les matins au démarrage bloquent leur lombes arthrosiques. L’hiver arrive si vite et son attaque est justement centrée sur cette colonne.

         Il faut dire qu’après quelques semaines d’acclimatation, la forme liée à la mémoire de forme prend forme. Les douleurs matutinales, sans disparaitre, se dissolvent petit à petit dans l’ambiance douloureuse générale beaucoup plus supportable.

« Cadeau chèrement payé dit un jour Marcel, mais on le mérite bien, non ? » Hochement vertical de tête de Marthe qui n’en dit pas plus.

         Des mois passent  et le super matelas devient un objet culte, les nuits s’adoucissent, les réveils sont presque enchanteurs.

Avant Noel, le téléphone  résonne dans la masure. L’homme à la fine moustache, désespéré, fait part aux octogénaires  qu’un vice a été détecté dans certains matelas qui pourrait devenir délétère.  Il faut absolument une vérification in situ. Un rendez-vous est donc pris.

         A leur arrivée, les deux complices aux fines moustaches, équipés d’une longue mallette  débarquent dans la chambre connue. Ils éventrent à coup de machette le douillet matelas à la recherche de quelque improbable ‘’Alien  retardé ‘’. Que Nenni. RIEN

        Il ne reste plus qu’à racheter un autre matelas qui était, par hasard, en attente dans le fourgon.

       Comment expliquer cette minable aventure à ses enfants ? Comment garder la tête haute au crépuscule d’une vie exemplaire passée à les mettre en garde sur les dangers de la vie.   smp

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