Femme et secret

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Secret et femme.

La femme en pleurs qui est devant moi, est recouverte d’ecchymoses multiples, sur les bras, les cuisses, le thorax de couleurs différentes témoignant de leurs distributions dans le temps. Les bleus fraichement constitués vont se dégrader progressivement en virant au vert, au  jaune et brun en quelques jours. On dit que cette évolution des couleurs suit celle du stade de la biligénie locale (bleu-violet, vert-jaune puis brun). Plus grave encore, le dos de sa main dessine une courbe peu orthodoxe signe de fracture sous-jacente. Je redoute et elle me confirme  la violence de son mari qui est bien l’auteur de ce feu d’artifice. Je fais part de mon étonnement  et me permets de  dire :

« Pourquoi restez-vous avec cet homme dangereux ? Il y a des moyens pour vous en éloigner.

– Il n’est violent que lorsqu’il est saoul, le reste du temps  il est charmant et je l’aime. »

Ce dernier argument a clos la discussion et nous avons traité banalement les conséquences. Je l’ai vue à plusieurs reprises par la suite dans cet état journellement renouvelé.

Est venu un jour ou elle se re-présente à moi  les yeux rouges, la douleur creusant tous ses traits, le visage blême. Je ne sais que dire…c’est elle qui  commence :

« Voici quelques jours, un matin, j’ai retrouvé mon mari mort auprès de moi. »

Je n’ai pu retenir ma langue qui était contenue depuis des  années :

« Ça peut aussi représenter une certaine libération pour vous ! »

-Ne dites pas ça, je l’aimais ! »

Quelques mois plus tard, elle revient avec le même ‘’look’’ qu’au début,  dans tous les stades de la biligénie locale, comme une mosaïque ancienne.

« Mon Dieu, mais votre mari aurait-il ressuscité ?

– J’ai retrouvé un autre copain, et je l’aime. »

                Cette HISTOIRE s’est passée bien avant  les récents problèmes de femmes battues, de contexte « me too » et surtout avant  la dernière loi portant sur  la dérogation au secret médical qui donne obligation au médecin qui reçoit une femme battue de dénoncer ce fait à la justice. …Loi n°2020-936 du 30/07/2020 visant à protéger les victimes  de violences conjugales…

       Le texte autorise un médecin – ou tout autre professionnel de santé – à déroger au secret professionnel à deux conditions : s’il « estime en conscience » que les violences constatées sur son ou sa patient(e) constituent un « danger vital imminent » et s’il juge qu’il y a situation d’emprise.

       Le praticien pourra alors signaler les faits au Procureur. Cependant, sur cette question, l’ordre des médecins a été entendu :  »il n’y aura aucune obligation. En outre, le praticien devra, à chaque fois, « s’efforcer d’obtenir l’accord de la victime ». S’il n’y parvient pas, il devra alors « l’informer » du signalement fait au procureur. !!!! (sic)

Cette loi pose tout de même un problème :

  • Si la femme blessée physiquement ou moralement  exprime la moindre pensée de violence en provenance de son mari, le médecin doit quasiment dénoncer le fait au Procureur de la République quelle que soit l’importance du traumatisme.
  • Dans le cas relaté, cela va à l’encontre du souhait de la femme et peut être de son intérêt. La femme doit être au courant de cette nouvelle disposition législative et faire très attention à ce qu’elle va divulguer à son médecin. C‘est à l’opposé d’une médecine classique et du serment d’Hippocrate. La relation de confiance est cassée entre le thérapeute et le patient. Des mauvaises interprétations des pathologies pourraient  engendrer des anomalies thérapeutiques de ce fait.

L’exercice s’en trouve compliqué.

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