CUBA/1

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Voilà six heures que nous avons enfin quitté le tarmac quasi gelé de l’aéroport de PARIS. L’ouverture de la porte de l’avion sur celui de la HAVANE jette sur nous un « blast » de cocktail Molotov. Les poumons se sont ratatinés pendant le trajet dans la cabine, c’est sûr. Essoufflés dès la première minute, nous descendons la rampe de l’avion en surchauffe, traversons en sautillant comme des fakirs sur des braises le sol au ciment porté à blanc pour rejoindre les douanes aux formalités interminables. Enfin nous rejoignons notre voiture de location. Un modèle unique surclassé d’un ‘’rouge éclatant’’ nous attend. Son profil aérodynamique de sportive nous surprend. Nos souvenirs d’un précèdent voyage ne laissait présager que des ennuis futurs. Absolument pas adaptée aux ersatz de routes cubaines. Nous apprécions cependant la climatisation efficace et rare.
Nous roulons vers les plages sublimes du nord, un sorbet ou même un coca serait bien venu sous ce soleil ardent. Le premier village nous offre dès l’arrivée son plus bel attrait : un antique café multicolore, bien sûr vide en ce début d’après-midi. Merveille, il était ouvert et calme. Un grand escogriffe habillé en gentlemen semblait nous attendre adossé à la vitrine du bar.
Il s’essaya à un large sourire à notre entrée. Derrière le comptoir, un homme courbé essuyait probablement le même verre depuis le matin, l’air bougon. Une grande salle ouvrait sur un patio de verre qui exposait un jardin paradisiaque. Le bougon sympathique nous servit rapidement les breuvages attendus, nos corps se laissèrent imprégner petit à petit de l’ambiance apaisante quand tout à coup et venant de nulle part déboula de la jungle paradisiaque une harde de chanteurs, danseurs, et jongleurs bariolés. Le niveau sonore de la musique explosa d’une sensuelle salsa locale. La surprise passée, nous nous rendîmes compte que ce spectacle nous était offert personnellement. Peut-être que la belle ‘’voiture rouge éclatant’’ avait vite fait de réveiller toute la communauté active du pays !!! Il est à noter la qualité remarquable de ce groupe local. Les chanteurs et la danseuse bien synchrones, les pirouettes étonnantes et la dance étaient évidemment parfaits. Ce jour-là je m’étais promis… une promesse que je n’ai pas tenue : apprendre la salsa.
Le grand escogriffe déjà prêt au spectacle ne cessa de faire virevolter un lot de cartes avec une dextérité impressionnante. Il paraissait enveloppé d’une multitude de cartes qui voltigeaient autour de lui comme une nuée de moustiques sans qu’il n’en échappa une seule depuis notre arrivée.
Notre petit spectacle terminé et récompensé par un petit billet et l’achat d’un disque, il ne put tenir bien longtemps et s’approcha pour nous épater, et il nous épata. Il était un prestidigitateur chevronné. C’était tellement invraisemblable qu’il me vint l’idée de sortir ma caméra et d’enregistrer ses facéties. La salle avait recouvré son calme, il termina sa prestation en échange de quelques remerciements et pièces. Il reprit sa place adossé au bar et continua ses exercices de virevoltes. Nous étions détendus et enchantés. L’escogriffe ne bougeait pas. Lentement nous vidâmes nos verres. L’escogriffe piétinait sur place. Nous payâmes nos consommations au bougon maintenant déridé lorsque l’escogriffe s’approcha à nouveau de nous, l’air aigri. Il s’approcha de ma femme et lui demanda sa main. Il remonta la manche du chemisier léger qu’elle portait et remis à sa place la montre de valeur qu’il lui avait subtilisée lors de sa prestation. Passé le moment des étonnements et devant son comportement inexplicable dans cette situation, nous nous sommes abaissés à lui offrir un billet bien plus gros que la pièce déjà offerte en remerciement de son chapardage avorté.
Nous quittâmes ce café mémorable en bonne humeur mais avec un arrière-goût amer en pensant que l’effet ‘’voiture rouge éclatant’’ commençait juste à opérer. Et il en sera ainsi.
Addendum : Dans ces années deux mille, Cuba, dirigé en main de fer par Fidel Castro, appelé parfois « barba truco » par le peuple soumis, faisait partie des états pauvres et même pas en voie de développement. La population pauvre vivait chichement et profitait le plus possible de la manne que représentait les quelques touristes qui évitaient les ghettos luxueux nationaux ou atterrissait la plupart des touristes. Les cubains développaient toutes les astuces les plus extraordinaires pour soutirer quelques dollars bienvenus. Cependant, très surveillés par le quadrillage communautaire local, il ne fallait pas se faire prendre sous peine de sanctions majeures. Les touristes, eux, ne se rendaient pas compte souvent de la supercherie (je vous en raconterai une, plus tard) ou bien, bons joueurs ils acceptaient de se laisser délester de quelques dollars représentant une grosse valeur pour les autochtones. Un ouvrier touchait à l’époque l’équivalent de 5 dollars américains par MOIS alors que la moindre bière payée par le touriste était de 1 dollar.
Alors, pourquoi le grand escogriffe est-il venu rendre la montre à mon épouse ?
La réponse m’a sauté aux yeux quelques mois plus tard après le retour du voyage.
En visionnant le film tourné dans le bar lors de son exhibition montre très bien la manipulation de subtilisation de la montre et IL LE SAVAIT.
Le risque était trop grand sur l’ile de CUBA.
Critiques.
Je viens d’écrire ce souvenir. Il est resté vingt ans au fin fond de ma mémoire où il s’est élaboré, modifié et patiné comme un bon fromage dans une cave. Tel le lait d’origine se transmute lentement sous l’effet des enzymes ; chymosine , lactases, diastases qui modifient les ingrédients, mes souvenirs lointains ont subi les affres d’une ‘’mémoirase’’ perturbatrice.
La reprise de film que je n’avais pas revisité depuis l’année 2004 montre des déficiences et des inexactitudes dans mon récit.
- La voiture était bien rouge, peut-être pas éclatante.
- Le café était un restaurant de la Havane bien connu et fréquenté. Peu de clients ce jour-là à cette heure-là.
- L’escogriffe prestidigitateur à bien existé et a bien subtilisé la montre, mais a rendu l’objet dans la foulée certes en pointant du doigt mon appareil, ce qui a induit peut être par la suite une interprétation tendancieuse.
- Le groupe de musicien et la danseuse parfaits :
- ‘’groupe Navarra’’
….



fffffffff
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