« Bonjour Monsieur,
_ Bonjour Mademoiselle. »
Je descends lentement la rue qui conduit au centre de la ville. Quelques passants déambulent mollement. De nombreuses jeunes femmes seules rejoignent leurs familles au sortir des magasins où elles travaillent. Celle qui vient de me saluer, moi, l’homme seul, encore jeune, m’apparait soudain comme originale. La dizaine d’autres que je viens de croiser fait profil bas. Le téléphone portable n’a encore pas pris la place exagérée qu’il connaitra deux décennies plus tard. L’une détourne son regard du coté inintéressant des murs enfumés des édifices alignés, de façon volontaire, l’autre manipule fébrilement l’extérieur de son sac à main tout aussi inutilement afin de n’avoir pas à croiser mon regard. Une autre me frôle, rigide, en fixant sans expression le but à atteindre. Si j’initie le bonjour, pour voir, je n’obtiens aucune réponse. J’essaie de rendre ma voix plus grave, la plus inexpressive de peur de choquer mais obtiens le même résultat. Ma petite expérience du moment, je la renouvelle plusieurs jours d’affilés. Il faut que je me plie à l’évidence : Ce n’est pas une bougonnerie de la gent féminine, mais quasi sûrement le fruit d’une éducation voulue. Cette idée est à creuser. D’où vient cette attitude stéréotypée, comment s’est-elle propagée et quelle en est la finalité.
A la réflexion, il ne semble nullement besoin de faire des recherches profondes dans des archives poussiéreuses pour désigner banalement les mamans comme ‘’transmetteuses’’ de cette pratique ancestrale.
Mais n’y a-t-il pas là une faille éducationnelle ?
Si on se réfère aux études éthologiques qui théorisent le comportement animal (et en miroir peut être humain), la pratique peut engendrer des phénomènes étranges et contraires aux buts recherchés. Effectivement, un regard fuyant ou orienté vers le sol peut être interprété comme signe de soumission. Dans ce cas, la moindre rencontre fortuite homme / femme perturbe d’emblée la relation d’égalité naturelle attendue. La petite fille qui a toujours entendu rabâcher (pour son bien évidemment) sa mère mais surtout sa grand-mère, qu’il ne FALLAIT pas soutenir le regard des garçons de passages, s’offrira d’emblée comme vis-à-vis faible. L’homme qui se doit d’être dominant (cette supériorité est induite par l’erreur de laisser croire que la femme est soumise) est ainsi encouragé à décupler son désir de puissance fictive. Il faut évidemment tempérer cette assertion lorsqu’on assiste, à vrai dire, au peu de persévérance manifestée par la majorité des hommes. Cependant, ne serait-il pas plus judicieux d’éduquer nos fille jeunes à présenter un regard ferme et convainquant au prime abord, dénué de sentiment de peur et de soumission. Une étude de « socio-comportementologie » serait bienvenue.
Cette réflexion m’est apparue évidente lorsque, maintenant arrivé à un âge mûr, j‘intercepte tout au long de mes promenades des bonjours et des bonsoirs plus fréquents. Je peux admirer, de face, les belles frimousses des filles qui détournaient le regard jadis lorsque je représentais sûrement pour elles un danger potentiel.
Il faut que les filles affirment leur statut d’égalité dès le premier instant, aux hommes qui ont une représentation faussée de la valeur de la femme altérée pas des attitudes de soumission dictée à tort depuis des siècles par des grand-mères soucieuses.
Ceci implique une éducation spécifique dès la petite enfance.
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