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LA BIO TAUPE 2017
La lune est pleine. Elle emplit de son éclat de mercure l’éther calme qui baigne nos solitudes. Près de nous, des ombres laineuses se meuvent lentement, d’un mouvement brownien, dans la prairie d’altitude. Aucun murmure; Pas une once de bruit ne s’aventure si haut dans les pâturages sommitaux. Dans le lointain, des masses évanescentes et menaçantes nous côtoient et tentent de nous écraser de leur légère présence. Des parfums humides remontent de la terre réchauffée par la chaleur du jour finissant. Le petit Loïc trône près de son grand-père comme statufié, assis sur une auge de granit gris. Le regard fixé à contempler cet astre mystérieux qui l’hypnotise. De quelles images son cerveau est-il envahi à ce moment précis ? Depuis son arrivée tardive par le dernier train à vapeur venant de la grand’ ville et après deux heures de marche sur les pistes caillouteuses menant à la bergerie, il est solidifié sur son piédestal minéral.
« Dis donc, grand père, raconte-moi une autre histoire de lune, pas celle de la dernière fois. Pas celle qui a reçu une fusée au beau milieu de l’œil comme sur le dessin. »
Il avait soudain quitté son attitude bouddhique pour se laisser entrainer à la pensée des histoires magiques, cent fois renouvelées, distillées par son grand-père à chaque séjour montagnard. Il dégustait avec délectation ces récits fantastiques que le grand-père inventait in situ. Sa voix grave et monocorde faisait résonner les fibres poétiques encore enfantines de Loïc. Parfois, dans la nuit noire il s’endormait avant que les sirènes n’engloutissent les héros de l’Antiquité. Jamais il ne baillait d’ennui tant les contes étaient ajustés à sa sensibilité par un grand père attentif et sensible. Ulysse n’avait plus de secret pour lui et les dieux belliqueux de l’Olympe ne l’émouvaient pas davantage.
« D’abord, nous allons manger puis je te raconterai l’histoire vraie, notre histoire, celle de la LUNE ROUSSE. Cette nuit, vois-tu, cette ardente boule que tu regardais tout à l’heure va se transformer, se laisser grignoter par l’ombre de la terre et s’éteindre petit à petit puis se colorer de rouge comme un œil qui vient de pleurer. Je ne t’en dis pas plus, allons diner. »
Loïc n’avait pas remarqué, dans son état second, le fumet subtil qui taquinait ses narines. Il le connaissait pourtant. C’était son plat favori. Celui de ses Pyrénées chéries. Celui des contes et des rêves improbables sous des cieux sereins. C’est le mélange savant du chou et des légumes, des légumes et de la pointe d’échine du porc local longuement mijotés dans la grosse marmite ventrue sur les braises, là, entre les pierres. C’est la GARBURE de grand père, celle qui ne ressemble à nulle autre dans la contrée. Il courut vers le troupeau qui s’agitait encore pour trouver le meilleur confort pour la nuit et revint rapidement en arrière, les muscles et les tendons maintenant délassés. Il pénétra dans la toue à la basse porte d’entrée pour s’immerger dans cette atmosphère enfumée de l’unique espace chichement habitable. Dans un coin, la grosse boule culottée encore léchée par de maigres flammèches qui montaient vers un plafond ouvert sur le firmament, reposait contre un mur de pierres crues. La fumée hésitait à sortir par cette brèche céleste tout de même attirante. La partie récalcitrante parfumait, peut-être trop, l’espace cuisine-lit de ce lieu de silence. On se demandait en entrant dans ce logis misérable si la table centrale n’était pas arrivée, à l’improviste, lors de la dernière avalanche de l’hiver. C’était un bloc de granit à mille facettes dont le plateau supérieur paraissait quasiment lisse. Le lit de bois, de mousse recouvert, poussait à la paresse. Il paraissait propice au délassement et en possédait tous les atours.
Ils s’attablèrent autour du granit éternel et Ptolemy le papy servit à chacun une louche démesurée au contenu hétéroclite mais porteur d’une énergie colossale. Elle permettrait d’affronter le récit effrayant qu’il lui fallait composer. Jamais le grand père n’avait osé exposer ce qu’il savait, les atermoiements et les errances que la situation cataclysmique du monde passé avait engendré. Un monde pas bien lointain et pourtant si éloigné. Cette nuit de lune rousse dans un ciel de cristal se prêtait bien au récit qui lui trottait dans la tête. Loïc paraissait en âge de comprendre pourquoi le monde entier avait basculé dans l’horreur de l’anéantissement ce soir-là.
Ils s’assirent contre le mur de pierres sèches encore tiède malgré l’heure tardive, à même le sol, et s’attardèrent à contempler, sans mot dire, le firmament étoilé. Ptolemy interrompit le silence et d’une voix la plus grave possible il ouvrit son carnet intérieur à la page de la préface :
« Il y a bien longtemps, tu n’étais pas encore né bien sûr, par une nuit semblable à celle-ci, la terre a subi un choc terrible, une attaque brutale et inattendue par une force inconnue, provoquant en quelques jours seulement, la disparition de millions de personnes de par le monde. »
L’histoire commençait comme il l’aimait. Loïc eut un frisson. Etait-il lié à la peur ou au froid ? Peu importe, le dé était lancé. Ptolemy continua. Mais il n’en était qu’au préambule. Il se permit donc de présenter rapidement à Loïc l’image du monde d’alors.
« En ce début de millénaire, il y avait des habitants nombreux sur toute la terre, mais on pouvait distinguer, en considérant la situation grossièrement, deux groupes de population : le groupe des riches, dirons-nous, et le groupe des pauvres. Le premier vivait avec des moyens mirifiques qui n’existent plus aujourd’hui et plutôt dans l’hémisphère nord et les zones pétrolifères, et l’autre groupe, plutôt dans les zones équatoriales ou arides avec de moyens faibles et parfois rudimentaires comme aujourd’hui.
_ Mais grand père, qu’est ce qu’ils avaient les riches ?
_ Bien vois-tu, les progrès de la science avait permis d’inventer des machines extra ordinaires qui avaient permis aux hommes d’atteindre la Lune, oui, la lune que tu vois là, et bien, tes ancêtres y sont allés avec une fusée. Je t’ai déjà parlé. Ils ont inventé des systèmes pour transporter les images qu’on pouvait voir à l’autre bout du monde : Le vieil appareil plat et noir qui moisit dans ta cave, chez toi, recouvert de toiles d’araignées permettait de voir des images colorées et vivantes : La télévision. Elle apportait à chacun du divertissement, de la connaissance. Plus tard un système encore plus performant, qui s’appelait internet, et qui mettait en relation tous les hommes de la planète, a envahi celle-ci. J’ai vécu ce temps merveilleux. Ce soir d’éclipse de lune où tout a basculé, je m’étais levé à trois heures du matin pour voir disparaître l’éclat de la lune qui laissait place au disque rougeâtre. La même chose va se renouveler ce soir après 18 ans d’attente. Je suivais aussi les images en direct sur un écran qu’on appelait une tablette. Tout ceci a disparu. Il nous reste heureusement, le poste de TSF qui avait été inventé au début de l’autre siècle et qui fonctionne toujours. Les gens voyageaient dans des avions supersoniques très rapides sans commune mesure avec ceux qui ont perduré, les voitures roulaient par millions sur nos routes plaines, la santé avait fait des progrès inouïs, on changeait des cœurs et même des chirurgiens avaient prédit qu’ils seraient capables d’inter-changer des têtes. Les villes étaient belles dans le ‘’groupe des gens riches’’, propres, les infections rares grâce à des systèmes développés d’assainissement des eaux usées qui s’écoulaient dans des réseaux tentaculaires. Tout le monde mangeait à sa faim. La situation était diamétralement opposée dans le ‘’groupe des pauvres’’ souvent appelé monde en voie de développement laissé souvent à l’abandon. On avait côtoyé les banlieues des constellations lointaines avec des télescopes gigantesques. L’informatique était rentrée dans toutes les maisons, on pouvait discuter tout en se voyant avec un correspondant à l’autre bout du globe. La seule chose qui posait vraiment problème, et il était majeur, était la pollution qui devenait de plus en plus prégnante. Tout était tellement beau. Subrepticement s’était installé un empoisonnement progressif de l’environnement. L’air commençait à devenir irrespirable dans les grandes villes à cause des rejets dans l’atmosphère des poisons issus du fonctionnement de toutes ces machines. Les eaux, les aliments, les fruits et même les animaux se détérioraient. C’était le commencement d’un avenir peu raisonnable. »
Là, Ptolemy s’interrompit. Il n’était pas sûr que son petit-fils se rende compte du degré avancé d’évolution de la civilisation. Cependant cette décennie pré-cataclysmique se dégradait inexorablement camouflant à peine l’horreur ébauchée par une pollution sournoise. Elle préparait pour les terriens un avenir incertain. Il lui parla longuement des beautés de la nature, des voyages, des livres superbes que Loïc avait vus dans la grande bibliothèque, les myriades de jeux électroniques dont il possédait un exemplaire peut-être encore fonctionnel. Les questions de Loïc fusèrent ensuite et la nuit s’obscurcit tellement que ses paupières se fermèrent. Le grand père le transporta sur le lit des rêves et revint admirer la lune à moitié occultée. Son esprit au calme maintenant cherchait la suite de l’histoire. Il devait éviter d’inquiéter cet enfant fragile. Sa famille l’avait toujours éloigné des récits terrifiants parlant de ce chambardement passé. Il rejoignit son lit dans la pénombre soudaine, heureux d’avoir enfin initié son histoire, l’histoire commune à toute l’Humanité.
Il reprit son récit juste après le souper le lendemain alors que le ciel se chargeait progressivement de pesants nuages prêts à se soulager subitement. La température restait accrochée à des limites stratosphériques.
« Le lendemain matin de cette nuit d’éclipse, dès l’aube douce, tous les moyens de communication mondiaux débutèrent par une édition spéciale, interrompant toutes les émissions programmées: CBS NEW ouvrit avec « Ebridgement », en France le MONDE chamboula sa Une : « Attaque des Extras ? », La STAMPA écrivit : « epidemia globale ? », La PRAVDA : « непонимание », même la Chine calligraphia : « 麻木 ». Les ordinateurs croulèrent sous l’afflux des dépêches du monde. La première éditée, très tôt après la réapparition de l’éclat sélène, arrivait des Etas Unis et tout particulièrement d’Atlanta où on déplorait la mort abrupte du Directeur du CDC.
_ Qu’est-ce que c’est ça, le CDC ? demanda Loïc.
_Le ‘’Centers for Deseases Control’’ est le plus grand centre mondial de contrôle du développement des maladies infectieuses. Il est situé à Atlanta, en Géorgie d’Amérique. Le texte ne disait rien sur les conditions mais parlait de son écroulement subit devant son pupitre lors d’une conférence sur le développement enfin circonscrit de l’épidémie d’Ebola en Afrique. Suivirent très vite dans la matinée des dépêches très similaires dans leurs transcriptions en provenance de Paris, Berlin, Madrid, Rome, mais aussi Moscou, Pékin ou Melbourne. A Paris, ce fut le directeur de l’Institut Pasteur qui s’effondra au pied de son Université. Puis très vite cette épidémie soudaine poursuivit son ravage dans toutes les classes de la société sans oublier les politiques : écroulement du premier ministre de Grande Bretagne, le bras droit de la Chancelière en Allemagne ‘’chancela’’ devant son petit déjeuner. En France nous avons perdu le ministre de la Santé dans ces mêmes conditions. La liste était longue. Déjà le soir même on déplorait la disparition de plus de cinq cents personnalités de par le monde, sans la moindre idée de la cause. Pendant les jours de terreur qui suivirent, les décès inexpliqués par milliers touchaient toutes les couches de la société dans le Monde entier. Si rien n’est fait, toute l’humanité aura disparu dans les mois à venir : C’était le sentiment de chacun. Une telle panique se développa que les décès liés à ce qu’on commençait à appeler ‘’mal rouste’’, évoquant peut être la violence et la rapidité, et même certains se risquaient à : ‘’peste lunaire’’, s’additionnaient aux morts par suicides ou réactions incontrôlées. Les églises tellement désertées alors voyaient leurs bancs craquer à nouveau sous le poids de la peur, les gens se méfiaient de leurs voisins. Chacun ressortit de derrière les piles d’assiettes des buffets, les boites de masques médicaux qui trainaient là depuis la dernière menace mondiale de pandémie aviaire. Pandémie supposée, elle avait été annoncée avec beaucoup de conviction à l’époque par ce même CDC et qui s’était soldée par une « épidémiette » sans conséquence. Cela avait valu un conflit interne très sérieux entre le directeur et son second en désaccord avec lui. »
Loïc écoutait en se tortillant sur son derrière qui ressentait l’humidité apportée par les premières larmes du nuage, bouleversé comme lui par le récit du grand-père ! Il était anxieux. Heureusement que l’aïeul était là, il avait résisté à l’effroyable phénomène et ça lui suffisait. Tout de même, il aurait aimé connaitre la suite rapidement. De coutume, il aimait l’entendre divaguer. Il adorait ses longues digressions dans ses récits fantastiques, les descriptions imagées et surdimensionnées des monstres des enfers, les paysages enchanteurs où il excellait, les personnages vivants, terrifiants ou aimables qui venaient ensuite peupler ses songes. Là, non. Ça paraissait sérieux et grave.
Ptolemy ne pouvait plus faire marche arrière. Il avait décidé, il devait vider son sac. Il sentait quelque chose en lui qui le poussait à parler, peut être son grand âge en était la cause. Il reprit de plus belle :
« La planète entière fut stupéfiée, comme si elle était passée en roue libre pendant les jours qui suivirent. Rien ne se passait plus. La ‘’non vie’’ consistait à compter les morts sans rien comprendre. C’était un lavage de cerveau total du monde. Sur les téléviseurs fonctionnant en automatique s’affichait un lugubre tableau noir aux chiffres rouges qui représentaient le décompte des disparus. Parfois s’intercalaient quelques bribes de journal télévisé quotidien vidé de sa substantifique moelle tant les choses à dire n’avaient plus d’importance. Vers la fin de la première semaine, les choses commencèrent à bouger dans tous les domaines. Le tableau noir fut remplacé par des cartes mondiales indiquant les lieux et les densités de morts par des variations de l’intensité de leurs couleurs. Plus tard, il s’affina par des statistiques, certes maigrelettes mais qui permirent tout de même une constatation très importante au fur et à mesure que les couleurs se précisaient. Puis vinrent des informations sur les diverses recherches qui avaient été mises en œuvre pour essayer de comprendre. Cependant, les choses étaient compliquées du fait de la perte pratiquement instantanée d’un très grand nombre d’intellectuels et surtout de chercheurs. Cette caractéristique avait déjà été remarquée au début du désastre. Une autre information positive et malgré tout réjouissante fut la mise en commun mondiale de toutes les forces restantes, ce qui aboutissait comme par enchantement à la fin des conflits mondiaux. L’humanité entière en danger décida de se ‘’serrer les coudes’’. On en rêvait depuis longtemps mais pas dans ces conditions. Les immenses conglomérats internationaux d’ordinateurs furent dédiés rapidement et exclusivement à la recherche des origines du mal. Il fallait faire vite. La perte annoncée des hyper-spécialistes de tout domaine allait faire chuter inexorablement la qualité des découvertes et des progrès. Les appareils de haut niveau technique allaient s’étioler. Les IRM, scanner, mais aussi cyclotron, télescopes et autres moyens de communication sophistiqués, par manque de maintenance spécialisée. Le risque à éviter était le black out total. Et pourtant !
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MOI! Petit virus ?
12/10/2020C’est vrai, je suis minuscule. Je serais un semblant de reliquat de génome ridicule. Un petit chromosome même pas capable de me faire me déplacer. Je profite des autres qui me transportent de ci de là au hasard des rencontres. Parfois mes logeurs, négligeant mon pouvoir de destruction malgré ma taille, se font un plaisir d’outre passer les barrières qu’ils m’ont imposées eux même. L’autre soir je me suis invité, transporté gratis par un convive écervelé, au mariage bien achalandé dans une salle bondée. Ce fut une joie pour moi, je sautais de l’un à l’autre sans difficulté aucune au rythme effréné de la musique. Pas d’obstacle de papier ou de tissus. Les portes narinaires bien ouvertes, les langues déliées, les vieux, les jeunes, je me suis délecté. J’avais peur, je croyais que tous ces gens avec des gros chromosomes et des grosses têtes étaient plus intelligents que moi … que nenni. Des brutes épaisses, des têtes-de-mules inconséquentes, des « augroszizi » imbus de leurs nullités, voilà tout ce que je préfère. J’étais gâté. J’ai pu prospérer. L’expansion de mon royaume est fulminante. Je passe inaperçu. Ni vu ni connu. Il faut dire qu’avec ma taille extra sexy, je m’insinue partout. ‘’60 nanomètres’’, je devrais être dans toutes les revues féminines et le top modèle du moment. Rien ne m’arrête, même pas les filtres, je me glisse dans les moindres interstices. Je me régale. Quand ça ne va plus, que le moral est en baisse, je me tortille, change quelq7ues bases de mon ARN et ça repart. Même Einstein en perdrait son latin. Je me trouve malin dans mon genre. Les plus grands de ce monde sont à ma merci.
Mr Trump s’est peut-être servi de ma notoriété pour se revigorer. Si c’était le cas ma vengeance sera terrible. Toute la planète que je fréquente assidûment est à mes trousses. Ils veulent me vaincre avec un simulacre de vaccin fait à la va-vite….Attention. N’oubliez pas mon extrême plasticité.Si j’ai un conseil à vous donner :
»Planquez-vous. »
