L’égalité source d’inégalité ?
Oyez, oyez braves gens :
Manon est « tout juste » smicarde. En couple, elle trime dur pour élever ses deux enfants en bas âge. Son ami ne fait pas beaucoup mieux mais bosse sérieux. Ils possèdent une voiture décrépie qui leur coûte cher, vu les réparations fréquentes sur ce moteur usé. Les fins de mois s’arrêtent au vingtième jour en pratique et Manon, déjà en embonpoint me certifie que les jours restants, elle n’ingurgite que des pommes de terre pour garder le peu d’argent qui reste pour nourrir ses enfants et s’octroyer parfois une petite, très petite gâterie en passant. Elle ne se plaint jamais, j’ai dû lui extorquer ce petit secret qu’elle cache pudiquement. Elle ne veut pas demander d’aides à quiconque. Son estomac, lui, manifeste parfois son insatisfaction par de brulures et quelques épisodes de ‘’blues’’ perforent sa carapace enjouée. Son compagnon travaille non loin de la résidence et se rend au boulot à pied. Manon doit parcourir avec sa guimbarde une quinzaine de kilomètres pour rejoindre son usine ‘’horodatée’’ à la minute près.
Ce matin-là, après le réveil en fanfare habituel pour elle mais certainement pas motivant pour les enfants, elle prend du retard. Elle doit abandonner la dernière corvée des cartables des garnements à son conjoint et démarre aussi vite que possible pour ne pas rater l’horrible horodateur. Elle en oublie même le radar interposé en travers de son trajet depuis quelques années. Hélas, aujourd’hui ou tout commence mal, il n’est pas encapuchonné de l’habituel sac de poubelle noir qui autorise quelques incartades au règlement. Elle prend conscience soudain, donne un grand coup de frein dangereux et tardif, et voit instantanément un chèque de 135 euros qui s’envole et la désole. Soit 10 % DE SON SALAIRE MENSUEL… ou 10 % du prix de son tacot.
Martin, lui, est un industrio-commercial ‘’arrivé’’. Il porte un costard aux plis sérieux, un feutre fauve remplaçant sa chevelure détruite par les soucis sous-jacents, et chausse ce matin-là sa dernière voiture flambant neuve. C’est un coupé BMW à la couleur irisée et au fort tempérament. Cette auto serait capable d’aller, seule, sur ordre vocal, à son lieu de travail où elle n’aurait aucune difficulté pour se garer elle-même dans son espace privé. Mais ce matin, Martin veut jouir de sa possession à 150000 € et prend toutes les commandes. Il sent là sous ses doigts la volupté tactile du cuir de sa jument fugueuse, s’enivre les yeux des reflets enjôleurs de la ronce de noyer du tableau de bord et oublie le radar dont il ne connaissait que peu l’existence. Il ne ralentit pas et n’a même pas conscience qu’il pourrait y avoir un quelconque obstacle à son pouvoir. Aucune pensée à un autre que lui-même ; Un enfant par exemple qui déboulerait à la poursuite de son chien, que son esprit embrumé ne lui permettrait pas de prévoir. Mais peu importe, égalité égale égalité : 135 minuscules euros. Soit 0.005 % DE SON SALAIRE…. Ou 0.0009% du prix de sa voiture. Aucun soucis et il arrive à l ‘heure à son travail où pas le moindre horodateur ne l’attend.
Cogitez, cogitez braves gens :
L’égalité DOIT-t-elle procéder de la valeur réelle ou relative des choses ?
Je vous laisse 48 heures puis écrivez-moi. Vous ne serez pas noté.
Moi j’ai un doute.

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