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  • Un homme, loin de toute IA.

         Il n’était ni bélître ni parangon dans sa vie de tous les jours, sa péniaphobie l’obligeait  à travailler toujours plus. Éternel égrotant, ses efforts bigorexiques ne le rendaient pas heureux pour autant. Parfois un peu égrillard, il pratiquait avec excellence les flagorneries nombreuses, soutenues par des blandices recherchées qui arrivaient à séduire ses affidés certes, mais surtout les anachorètes lors de rares rencontres stochastiques. Ses multiples voyages soutenus par une hodophilie quasi génétique et ses promenades au sein de pétrichors enivrants  lui faisaient tenir parfois des coquecigrues inhabituelles. Ses amis rompus à ses discours immarcescibles et compendieux ne supportaient pas que ses perles toujours coruscantes soient transmutées en vulgaires palabres sibyllines de premier benêt venu. Il parvenait très vite à reprendre ses esprits lorsqu’il pénétrait dans le reposant psithurisme de sa forêt.

  • FAIS PAS CI, FAIS PAS ÇA…

           Je ne comprends pas pourquoi dans la vie de tous les jours on complique la sécurité  avec des clefs, des codes alambiqués et des obligations réglementaires allant parfois jusqu’aux portes de l’absurde afin de palier les accidents de tous ordres, alors que dans le domaine médical, on fait l’inverse sciemment: Fermeture des urgences par manque de personnel et d’anticipation, défaut persistant de médicaments parfois essentiels dans les pharmacies par restrictions budgétaires, déficit grave de médecins par décisions erronées, tentatives de déstabiliser les professionnels médicaux pour mieux les soumettre aux directives  insoutenables, allecher les infirmières (non formées) pour remplacer les médecins non gratta pour des raisons dogmatiques, laisser dangereusement errer les malades mentaux sans suivi précis, abandonner la médecine scolaire laissant les enfants dans des situations de pénuries intolérables, sans parler de la bombe à fragmentation insinuée  dans la vie des enfants aux confins de la psychiatrie infantile devenue invisible par manque d’intérêt et de soutien.

    La société humaine française déliquescente va devoir payer très cher cette incurie qui s’est développée sournoisement en son sein.

  • Un extra terrestre pour bientôt

      Un nouveau-né extraterrestre est attendu.

    Les nuages lourds de particules et l’atmosphère poisseuse environnante ne laissent aucune chance aux rayons de soleil de pénétrer dans le bureau récemment imprimé. Les ouvertures sont volontairement exiguës pour éviter les intoxications respiratoires et les conjonctivites de stress. Le soleil n’est uniquement visible que quelques minutes par jour lorsque le canon a électrons entaille une faille dans la purée extérieure. Les quelques humains encore présents dans la contrée peuvent ainsi jouir de cet instant magique mais artificiel. Et dire que nos ancêtres pouvaient se laisser griller allègrement tout le jour durant sous la brulure d’un soleil torride. Aucun humain ne peut sortir plus d’une demi-heure dans cet enfer sans risquer un encombrement bronchique de particules de toutes tailles. Souvent le téméraire irréductible doit passer au désagréable lavage alvéolaire à son retour. Ainsi, tous les travaux extérieurs sont exclusivement  réalisés par des humanoïdes. De surcroit, les hommes qui n’ont pas émigré vers les planètes voisines, sont atteints d’un mal obscur qui entraine une atrophie progressive des membres allant même, à l’ extrême, jusqu’à une dégénérescence musculo-squelettique. Les exosquelettes sont alors la solution de rechange incontournable. Il est à présager la disparition des membres dans un avenir, certes lointain, mais génétiquement prévisible.

    Aujourd’hui deux janvier 2100,

    Peter vient de recevoir une notification très importante directement dans son mental. C’est chose rare et donc importante. Il faut dire que depuis les années cinquante, la découverte des ondes mentales permettait de communiquer de cerveau à cerveau après une mise en condition adéquate des émetteurs et des récepteurs. De même il était possible à tout humain de connaitre la pensée et les intentions  de son prochain. Cette avancée inimaginable autrefois à modifié les relations humaines faisant disparaitre certains comportements déviants ou pervers.

    Le  Consortium des Cerveaux Humains (CCH) à heureusement interdit l’accès à ces données du mental aux humanoïdes travailleurs.

    « Reçu ce matin, 8h51 locale, le message des habitants de la planète MAS 5623 de l’étoile PROCYON ALTAÏR située à 15 A.L. dans la constellation de l’aigle acceptant le protocole de transfert des données humaines vers elle et vice versa en réponse au message 1507ET33 du 15 juillet 2065 ».

    Depuis de nombreuses années et surtout  depuis la mise en orbite du télescope HUBBLE, les humains tentaient de détecter une émission artificielle  venant de l’Univers qui pourrait laisser  penser à  l’existence d’une vie extraterrestre. C’est à la fin des années vingt que parmi le brouhaha des réceptions célestes, l’une d’elles paraissait étrange. Mais comment reconnaitre l’étrange parmi l’étrange ? Au fil des années les grandes oreilles des télescopes, toujours plus extravagantes, ont pointé vers un minuscule point situé dans les parages d’ALTAÏR  à 15 années lumières de chez nous. C’est de là que devait commencer l’aventure. Un probable message simpliste et lacunaire paraissait provenir d’un monde étrange mais qui a l’évidence consommait beaucoup d’énergie et surtout de l’oxygène. Les spécialistes considéraient cette  débauche d’énergie très exagérée par rapport à la frugalité du message transmis. Ces êtres étaient-ils en avance ou en retard par rapport à notre développement scientifique terrien ? Le contact avec cette civilisation n’a eu lieu qu’en 2065 du fait de l’éloignement. Déjà le premier message de 2040 mentionnait  de notre part une proposition  de transfert humain. Bien sûr, il ne s’agissait pas d’un déplacement physique  mais de l’émission d’un dossier contenant des informations de nature génétique augmentée qui pouvait permettre de reconstituer un humain in situ sur ALTAÏR ? Ceci en fonction de leur degré de développement scientifique.

    Vingt-neuf janvier 2100 :

    branlement de combat au pied du super-hyper-calculateur-mégabytien du CCH qui a été monté au plus profond de la Fosse de Marianne pour de multiples raisons : sécurité,  pression, dispersion de chaleur alors que dans le reste de la terre les températures  toujours plus élevées ont pratiquement fait disparaitre les réserves d’eau, mers et océans compris sur la planète bleue.

      Depuis bientôt un mois,  l’ordinateur géant ne cesse d’enregistrer des données au kilomètre dont on ne connait l’origine…. Des hackers féroces, une puissance étrangère mal intentionnée ou bien tout simplement  une compilation en direct de ALTAÏR.  Personne ne comprend ce qui se passe, il faut attendre la fin du message, si message il y a. Les super intelligences artificielles sont toutes mises en œuvre pour décoder quelque chose, mais toutes restent muettes.

    Février 2100

    La marée de données ingurgitées de force dans la fosse des Mariannes s’est arrêtée subitement. Les  myriades d’intelligences en attente prennent le relai et mâchonnent des milliards  de megaoctets jusqu’à l’indigestion. Une chose est sure  c’est un colis reçu en provenance d’ALTAÏR. La fin du message donne  la marche à suivre  pour ouvrir ce colis.  Il y a même un petit  logiciel pour terrien  tout à la fin.

    Et on apprend là, avec consternation, que cet immense dossier contient toutes les données nécessaires à la reconstruction  d’un être altaïrien avec équivalent de génome complet et petit mode d’emploi.

    Tout est prêt pour recevoir le bébé.

      Quelle forme aura-t-il ? De quelles connaissances  est-il porteur ? Son CV est-il inclus dans son génome ? Est-il possible de le cloner ? Pourra-t-il communiquer avec ses semblables par ondes mentales instantanées ? Sera-t-il un danger potentiel pour l’être humain ?  N’est-il pas un cheval de Troie ? Peut-on l’accepter tel quel ? Quel est son mode de reproduction ? pourrait-il envahir la terre par autoreproduction ?

    Suite  au prochain  numéro en provenance de : ALTAÏR

  • Allez l’Ehpad , Épate nous

    L’Ehpad s’est éclaté vers l’extérieur jusqu’à ce jour, il faut maintenant le percer pour permettre à la vie de pénétrer à l’intérieur.

    Que diriez vous

    d’aller prendre un pot à l’Ehpad?

    de pouvoir aller y chercher un colis de AMAZONE?

    Ou une lettre de la poste?

    Ça vous dirait

    de faire un concours de pétanque ou de belote au sein de l’Ehpad?

    et pourquoi pas de prendre des cours de boxe

    ou même de pratiquer la poésie?

    Allez partagez

    Ceci est un désir personnel………. à adapter

    Allez l’Ehpad , épate nous

  • Dedans  dehors.

    La poule grise et le loup noir

    Une poule grise se promène en picotant, dehors dedans.

    Un loup noir, méchant, aiguise ses deux longues dents, dehors dedans.

    Il a une énorme faim, une faim de loup et son estomac est vide, dedans.

    Il aimerait bien manger cette grosse poule grise qu’il voit, là, dehors.

    La poule se dit : ce loup serait-il méchant ? Chez moi …je rentre vite dedans

    Le loup n’a plus rien à se mettre sous la dent.

    Il s’approche de la porte doucement, y a-t-il quelqu’un dedans ?

    « Il fait très mauvais derrière la porte, dehors.

    Je suis un gentil petit loup qui aimerait bien venir, dedans

    Je ne suis pas du tout méchant avec mes énoooormes deux dents. »

    La poule en l’entendant se dit : il est bien… dehors

    Mais elle a un cœur d’or en dedans

    Elle ne peut pas le laisser au froid du dehors.

    Elle ouvre la porte lentement et passe son plumeau dehors

    Le loup affamé bondit sur lui et croque le manche se cassant ses deux dents.

    La poule crie alors:

    Jamais l’estomac d’un loup n’aura une poule dedans

    Tant que les poules n’auront pas de dents.

  • L’escargot  Gogo

    Une comptine tinetine

    Enfantine tinetine

    Serge Michel PIOVEZAN / Pâques 2022

    Je suis un escargot  

    gogo

    Je ne suis pas du tout «chaud»

       chocho

    Mais bien dans ma peau 

     popo

    C’est sur mon dos 

     dodo

    Que je porte mon château 

     toto

    Dedans il y fait très bon

       bonbon

    C’est mon tonton

       tonton

    Qui a fait le plafond

       fonfon

    En forme de colimaçon

       sonson


    Comme un tire-bouchon

       chonchon

    Avec mes amis, nous glissons

      sonson

    Sur nos humides talons

      lonlon

    Sans faire de marathon

       non! non!

    Si on a faim, nous mangeons

      jonjon

    Des tendres poivrons

       vronvron

    Et bien jusqu’au fond

       fonfon

    J’écoute la radio

       ho!hooooooo

    J’ai des antennes sur le dos

       dodo

    Deux belles antennes

      tènetène

    Je bois aussi de la bonne eau

       hoho

     Là-bas à la claire fontaine

       tèntène

    J’ai toujours bonne mine

      minemine

    Touche mon antenne

       tènetène

    Si elle se ratatine

       tinetine

    ……….

    T’AIME  

       T’AIME.       

  • Le pavillon des cancéreux. /3

        A la fin des études médicales d’alors, le jeune médecin devait faire son « stage interné ». Non pas qu’il fût plus fou que les autres : il se retrouvait ainsi expédié dans un hôpital périphérique, satellite de son centre universitaire et donc, de son port d’attache. Mais du fait d’un bon classement général pendant mes études, j’avais eu l’opportunité de rester attaché aux hôpitaux universitaires pour effectuer mon stage de fin d’études avec le statut de « faisant fonction d’interne ». (Université de Toulouse)

        C’est dans le Centre anticancéreux de la Grave que je dus fourbir mes armes de médecin pendant un semestre entier. Un stage riche, exténuant, parfois abominable, comme lors de cette nuit de garde gravée dans ma mémoire à jamais. Le seul traitement que je pus alors administrer à cet enfant de 10 ans fût de la serrer dans mes bras toute la nuit, pour attendre sa mort au petit matin. Les infirmières qui acceptaient de s’investir dans ces services étaient des anges féminins tombés du ciel pour venir prendre soin d’autres petits angelots aux ailes brisées. Souvent, ils réintégraient trop vite leur paradis déjà perdu. Comment la Nature avait-elle choisi de peaufiner, pendant des millénaires durant, son plus élaboré élément sous la forme de l’Homme conscient de son existence, et de ne pas avoir prévu la protection de son enfant? On ne pouvait blâmer ces femmes adorables et dévouées qui jetaient l’éponge après quelques mois de calvaire passés à contrecarrer avec tous leurs muscles et un mental infaillible, dans ces lieux sordides et nécessaires, ce que la Nature avait de plus ignoble à nous présenter. Ce poids était trop lourd. C’est un continuum de louanges que je leurs adresse ; à Elles, ces inconnues et oubliées dans leurs « services de l’Espoir et de la Passion. »

        Après trois jours d’examens, d’interrogatoires, de discussions et de bavardages à bâtons rompus, j’avais fait plus ample connaissance avec cette nouvelle malade qui venait d’intégrer l’infernal circuit du CCR (Centre Claudius Regaud anticancéreux). C’était une femme dynamique, très vive d’esprit, d’une tonicité explosive avec laquelle un certain lien de complicité s’était noué. Je pensais avoir mis le doigt, au fil de nos conversations, sur le problème grave qui l’avait conduite dans ce service, et qu’elle l’avait intégré et complètement fait sien. En langage clair, qu’elle était précisément là pour le traitement de son cancer du sein.
        Aucun des patients de cet hôpital ne pouvait ignorer la raison de leur présence ici. Le centre – qui portait déjà le nom de Claudius Regaud – comprenait un grand pavillon de briques roses, parmi les nombreux autres qui composaient l’hôpital de la Grave, sur les bords de la Garonne. C’était l’époque aussi où nous commencions à parler plus ouvertement de la maladie avec les patients, et même si le diagnostic n’était pas si crûment annoncé que de nos jours, les périphrases significatives, les allusions à peine voilées, ne pouvaient laisser planer l’ombre d’un doute sur la maladie. Mais le malade entendait sans écouter, ou écoutait sans ‘’vouloir’’ comprendre.
        Je retrouvais cette patiente à mon retour de déjeuner, à l’internat, sur le parvis ‘’gravillonneux’’ du pavillon. Elle faisait les cents pas, la mine grave. Elle me happa au passage : « Docteur, je sais ce que j’ai ! Je suis surprise… mon père vient de me dire qu’en me cherchant partout dans l’hôpital, il m’avait trouvée tout de suite lorsqu’il avait demandé le pavillon des cancéreux ! »

    Merci de laisser des commentaires……… si le cœur vous en dit!

  • HELLO MOMMY   Unborn child anglais

              Hello mommy… No, please don’t turn away, I’m right here. I know you so well, although as yet you don’t know me. I am inside you – I snuggle here deep inside of you. I am the blossom that you nurture day by day. I’ve been waiting for eight long months to talk to you. Listen to me, put one ear close to your belly. Here it comes, I feel a shudder. I have ears but I can’t hear. I have a mouth but it is mute. My eyes are half-closed and I can’t see a thing; but when you are sad, I cry with you, and my tears melt. And at night, I sense the muffled tremors of your soft voice, the sweet echo of your nightly caress, but also mysterious thunder and sometimes frightening shockwaves.

              I can imagine the pain waving over us with every muscle contraction. Who would want to attack you so cruelly in your world outside? It makes me so sad. Mommy dearest, I promise you that my love for you knows no bounds and that, when the day comes, I will defend you with my whole being. Just see how fast I am growing. After all, you feed me so well with your goodness. Do you hear my heart beating fast in your ear? It is beating for you and I will always watch over you.

             After the hard journey that awaits me, no one will ever hurt you again. I will never stop crying while I feel that you are sad. I’ll cover myself in a horrible rash to distract and protect you. I will even go so far as to die for you, mommy dear. I will not eat again until serene love returns.

            When you are old and weary, I will carry you in my arms. And let me say that if your ears can no longer hear, I will paint fairytale landscapes for you. If your eyes can no longer see, I’ll kiss your wrinkled hands and your sunken cheeks … and you will recall those subtle waves of caresses from the past.

    Traduction assurée aimablement par Dick DAVIES.   (MAMAN CHÉRIE)  MERCI

     

  • Le SAMU et le TIGRE /1

    Le Samu et le Tigre


            Les deux véhicules du SAMU avaient été positionnés dans la ville de Toulouse à des points stratégiques précis pour répondre, au plus vite, aux sollicitations de la population. Notre véhicule comprenait une équipe de deux étudiants et une ambulancière. Il protégeait ce jour-là le district de la Halle aux Grains de Toulouse, où nous avions un pied à terre. Dans la grande salle de spectacles attenante se produisait un cirque exhibant des bêtes fauves. L’appel de détresse émanait donc pratiquement de derrière la cloison où nous étions en attente. Un TIGRE venait de déclencher une crise cardiaque mitonnée de troubles respiratoires qui, à priori requéraient la mise en place d’une respiration artificielle. –Nous évitâmes de penser au bouche à bouche !– Cependant, la partie semblait incertaine. Certes nous étions programmés pour sauver des vies ! Mon équipier, blême et prostré, se regardait les pieds. Moi, je débutais une danse de Saint Guy. Notre salut, nous le devrons à la sagacité et la promptitude de notre pilote toujours prête à renouveler ses exploits. Elle nous intima l’ordre de regagner très vite l’Estafette et nous démarrâmes en trombe. La première giclée de carburant n’était pas encore consumée, que nous prîmes le Boulevard ….. à contre poil, ballottés d’un côté à l’autre en quittant la zone à vive allure. Quelle mouche avait piqué notre ambulancière ?  A l’approche du centre-ville, elle réduisit la vitesse pour s’insinuer dans les ruelles étroites et encombrées, à droite puis à gauche puis à droite encore, reprend une rue que nous avions déjà empruntée dans l’autre sens comme une boussole qui aurait rencontré un électroaimant pour déboucher enfin sur la grande rue BAYARD. Elle  se faufila dans la rue de la Colombette bien plus connue à l’époque pour le nombre impressionnant de tigresses dévêtues en parade derrière des vitres que de tigres dyspnéiques. Peut-être pour nous donner du courage, elle décèlera jusqu’au pas d’homme afin d’admirer les corps exhibés du zoo humain. Cependant l’image de la gueule béante du tigre suffocant ne s’était pas effacée. La rue de la Colombette est bien trop courte et nous devions affronter le destin, sans se presser tout de même. Nous arrivâmes essoufflés derrière le mur qui nous avait vu partir pour l’urgence. L’agonisant, hélas, avait rendu l’âme juste avant notre arrivée.

    C’est la première anecdote d’une longue série ( étudiante ou médicale) qui peut se poursuivre si vous aimez.

    Laisser un petit mot pour m’encourager  si c’est le cas. (Commentaires)

    D’autres suivront. Soyez là

    A la prochaine. Merci

     

  • Eléo et Eloi en ehpad

     

    Eléo et Eloi en ehpad.

                                       15/09/2020

              Quatre-vingt-huit ans ! Mais jamais je n’aurais pensé y arriver. Je n’ai rien fait et me voilà entourée de vieux. Il y a bien trois ans que je suis là cernée de murs hauts, hauts, si hauts. Une angoisse me bouscule soudain : Et si j’avais oublié d’éteindre le gaz sous la soupière, comment savoir ? Un jour, j’ai retrouvé, comme ça, du charbon dur, dur, dur, très dur. Si quelqu’un pouvait m’entendre sans le crier, je serais tellement mieux en moi. On court autour de moi. Personne n’écoute, je ne parle pas. A mon âge, rien ne compte. Personne n’écoute. Je suis mal. Depuis le temps, peut-être il n ‘y a plus de gaz. Je suis sauvée. Mon cerveau se reconnecte à sa station préférée : je suis vieille à quoi bon.

     « Eh bien Eléonore, vous me paraissez soucieuse ? 

    _ Ce n’est rien, ça va passer. » Je réponds du tac au tac sans y croire. Je sais que ça ne passera pas. Mon cerveau revient sur sa station préférée, comme à la radio quand on l’éteint. Je me suis préparée. La mort ne me gêne pas, je la souhaite même. Tout le personnel ici est comme il faut, mais, je ne suis pas chez moi. Je fais ce que je veux, mais je ne suis pas à la maison, ma maison. Mon brave Eloi, je voudrais te rejoindre, vite, vite, bien vite. J’avais raison de vouloir partir la première. Tiens, on nous sonne pour le déjeuner, je t’invite. Je me souviens de cette belle soirée d’été ou tu m’as enlevée dangereusement avec ton vieux Solex pouffant et qui a d’ailleurs fini ce soir-là sa vie chez Delfine…qu’elle soirée ! Qu’elle bouffe ! Quel fol amour après le dessert ! Tu ne viens pas, tu n’es jamais là, jamais là, jamais plus là.  Le repas est bon mais triste. Ma voisine a tout recraché au travers de ses trois dents orphelines. Celle d’en face a tout mangé en même temps avec ses doigts. Les asperges dégoulinantes de yogourt aux cerises, la viande cuite à l’eau macérant dans la vinaigrette à asperges. Et c’était bon, bon, pour elle, parfaitement bon.

    Horreur, il faut déjà retrouver sa chambre. Je la connais. Ça va aller, mais à droite ou à gauche, ici.  Les trois autres sont parties à droite. C’est à droite.

    Oui, je me souviens, il y a un éléphant sur ma porte. Où est la porte ? « Que faites-vous dans ce couloir Eléo ? Je vais vous accompagner de l’autre côté. » Mon éléphant est là. Je suis rassurée, j’arrive chez moi. Je suis fatiguée, fatiguée, énormément fatiguée. Me mettre au lit est un calvaire. Mais après revient le calme. C’est bien l’endroit où je suis bien, enfin si mon dos me laisse un moment tranquille.  Je prends mes médicaments, j’éteins mon cerveau. C’est dur. Il résiste. Une image oubliée passe dans ma tête. Est-ce vrai ou faux. Voilà… ma fille doit venir me voir demain. Je m’endors aussitôt.

                Une nuit courte, courte, trop courte. Des rêves mauvais, mauvais, mauvais. Impossibles de mettre mes souvenirs dans les bonnes cases. Tout est en désordre. Mes alvéoles sont vides. Je ne peux plus retrouver mes souvenirs. Ma fille, oui, ma fille, que fait-elle ? Ou se trouve cette case ? Mes mots reviennent si je trouve la première lettre. Essayons a…b…c…d…e…t…u…v…voir, ça y est ma fille vient me voir. Je suis heureuse…ouf … c’est vrai, la nuit ne me porte pas conseil. Le lendemain, je suis perdue, perdue…non. J’entends une voix familière. C’est elle. Mon cœur explose. Si ce n’était l’arthrose, je bondirais me blottir dans ses bras. J’aperçois ses yeux étincelants en perles précieuses, Je sens le frémissement de ses lèvres sur mes joues. Je me laisse dissoudre dans un bonheur rare. « Bonjour ma chérie ». Mes oreilles n’entendent plus. Mes yeux sont éteints. Ma peau est un parchemin endurci, Je reviens à la case départ.  L’extase s’insinue dans mon corps. Seul ce cri ancien et primitif dans cette petite salle blanche réveille mon cerveau. Elle est là. C’est tout, c’est tout, c’est tout.

                Mon cerveau s’est enfin déconnecté de sa station prisonnière. Je laisse défiler dans une vibration rapide le doux parcours depuis cette salle de vie blanche à cette autre, noire, où je vais devoir finir ma vie. Nora est là. Je sens cette onde impalpable qui me nourrit lorsqu’elle se rapproche. Cette même onde, inconnue, vibrait déjà de mon corps épuisé pour fortifier ma ‘’nouvelle-née’’ si fragile. Elle me parle. Je ne saisis que la musique de sa voix. Je récupère petit à petit ma paix intérieure.

                « Maman, je dois te dire, tu vas avoir la visite d’un nouveau médecin traitant à qui j’ai demandé de passer te voir. Ton ‘’ancien’’ ne s’occupe pas assez de toi, je le vois bien1. » Oh non, je ne veux pas. C’est faux, faux, faux. Ma fille, qu’as-tu fait là. Ça ne te regarde pas. Je vais avoir honte, honte, terriblement honte. Je suis terrifiée. Mon confident de toujours ! Tu n’as pas le droit de faire ça ma fille. Non, non, non. Comment vais-je faire. Comment lui faire comprendre. Je suis complètement perdue. Je suis exténuée. Je le sens je vais pleurer. Va-t’en ma chérie va-t’en, vas t’en. Laisse-moi respirer…

    Les jours passent et je suis déboussolée. Je sens ma tristesse. Je ne sais plus pourquoi. Je ne me reconnais plus. Que s’est-il passé ? Mon cerveau s‘est reconnecté à mon obsédante idée. Ah oui ma fille est venue et repartie alors que j’étais triste, triste, triste.

    Le nouveau médecin n’est pas venu. Que faire ? Peut-être lui  »sait-il » qu’il ne faut pas. Peut-être ne viendra-t-il jamais. Le feu de mon cerveau abimé est en enfer. 

    « C’est le jour de la grande toilette, Eléo, nous allons nous lever, et hop ! » Ah, il ne manquait plus que ça, et ma fatigue alors ? Cette grande gigue n’a jamais été vieille ça se voit. Elle va m’achever. Pourquoi je ne peux pas finir ma vie là, tout de suite….

    « Un autre coup de peigne et tu seras la plus belle des résidentes Eléo, un peu de rouge aux ongles ? » Elle se moque de moi, comme toujours, mais elle est si gentille. Après ma fille, c’est ma préférée. « Aujourd’hui, sortie à la montagne après passage à la Grotte2. » Oh non je ne veux pas. Je suis ‘’crevée’’. Comment le dire ? Je ne veux pas revivre le PUY DU FOU où mes enfants m’ont forcée à aller l’an dernier, pour me faire plaisir disaient-ils. Ils ont eu plaisir, moi pas. Mais ils étaient heureux. Ils ont fait beaucoup de bruit, beaucoup chanté dans l’auto. Ils ont percé mon tympan !  Je riais en réponse. Ils ont beaucoup marché et moi aussi. Ils ont abimé mes articulations ! Je souriais en retour. Ils ont beaucoup mangé dans ce restaurant à Garbure et je l’aime aussi. Ils ont explosé mon estomac. Je m’extasiais sans plaisir. Ils n’ont pas compris que les yeux des jeunes ne voient pas comme les yeux des vieux.

                                          Je suis revenu à l’Ehpad, heureuse mais triste.

     

     

    1°  Cette consternante attitude n’est pas exceptionnelle et se rapproche beaucoup de la maltraitance à la personne âgée, tant elle contrarie le libre arbitre d’un être humain encore en pleine conscience. Un choix extérieur, sans être parlé, imposé reste inconcevable. Tant bien même découle-t-il d’une bonne intention, il doit être combattu. J’ai refusé à plusieurs reprises dans ma carrière professionnelle ce subterfuge à des fins purement personnelles des enfants demandeurs. Dans l’autre sens, une dizaine de personnes âgées fidèles sont venues implorer mon pardon les yeux mouillés de tristesse. » Je ne peux  pas faire autrement, Docteur!». Parfois, c’est la voisine qui se fait la porte-parole  de cet outrage, et me conter le désarroi et le regret  immense suite à cette rupture forcée, cet accroc grave à une relation de toute une vie.

    2°   De même, balayez vite cet espoir que nous avons tous de faire plaisir à nos vieux parents  en les invitant avec insistance à visiter la plus belle abbaye cistercienne à trois cent km de là, et pourquoi pas descendre les eaux claires et froides des canyons aragonais en plongeant tous nus dans les vasques accueillantes. Non, ni l’un ni l’autre. Essayons, avant tout, de nous transposer dans ces corps très usés que nous continuons toujours à idéaliser. Demandons leurs avis sans contrainte, subliminale certes, et tenons nous en à ce que nous pourrions ressentir comme un choix libre et réel.     

     Fin.   Smp.

  • MOI! Petit virus ?

    MOI! Petit virus ?
    12/10/2020

    C’est vrai, je suis minuscule. Je serais un semblant de reliquat de génome ridicule. Un petit chromosome même pas capable de me faire me déplacer. Je profite des autres qui me transportent de ci de là au hasard des rencontres. Parfois mes logeurs, négligeant mon pouvoir de destruction malgré ma taille, se font un plaisir d’outre passer les barrières qu’ils m’ont imposées eux même. L’autre soir je me suis invité, transporté gratis par un convive écervelé, au mariage bien achalandé dans une salle bondée. Ce fut une joie pour moi, je sautais de l’un à l’autre sans difficulté aucune au rythme effréné de la musique. Pas d’obstacle de papier ou de tissus. Les portes narinaires bien ouvertes, les langues déliées, les vieux, les jeunes, je me suis délecté. J’avais peur, je croyais que tous ces gens avec des gros chromosomes et des grosses têtes étaient plus intelligents que moi … que nenni. Des brutes épaisses, des têtes-de-mules inconséquentes, des « augroszizi » imbus de leurs nullités, voilà tout ce que je préfère. J’étais gâté. J’ai pu prospérer. L’expansion de mon royaume est fulminante. Je passe inaperçu. Ni vu ni connu. Il faut dire qu’avec ma taille extra sexy, je m’insinue partout. ‘’60 nanomètres’’, je devrais être dans toutes les revues féminines et le top modèle du moment. Rien ne m’arrête, même pas les filtres, je me glisse dans les moindres interstices. Je me régale. Quand ça ne va plus, que le moral est en baisse, je me tortille, change quelq7ues bases de mon ARN et ça repart. Même Einstein en perdrait son latin. Je me trouve malin dans mon genre. Les plus grands de ce monde sont à ma merci.
    Mr Trump s’est peut-être servi de ma notoriété pour se revigorer. Si c’était le cas ma vengeance sera terrible. Toute la planète que je fréquente assidûment est à mes trousses. Ils veulent me vaincre avec un simulacre de vaccin fait à la va-vite….Attention. N’oubliez pas mon extrême plasticité.

    Si j’ai un conseil à vous donner :
     »Planquez-vous. »