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  • Le SAMU et le TIGRE /1

    Le Samu et le Tigre


            Les deux véhicules du SAMU avaient été positionnés dans la ville de Toulouse à des points stratégiques précis pour répondre, au plus vite, aux sollicitations de la population. Notre véhicule comprenait une équipe de deux étudiants et une ambulancière. Il protégeait ce jour-là le district de la Halle aux Grains de Toulouse, où nous avions un pied à terre. Dans la grande salle de spectacles attenante se produisait un cirque exhibant des bêtes fauves. L’appel de détresse émanait donc pratiquement de derrière la cloison où nous étions en attente. Un TIGRE venait de déclencher une crise cardiaque mitonnée de troubles respiratoires qui, à priori requéraient la mise en place d’une respiration artificielle. –Nous évitâmes de penser au bouche à bouche !– Cependant, la partie semblait incertaine. Certes nous étions programmés pour sauver des vies ! Mon équipier, blême et prostré, se regardait les pieds. Moi, je débutais une danse de Saint Guy. Notre salut, nous le devrons à la sagacité et la promptitude de notre pilote toujours prête à renouveler ses exploits. Elle nous intima l’ordre de regagner très vite l’Estafette et nous démarrâmes en trombe. La première giclée de carburant n’était pas encore consumée, que nous prîmes le Boulevard ….. à contre poil, ballottés d’un côté à l’autre en quittant la zone à vive allure. Quelle mouche avait piqué notre ambulancière ?  A l’approche du centre-ville, elle réduisit la vitesse pour s’insinuer dans les ruelles étroites et encombrées, à droite puis à gauche puis à droite encore, reprend une rue que nous avions déjà empruntée dans l’autre sens comme une boussole qui aurait rencontré un électroaimant pour déboucher enfin sur la grande rue BAYARD. Elle  se faufila dans la rue de la Colombette bien plus connue à l’époque pour le nombre impressionnant de tigresses dévêtues en parade derrière des vitres que de tigres dyspnéiques. Peut-être pour nous donner du courage, elle décèlera jusqu’au pas d’homme afin d’admirer les corps exhibés du zoo humain. Cependant l’image de la gueule béante du tigre suffocant ne s’était pas effacée. La rue de la Colombette est bien trop courte et nous devions affronter le destin, sans se presser tout de même. Nous arrivâmes essoufflés derrière le mur qui nous avait vu partir pour l’urgence. L’agonisant, hélas, avait rendu l’âme juste avant notre arrivée.

    C’est la première anecdote d’une longue série ( étudiante ou médicale) qui peut se poursuivre si vous aimez.

    Laisser un petit mot pour m’encourager  si c’est le cas. (Commentaires)

    D’autres suivront. Soyez là

    A la prochaine. Merci

     

  • Demeure authentique de Lomagne (1750)

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  • Un homme, loin de toute IA.

         Il n’était ni bélître ni parangon dans sa vie de tous les jours, sa péniaphobie l’obligeait  à travailler toujours plus. Éternel égrotant, ses efforts bigorexiques ne le rendaient pas heureux pour autant. Parfois un peu égrillard, il pratiquait avec excellence les flagorneries nombreuses, soutenues par des blandices recherchées qui arrivaient à séduire ses affidés certes, mais surtout les anachorètes lors de rares rencontres stochastiques. Ses multiples voyages soutenus par une hodophilie quasi génétique et ses promenades au sein de pétrichors enivrants  lui faisaient tenir parfois des coquecigrues inhabituelles. Ses amis rompus à ses discours immarcescibles et compendieux ne supportaient pas que ses perles toujours coruscantes soient transmutées en vulgaires palabres sibyllines de premier benêt venu. Il parvenait très vite à reprendre ses esprits lorsqu’il pénétrait dans le reposant psithurisme de sa forêt.

  • FAIS PAS CI, FAIS PAS ÇA…

           Je ne comprends pas pourquoi dans la vie de tous les jours on complique la sécurité  avec des clefs, des codes alambiqués et des obligations réglementaires allant parfois jusqu’aux portes de l’absurde afin de palier les accidents de tous ordres, alors que dans le domaine médical, on fait l’inverse sciemment: Fermeture des urgences par manque de personnel et d’anticipation, défaut persistant de médicaments parfois essentiels dans les pharmacies par restrictions budgétaires, déficit grave de médecins par décisions erronées, tentatives de déstabiliser les professionnels médicaux pour mieux les soumettre aux directives  insoutenables, allecher les infirmières (non formées) pour remplacer les médecins non gratta pour des raisons dogmatiques, laisser dangereusement errer les malades mentaux sans suivi précis, abandonner la médecine scolaire laissant les enfants dans des situations de pénuries intolérables, sans parler de la bombe à fragmentation insinuée  dans la vie des enfants aux confins de la psychiatrie infantile devenue invisible par manque d’intérêt et de soutien.

    La société humaine française déliquescente va devoir payer très cher cette incurie qui s’est développée sournoisement en son sein.

  • Un extra terrestre pour bientôt

      Un nouveau-né extraterrestre est attendu.

    Les nuages lourds de particules et l’atmosphère poisseuse environnante ne laissent aucune chance aux rayons de soleil de pénétrer dans le bureau récemment imprimé. Les ouvertures sont volontairement exiguës pour éviter les intoxications respiratoires et les conjonctivites de stress. Le soleil n’est uniquement visible que quelques minutes par jour lorsque le canon a électrons entaille une faille dans la purée extérieure. Les quelques humains encore présents dans la contrée peuvent ainsi jouir de cet instant magique mais artificiel. Et dire que nos ancêtres pouvaient se laisser griller allègrement tout le jour durant sous la brulure d’un soleil torride. Aucun humain ne peut sortir plus d’une demi-heure dans cet enfer sans risquer un encombrement bronchique de particules de toutes tailles. Souvent le téméraire irréductible doit passer au désagréable lavage alvéolaire à son retour. Ainsi, tous les travaux extérieurs sont exclusivement  réalisés par des humanoïdes. De surcroit, les hommes qui n’ont pas émigré vers les planètes voisines, sont atteints d’un mal obscur qui entraine une atrophie progressive des membres allant même, à l’ extrême, jusqu’à une dégénérescence musculo-squelettique. Les exosquelettes sont alors la solution de rechange incontournable. Il est à présager la disparition des membres dans un avenir, certes lointain, mais génétiquement prévisible.

    Aujourd’hui deux janvier 2100,

    Peter vient de recevoir une notification très importante directement dans son mental. C’est chose rare et donc importante. Il faut dire que depuis les années cinquante, la découverte des ondes mentales permettait de communiquer de cerveau à cerveau après une mise en condition adéquate des émetteurs et des récepteurs. De même il était possible à tout humain de connaitre la pensée et les intentions  de son prochain. Cette avancée inimaginable autrefois à modifié les relations humaines faisant disparaitre certains comportements déviants ou pervers.

    Le  Consortium des Cerveaux Humains (CCH) à heureusement interdit l’accès à ces données du mental aux humanoïdes travailleurs.

    « Reçu ce matin, 8h51 locale, le message des habitants de la planète MAS 5623 de l’étoile PROCYON ALTAÏR située à 15 A.L. dans la constellation de l’aigle acceptant le protocole de transfert des données humaines vers elle et vice versa en réponse au message 1507ET33 du 15 juillet 2065 ».

    Depuis de nombreuses années et surtout  depuis la mise en orbite du télescope HUBBLE, les humains tentaient de détecter une émission artificielle  venant de l’Univers qui pourrait laisser  penser à  l’existence d’une vie extraterrestre. C’est à la fin des années vingt que parmi le brouhaha des réceptions célestes, l’une d’elles paraissait étrange. Mais comment reconnaitre l’étrange parmi l’étrange ? Au fil des années les grandes oreilles des télescopes, toujours plus extravagantes, ont pointé vers un minuscule point situé dans les parages d’ALTAÏR  à 15 années lumières de chez nous. C’est de là que devait commencer l’aventure. Un probable message simpliste et lacunaire paraissait provenir d’un monde étrange mais qui a l’évidence consommait beaucoup d’énergie et surtout de l’oxygène. Les spécialistes considéraient cette  débauche d’énergie très exagérée par rapport à la frugalité du message transmis. Ces êtres étaient-ils en avance ou en retard par rapport à notre développement scientifique terrien ? Le contact avec cette civilisation n’a eu lieu qu’en 2065 du fait de l’éloignement. Déjà le premier message de 2040 mentionnait  de notre part une proposition  de transfert humain. Bien sûr, il ne s’agissait pas d’un déplacement physique  mais de l’émission d’un dossier contenant des informations de nature génétique augmentée qui pouvait permettre de reconstituer un humain in situ sur ALTAÏR ? Ceci en fonction de leur degré de développement scientifique.

    Vingt-neuf janvier 2100 :

    branlement de combat au pied du super-hyper-calculateur-mégabytien du CCH qui a été monté au plus profond de la Fosse de Marianne pour de multiples raisons : sécurité,  pression, dispersion de chaleur alors que dans le reste de la terre les températures  toujours plus élevées ont pratiquement fait disparaitre les réserves d’eau, mers et océans compris sur la planète bleue.

      Depuis bientôt un mois,  l’ordinateur géant ne cesse d’enregistrer des données au kilomètre dont on ne connait l’origine…. Des hackers féroces, une puissance étrangère mal intentionnée ou bien tout simplement  une compilation en direct de ALTAÏR.  Personne ne comprend ce qui se passe, il faut attendre la fin du message, si message il y a. Les super intelligences artificielles sont toutes mises en œuvre pour décoder quelque chose, mais toutes restent muettes.

    Février 2100

    La marée de données ingurgitées de force dans la fosse des Mariannes s’est arrêtée subitement. Les  myriades d’intelligences en attente prennent le relai et mâchonnent des milliards  de megaoctets jusqu’à l’indigestion. Une chose est sure  c’est un colis reçu en provenance d’ALTAÏR. La fin du message donne  la marche à suivre  pour ouvrir ce colis.  Il y a même un petit  logiciel pour terrien  tout à la fin.

    Et on apprend là, avec consternation, que cet immense dossier contient toutes les données nécessaires à la reconstruction  d’un être altaïrien avec équivalent de génome complet et petit mode d’emploi.

    Tout est prêt pour recevoir le bébé.

      Quelle forme aura-t-il ? De quelles connaissances  est-il porteur ? Son CV est-il inclus dans son génome ? Est-il possible de le cloner ? Pourra-t-il communiquer avec ses semblables par ondes mentales instantanées ? Sera-t-il un danger potentiel pour l’être humain ?  N’est-il pas un cheval de Troie ? Peut-on l’accepter tel quel ? Quel est son mode de reproduction ? pourrait-il envahir la terre par autoreproduction ?

    Suite  au prochain  numéro en provenance de : ALTAÏR

  • Allez l’Ehpad , Épate nous

    L’Ehpad s’est éclaté vers l’extérieur jusqu’à ce jour, il faut maintenant le percer pour permettre à la vie de pénétrer à l’intérieur.

    Que diriez vous

    d’aller prendre un pot à l’Ehpad?

    de pouvoir aller y chercher un colis de AMAZONE?

    Ou une lettre de la poste?

    Ça vous dirait

    de faire un concours de pétanque ou de belote au sein de l’Ehpad?

    et pourquoi pas de prendre des cours de boxe

    ou même de pratiquer la poésie?

    Allez partagez

    Ceci est un désir personnel………. à adapter

    Allez l’Ehpad , épate nous

  • Dedans  dehors.

    La poule grise et le loup noir

    Une poule grise se promène en picotant, dehors dedans.

    Un loup noir, méchant, aiguise ses deux longues dents, dehors dedans.

    Il a une énorme faim, une faim de loup et son estomac est vide, dedans.

    Il aimerait bien manger cette grosse poule grise qu’il voit, là, dehors.

    La poule se dit : ce loup serait-il méchant ? Chez moi …je rentre vite dedans

    Le loup n’a plus rien à se mettre sous la dent.

    Il s’approche de la porte doucement, y a-t-il quelqu’un dedans ?

    « Il fait très mauvais derrière la porte, dehors.

    Je suis un gentil petit loup qui aimerait bien venir, dedans

    Je ne suis pas du tout méchant avec mes énoooormes deux dents. »

    La poule en l’entendant se dit : il est bien… dehors

    Mais elle a un cœur d’or en dedans

    Elle ne peut pas le laisser au froid du dehors.

    Elle ouvre la porte lentement et passe son plumeau dehors

    Le loup affamé bondit sur lui et croque le manche se cassant ses deux dents.

    La poule crie alors:

    Jamais l’estomac d’un loup n’aura une poule dedans

    Tant que les poules n’auront pas de dents.

  • L’escargot  Gogo

    Une comptine tinetine

    Enfantine tinetine

    Serge Michel PIOVEZAN / Pâques 2022

    Je suis un escargot  

    gogo

    Je ne suis pas du tout «chaud»

       chocho

    Mais bien dans ma peau 

     popo

    C’est sur mon dos 

     dodo

    Que je porte mon château 

     toto

    Dedans il y fait très bon

       bonbon

    C’est mon tonton

       tonton

    Qui a fait le plafond

       fonfon

    En forme de colimaçon

       sonson


    Comme un tire-bouchon

       chonchon

    Avec mes amis, nous glissons

      sonson

    Sur nos humides talons

      lonlon

    Sans faire de marathon

       non! non!

    Si on a faim, nous mangeons

      jonjon

    Des tendres poivrons

       vronvron

    Et bien jusqu’au fond

       fonfon

    J’écoute la radio

       ho!hooooooo

    J’ai des antennes sur le dos

       dodo

    Deux belles antennes

      tènetène

    Je bois aussi de la bonne eau

       hoho

     Là-bas à la claire fontaine

       tèntène

    J’ai toujours bonne mine

      minemine

    Touche mon antenne

       tènetène

    Si elle se ratatine

       tinetine

    ……….

    T’AIME  

       T’AIME.       

  • Le pavillon des cancéreux. / Bric 3

        A la fin des études médicales d’alors, le jeune médecin devait faire son « stage interné ». Non pas qu’il fût plus fou que les autres : il se retrouvait ainsi expédié dans un hôpital périphérique, satellite de son centre universitaire et donc, de son port d’attache. Mais du fait d’un bon classement général pendant mes études, j’avais eu l’opportunité de rester attaché aux hôpitaux universitaires pour effectuer mon stage de fin d’études avec le statut de « faisant fonction d’interne ». (Université de Toulouse)

        C’est dans le Centre anticancéreux de la Grave que je dus fourbir mes armes de médecin pendant un semestre entier. Un stage riche, exténuant, parfois abominable, comme lors de cette nuit de garde gravée dans ma mémoire à jamais. Le seul traitement que je pus alors administrer à cet enfant de 10 ans fût de la serrer dans mes bras toute la nuit, pour attendre sa mort au petit matin. Les infirmières qui acceptaient de s’investir dans ces services étaient des anges féminins tombés du ciel pour venir prendre soin d’autres petits angelots aux ailes brisées. Souvent, ils réintégraient trop vite leur paradis déjà perdu. Comment la Nature avait-elle choisi de peaufiner, pendant des millénaires durant, son plus élaboré élément sous la forme de l’Homme conscient de son existence, et de ne pas avoir prévu la protection de son enfant? On ne pouvait blâmer ces femmes adorables et dévouées qui jetaient l’éponge après quelques mois de calvaire passés à contrecarrer avec tous leurs muscles et un mental infaillible, dans ces lieux sordides et nécessaires, ce que la Nature avait de plus ignoble à nous présenter. Ce poids était trop lourd. C’est un continuum de louanges que je leurs adresse ; à Elles, ces inconnues et oubliées dans leurs « services de l’Espoir et de la Passion. »

        Après trois jours d’examens, d’interrogatoires, de discussions et de bavardages à bâtons rompus, j’avais fait plus ample connaissance avec cette nouvelle malade qui venait d’intégrer l’infernal circuit du CCR (Centre Claudius Regaud anticancéreux). C’était une femme dynamique, très vive d’esprit, d’une tonicité explosive avec laquelle un certain lien de complicité s’était noué. Je pensais avoir mis le doigt, au fil de nos conversations, sur le problème grave qui l’avait conduite dans ce service, et qu’elle l’avait intégré et complètement fait sien. En langage clair, qu’elle était précisément là pour le traitement de son cancer du sein.
        Aucun des patients de cet hôpital ne pouvait ignorer la raison de leur présence ici. Le centre – qui portait déjà le nom de Claudius Regaud – comprenait un grand pavillon de briques roses, parmi les nombreux autres qui composaient l’hôpital de la Grave, sur les bords de la Garonne. C’était l’époque aussi où nous commencions à parler plus ouvertement de la maladie avec les patients, et même si le diagnostic n’était pas si crûment annoncé que de nos jours, les périphrases significatives, les allusions à peine voilées, ne pouvaient laisser planer l’ombre d’un doute sur la maladie. Mais le malade entendait sans écouter, ou écoutait sans ‘’vouloir’’ comprendre.
        Je retrouvais cette patiente à mon retour de déjeuner, à l’internat, sur le parvis ‘’gravillonneux’’ du pavillon. Elle faisait les cents pas, la mine grave. Elle me happa au passage : « Docteur, je sais ce que j’ai ! Je suis surprise… mon père vient de me dire qu’en me cherchant partout dans l’hôpital, il m’avait trouvée tout de suite lorsqu’il avait demandé le pavillon des cancéreux ! »

    Merci de laisser des commentaires……… si le cœur vous en dit!

  • HELLO MOMMY   Unborn child anglais

              Hello mommy… No, please don’t turn away, I’m right here. I know you so well, although as yet you don’t know me. I am inside you – I snuggle here deep inside of you. I am the blossom that you nurture day by day. I’ve been waiting for eight long months to talk to you. Listen to me, put one ear close to your belly. Here it comes, I feel a shudder. I have ears but I can’t hear. I have a mouth but it is mute. My eyes are half-closed and I can’t see a thing; but when you are sad, I cry with you, and my tears melt. And at night, I sense the muffled tremors of your soft voice, the sweet echo of your nightly caress, but also mysterious thunder and sometimes frightening shockwaves.

              I can imagine the pain waving over us with every muscle contraction. Who would want to attack you so cruelly in your world outside? It makes me so sad. Mommy dearest, I promise you that my love for you knows no bounds and that, when the day comes, I will defend you with my whole being. Just see how fast I am growing. After all, you feed me so well with your goodness. Do you hear my heart beating fast in your ear? It is beating for you and I will always watch over you.

             After the hard journey that awaits me, no one will ever hurt you again. I will never stop crying while I feel that you are sad. I’ll cover myself in a horrible rash to distract and protect you. I will even go so far as to die for you, mommy dear. I will not eat again until serene love returns.

            When you are old and weary, I will carry you in my arms. And let me say that if your ears can no longer hear, I will paint fairytale landscapes for you. If your eyes can no longer see, I’ll kiss your wrinkled hands and your sunken cheeks … and you will recall those subtle waves of caresses from the past.

    Traduction assurée aimablement par Dick DAVIES.   (MAMAN CHÉRIE)  MERCI

     

  • COUPE GORGE  /2

    COUPE GORGE.  anecdote n°2

    Être stagiaire au SAMU apporte tous les jours son lot de stress, d’étrangeté, de côtoiement de la misère, de la folie ou de la violence.

    Ce soir, nous nous rendons au Mirail, lieu noir par excellence, non seulement la nuit, mais la nuit, c’est pire. La police est sur les lieux. Il s’agit d’un HLM crasseux aux escaliers puant la vomissure. Malheureusement, la lumière est blafarde et l’escalier carrément obscur. Le délabrement du bâtiment se sent plus qu’il ne se voit, hélas.

    « Docteur, vous êtes là ! Me dit le policier de service, au troisième étage, il y a un individu agressif. Il faudrait le calmer; au médecin, il ne dira rien. Vous n’avez qu’à monter le premier. »

    Inconscience de la jeunesse, ou inconséquence du policier…..

    Je monte avec la caisse à outils, entendez par là, la trousse à médicaments d’urgence. (Effectivement, c’est bien l’instrument du mécanicien que nous utilisions en déplacement.) Je suis suivi de près par l’ambulancière pour me donner du courage et puis, une femme ça adoucit les angles. Que nenni, arrivés dans une pièce censée être une chambre, un homme bien basané, armé d’un rasoir de barbier me présente la lame parfaitement aiguisée sous le menton, plutôt correctement orientée du coté tranchant. C’est une expérience unique, surtout dans cette ambiance hitchcockienne. Là aussi la lumière quasi moribonde m’empêche de distinguer dans la pénombre si nous sommes seuls ou pas, puis m’arrive une voix réconfortante de femme probablement tapie derrière la porte qui me permet d’oser m’essayer à un « Docteur PIOVEZAN, du SAMU. Je viens voir si je peux vous aider. » Je me demande à cet instant si ce n’est pas plutôt moi qui ai besoin d’aide.

    J’ai subi ce jour là le plus gros lavage de cerveau de ma vie qui aurait pu faire pâlir le KGB. Je ne me souviens plus comment les choses ont évolué par la suite. Ce dont je suis sûr aujourd’hui : en raclant  avec le dos de la main le dessous de mon menton je ne retrouve pas le stigmate cicatriciel d’une éventuelle balafre qui aurait précédé mon amnésie subite. Qui m’a sorti de cette sale affaire ? Ai-je déclamé le sésame providentiel à l’origine de ma libération ? J’ai un trou noir.

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  • La Dernière Expérience.

    PIOVEZAN Serge Michel.

                                      Les polars d’un soir.

    La dernière expérience.

    Première partie.

    Je jaillis hors de l’appartement. Il est au second. La porte grince comme d’habitude. Je dois mettre de l’huile. Laquelle? Arachide ? Un fond de bouteille dans le placard. Non, l’huile d’olive, c’est mieux. Le voisin dévale l’escalier. Il est comme un fil. Un fil avec deux yeux globuleux à son extrémité. L’escalier est raide. Sa base ne vaut pas la moitié de sa hauteur. S’il rate une marche, sûr qu’on retrouve une pelote au rez-de-chaussée. Sa femme, c’est une boule. Pas de croisement, encore moins de dépassement possible dans l’escalier étroit. Faut attendre. Sûr, elle en est. J’ai peur pour elle. Il n’y a pas de feux au départ de l’escalier. En cours de route il faut redescendre. Lui, on l’appelle Bill, moi j’appelle sa femme Bouquet. Je pouffe quand je les imagine l’un sur l’autre. Bilboquet. Mais comment font-ils ?

    Moi, je suis normal. Les autres disent que non. Ils paraissent tordus, je suis droit. Parfois j’ai des mouvements de torsions des poignets. Ça me prend n’importe quand. Eux ne bougent pas. Je ris, je parle, je crie, je pleure. Eux, rien. Je suis normal. A la poste, je n’y suis plus. Le « pestier », qu’on m’appelait. Faut dire qu’ils ont mis du temps à mettre au jour le résultat de mes expériences. Moi, je fais sans arrêt des expériences. Non, pas des expériences de scientifiques. Bien que…

    Ma mère à moi, une sainte femme, (c’est ce qu’on dit quand on est mort), faisait des expériences. J’étais au centre. Je devais traverser les rues en premier car les gens normaux s’arrêtent net quand un enfant passe. J’aimais ça, le bruit crissant des pneus, ils résonnent toujours dans ma tête. Et maintenant encore, je ne regarde pas les feux, je passe. Ça continue à crisser, c’est l’extase. Quand j’ai atteint l’âge, elle me donna le résultat de son expérimentation. Les gens normaux sont normaux, voilà. Je n’ai eu qu’une jambe cassée pendant toute la durée de l’expérience. Et encore, j’ai ramassé une fessée pour avoir traversé trop vite et faussé le résultat, le conducteur n’a pas eu le temps de faire crisser. J’étais déçu. J’avais mal. Le plus dur a été cette poignée de frein de vélo. Ils étaient  une demi douzaine de bariolés qui filaient en piaillant sur le macadam, mais lorsque j’ai traversé, quel ramdam ! Ils me sont tous tombés dessus : Souvenir douloureux, cette tige de fer qui est rentrée dans mon œil pour venir finir sa course derrière le front. Je ne voyais plus rien. Le crissement de pneus noyé dans un sifflement de sirènes. Je n’entendais plus rien. Si, résonne encore dans le bout de cerveau qu’ils ont bien voulu me laisser cette expression : « c’est sa dure-mère ! ». Comment savaient-ils, pour ma mère ? Diable ait son âme. J’ai mis de longs mois avant de sortir de l’hôpital, après ma sortie, il n’y a plus eu d’expérience, faute d’expérimentateur. On me dit que ma mère avait disparu du quartier. Je n’ai pas cherché à la retrouver. Elle me manque.

    Le temps a passé et c’est à mon tour de mener des expériences, non que celles-ci soient instructives ou intelligentes, mais, seulement parce que c’est comme ça. C’est écrit dans mon phylum, ça doit être comme ça. Les miennes doivent être personnelles et inédites, en quelque sorte, une sorte de progression, d’évolution commencée il y a belle lurette dans la famille. Ma grand-mère déjà, la mère de ma mère, s’était très tôt fait remarquer par la médiocrité et la banalité des expériences familiales. Elle était paysanne. Dans cette belle région vallonnée de Gascogne gersoise, elle s’épuisait à vouloir faire grossir des volatiles qui semblaient toujours trop maigres à ses yeux. Un jour, je ne sais quel ‘’Saint paysan’’ a fait germer en elle une idée illico transformée en expérience. C’est simplissime. Pour être gros, il faut manger; pour manger, il faut avoir faim; pour avoir faim, il faut être affamé, et pour être affamé il faut être privé de nourriture. Cette cascade ‘’praxique idéatoire’’ lui parut évidente. Comme elle paraissait d’inspiration divine, elle fut aussitôt mise à exécution. Elle semblait d’autant plus nécessaire qu’elle se prêtait bien à la catastrophique situation financière du moment. Oh certes le début fut idyllique, et l’appétit de ces volatiles semblait s’être décuplé en peu de jours à la grande satisfaction de ma grand-mère. Mais de prise de poids…que nenni, le foie gras tant attendu restait bien maigre. L’expérience tourna vite au drame que tous les saints paysans ne purent éviter. « Toutes les idées ne peuvent aboutir à des résultats mirobolants » déclina-t-elle humblement. Ma mère me raconta bien d’autres affaires, toutes aussi infructueuses et qui conduisirent mon (très probable) inconséquent grand père à la banqueroute.

    Bien sûr deux générations sont passées, et Darwin nous a appris que la sélection ne pouvait aller que dans le sens de l’amélioration des espèces, certainement les mieux adaptées. Je suis de cette génération et je suis normal. Je dois trouver cette expérience originale qui fera de moi le sommet de la pyramide familiale et l’as de l’expérimentation réussie.

    Les quelques unes que j’ai déjà tentées se sont soldées par des échecs cuisants qui m’ont obligé à changer en permanence de localité ou d’appartement. Mes voisins immédiats ne purent pas tolérer les odeurs pestilentielles dégagées par certaines ni les hurlements assourdissants de quelques autres. La plus décriée fut celle de la Poste avec mon idée géniale  de distribution aléatoire des courriers. Un grandiose remue ménage ! Cependant, ‘’ aléatoire’’, n’est pas synonyme de ‘’n’importe comment’’. Ce n’est qu’après une réflexion longtemps mûrie et peaufinée que les allées et venues des lettres et des colis re-directionnés dans toute la France, avaient atteint la perfection d’un ballet d’abeilles dans une ruche. Un miel succulent et bienfaiteur s’écoulait alors dans mes veines, ma tête éternellement revêche se remplissant d’un miellat bienfaiteur seul capable d’apaiser les grandes cicatrices, et les probables absences neuronales dans les entrailles de mes circonvolutions atrophiées. Ce chaos postal dont j’étais le seul instigateur et le seul fomentateur avait exacerbé l’instinct de pouvoir. Il s’arrêta net au passer de la porte du bureau de poste ou j’étais attendu par une cohorte de collègues prêts à me lyncher avant de me décapiter avec le premier ouvre lettre venu. Je fis volte face sèchement, sûr que tous ces timbrés allaient m’oblitérer le visage et moins sûr de pouvoir sortir ‘’recto verso’’ en bon état. C’est ainsi que je quittai à jamais cet établissement de lettrés par la petite porte. Mais quel délice ! Je savais désormais que je pouvais, et que j’allais faire mieux !

    Un long filet jaune incandescent glissait lentement le long de mon orbite vide, caressait ma joue atrophiée et finissait à la commissure des lèvres lorsque je me réveillai. La lumière intense du soleil, déjà haut à l’horizon, passait au travers du pertuis que je fis dans le corps du contrevent pour espionner l’extérieur sans être repéré. De jour en jour, devenant de plus en plus curieux, j’élargissais son diamètre avec une queue de rat subtilisée au magasin d’en bas, passant ainsi subtilement du trou sténopeique à la large béance du lorgnon de Sherlock Holmes. Paradoxalement, le champ de vision avec le petit trou était bien plus grand et j’arrivais à distinguer ainsi obscurément le balcon du dessus où sévissait la boule et belle Bouquet. Au travers de mon maigre halo de lumière, son corps désirable, blanc et laiteux apparaissait nuitamment auréolé tel un chef d’œuvre de Botero. Son image était fugace comme si elle se doutait de la présence de l’espion. Peut être aussi voulait elle aiguiser mon attention. De là vint mon erreur de vouloir agrandir l’orifice pour mieux voir : Mais, qui trop embrasse … Ma décision fut prise : il y aura un trou minuscule pour voir a 180 ° et un gros trou pour bien distinguer les mouvements alentours, sur l’autre volet. Celui-ci sera obturé par une capsule de Coca Cola enfoncée jusqu’à son effleurement extérieur. Pour profiter au mieux du champ de vision, je rognais l’épaisseur du bois autour de mon trou sténopeique jusqu’à se qu’il acquît l’épaisseur d’une feuille de papier. Ainsi, je voyais la rue, Poupée Bouquet, et parfois, hélas, Bill le fil de fer, sur la droite, l’Église avec ses dévotes endimanchées, et, sur la  gauche le cabinet de radiologie d’où sortaient des myriades de patients ‘’empochés.’’

       Du calme, du calme, depuis ma position couchée là sur le papier, je sens votre envie de faire connaissance avec mon père, je vois votre œil glauque qui commence à se poser des questions comme si je n’étais pas normal ! Attention, je pourrais me matérialiser là sous vos yeux  et y pénétrer à votre insu. Mais, pas question, je vous donne l’ordre, maintenant  que je vous connais, de continuer à lire cette histoire.

     

    De père, je n’en ai jamais eu. Quand j’étais petit, mes copains, à l’école, parlaient de leur père. Moi, je ne comprenais pas, ce mot n’appartenait pas à mon maigre listing cérébral. Les phrases à trous n’avaient pas de sens. « Hier, je suis allé avec mon … courir ».

    Nous vivotions, avec ma mère. Mère, un mot que je voudrais effacer de ma mémoire, la aussi, mais sans y parvenir. C’était tout au bout du village, une petite maison, plutôt une case, et même je suis sûr maintenant, un abribus. Oui, c’est vrai, ça explique certainement pourquoi le vieux tacot fumant s’arrêtait si près de chez nous ! Une piécette en dur où un adulte ne pouvait dormir de tout son long sur le coté le plus petit, augmentée d’un addendum en planche et contreplaqué incertain ayant servi de soutien à une réclame de Byrrh ; Le toit était en fer Dubonnet. Un seul siège en dur, et même très dur : la borne kilométrique à la tête rouge : TOULOUSE 90 km. Personne ne venait jamais. Ma mère ne me parlait jamais de mon père sinon pour me dire qu’il était toujours rond, ou même que je n’avais pas de père. Elle, peut être à cause des réclames qui soutenaient la maison, aimait « le sang du saigneur ». Bien que l’école n’ait pas voulu me supporter bien longtemps, j’ai appris par la suite qu’il fallait un ‘’S’’ à Seigneur et pas de ‘’a’’. Elle allait de temps en temps à l’église proche pour profiter surtout du bon sang qu’elle partageait en riant aux éclats avec un bonhomme qu’elle m’obligeait à appeler Mon Père. Les réserves de la sacristie s’épuisaient bien plus vite que ne l’aurait voulu l’arithmétique simple du nombre des messes dites. Cette spoliation sanguine ecclésiastique ne semblait étonner nullement la hiérarchie. Je me demande encore pourquoi, à la fin de certaines libations, elle m’obligeait encore à : « dit au revoir à ton Père. » Cela créait en moi, une certaine confusion ! J’ai grandi comme ça, de cahutes en cabanes, de tentes en gourbis, de cagibi en baraques en passant brièvement par la case… prison.

    Et j’en arrive à ce jour couché sur cette feuille de livre à vous regarder lire, les mains liées dans le dos, une tristesse infinie habite hélas mon corps plat alors que mon âme erre dans le sillage  de cet écrit.

           Quand je ne suis pas derrière mon trou sténopeique ou aplati à vous observer, je travaille !

    J’ai le grand honneur de servir d’agent de surface dans les sous-sols de la clinique d’à-coté. L’allocation d’adulte handicapé et le maigre salaire résultant de deux heures passées tous les jeudis soirs dans les sous-sols ne me permettent pas de vivre. Dans la clinique du  »Bon Sain’’, le directeur des ressources m’a autorisé à aller manger dans le petit mess des « grands ». Normalement strictement réservé aux membres du personnel mais presque exclusivement fréquenté par les chirurgiens pressés, à condition que je ne sois pas seul lorsque je m’y rends. Les choses se sont passées ainsi au début, mais les urgences et les déplacements incessants des chirurgiens sans cesse sollicités ont fait que la plupart du temps je me trouvais seul dans la pièce. Ce qui avait été une condition expresse est devenu avec le temps une théorie fictive. Une fois par semaine je remplissais à craquer mon estomac en prévision de jours moins fastes. J’arrondissais mes fins de faim par des chapardages mais aussi j’empruntais sans jamais rien rendre, des outils : une queue de rat pour mon volet, une pince, parfois dans la clinique même une fiole d’alcool, une boite de coton ou une pince de conformation bizarre, des spéculums translucides, des grosses seringues pour asperger les passants, des médicaments en tous genres .

             Je vois votre sourire en coin même dans ma nouvelle position couché sur la tranche. Vous vous reconnaissez donc, prenant une ramette de feuilles à votre entreprise, subrepticement et sans le faire exprès, ou bien peut-être un petit document inoffensif… à votre patron, au cas ou, plus tard, si un conflit éclatait, on ne sait jamais.

            Moi, par contre, ce n’est jamais par méchanceté et là, je reconnais volontiers que je suis anormal, jamais je ne ferais de mal à personne. Lorsque j’étais enfant, j’adorais vagabonder par les chemins blancs et traverser les prés ‘’pâquerettés’’ de notre belle campagne vallonnée. Un jour j’ai trouvé, camouflé dans un buisson, un bidon de fer blanc de la grandeur d’un cartable et qui probablement avait contenu de l’huile de tracteur. Je le pris, le découpai avec l’Opinel que j’ai toujours sur moi,  d’un petit volet sur le flanc qui servirait de porte ; Le fourrant de foin et de brindilles j’en fis une cuisinière à bois comme celle de l’abri bus. Ah, que j’en fis cuire des poulets quand je trouvais une fourmilière. Les cuire vivantes les faisait se contorsionner sur la plaque chaude, les loches et les limaces transpiraient leurs gluantes sueurs, les sauterelles crissaient et leurs membres se tordaient comme des allumettes qui se carbonisent. Mais jamais elles ne se sont plaintes.

    C’était mon plaisir, immense, de côtoyer les médecins dans la cantine. Certes je n’avais jamais l’occasion de parler, mais tout le monde avait appris à me connaître, j’étais devenu transparent à leurs yeux. Je pouvais écouter et enregistrer des conversations personnelles ou professionnelles, les récits des diverses interventions chirurgicales qui devenaient ainsi, au fil du temps, aussi limpides que si j’y avais participé, les erreurs de diagnostic si mal vécues des protagonistes, les accouchements faciles et les ‘’dystociques’’, comme ils les appelaient. Je me persuadais que je serais capable d’amputer une jambe gangrenée, de sauver une jeune mère d’une torsion utérine avec hémorragie cataclysmique, d’anesthésier à brûle-pourpoint un brûlé vif se tordant de douleur dans un dernier sursaut de vie. Tout devenait clair dans mon cerveau surexcité. Je n’arrivais pas à comprendre comment on pouvait discuter des heures d’un diagnostic alors que moi, ignorant, ou plutôt croyant ignorer, je voyais de plus en plus nettement les choses qu’ils révélaient, là, à mon oreille attentive. Sur les médicaments même, je commençais à en savoir beaucoup. La colchicine pour le pied rouge sang de la goutte, la digitaline pour cet homme qui s’étouffe sous le tsunami de son poumon cardiaque et le lasilix° pour le faire pisser comme le Niagara, le Diprivan° qui engendre une anesthésie rapide et courte bien utile pour les actes vite faits. J’ai si souvent entendu les anesthésistes parler de ce produit et de ses effets néfastes que je pourrais instantanément vous anesthésier, le temps de vous voler votre portefeuille. A votre réveil, il serait revenu dans votre poche…allégé de son contenu.

    Ne vous tâtez pas le cœur, vous vous rendez bien compte que dans ma position actuelle je ne peux pas mettre mon savoir à exécution. Votre portefeuille est en sécurité dans votre poche, mais… tout peut arriver….

           J’aimais aussi me prélasser sur le canapé de cuir fauve, patiné par les fondements illustres du passé, éculé aussi par endroits mais tellement attirant. Je passais de longues minutes à parcourir les journaux laissés là par le personnel bipé en urgence. Il y en avait pour tous les goûts : les politiques, les scientifiques, les spécifiques et les généralistes. Mais aussi les humoristiques, les osés et les dénudés, les orientés féminins et, déjà cités, les masculins. Moi, je lisais les quotidiens et j’en avais sept à lire.

            Mais allons donc, essayez de suivre sinon, vous n’arriverez pas à la fin de mon histoire et j’en serais contrit. Sept, bien sûr, puisque je me rendais à la clinique  pour travailler, une fois par semaine, le jeudi si vous voulez savoir. Je  ne le répéterai plus.

           Les quotidiens de la ville et les régionaux ne parlent que de l’actualité de chez nous. J’adore la rubrique nécrologique et les publicités. « Mme Thanato vous fait part de son décès arrivé bien trop tôt »… puisqu’elle n’a pas pu terminer sa rubrique. Mr Devin aurait voulu vous inviter à son enterrement s’il avait pu y assister. Il vous remercie d’avoir pris sa place. Et les publicités : excellentes, bien plus intéressantes que les réclames du temps des Dubonnet. ‘’Une superbe voiture Renault pour tout le monde avec 60 euros par mois sur cinq ans’’ écrit en gras et en couleur  mais aussi en très petit  juste sous la roue de la voiture, avec un premier versement de 10 000 euros. Et voilà, l’affaire est dans le sac. Renault s’est foutu de vous ! Et en grand !

    Aujourd’hui, la crise économique mondiale vante la revente de l’or, de l’argent et du cuivre à des prix d’achats superfétatoires. Quelle mamie n’a pas dans le tiroir de la vieille Singer qui file une bonne retraite dans le grenier de la maison, une petite douzaine de piécettes en or pour les  »en cas » ? Napoléon ou Louis ? Peu importe. Et le cuivre ? Le journal nous rapporte le cas d’une paysanne du voisinage qui a dû se rendre à la ville pour se plaindre auprès  des télécoms de l’inactivité de son téléphone. Et qu’elle n’a été sa surprise d’entendre que les cinq cents mètres de fils de cuivre de sa ligne avaient été volés nuitamment.

    J’ai beaucoup souffert aussi de lire ce soir dans ma rubrique préférée, celle des chats écrasés, l’accident gravissime de ce gamin, enfourché et brinquebalé par une horde de cyclistes piaillant, juste de l’autre coté du pâté de maisons, et dont la vie ne tenait qu’à un fil. Tout mon corps se mit à trembler, une sueur froide ruisselant dans mon cou ; Un rideau tomba devant mes yeux, je laissai tomber le journal. De longues heures s’étaient probablement écoulées lorsque je me réveillais baignant dans une flaque d’urine, la langue sanguinolente. Après quelques minutes de torpeur écrasante, je me suis remémoré les descriptions imagées de la crise typique d’épilepsie que les médecins du mess mimaient tout en avalant à la hâte les dernières bouchées du repas. Je venais donc de faire une crise épileptique, du seul fait de revoir les images confuses de mon accident ravageur. La dure-mère, le crissement des pneus, la tige de fer revenaient me torturer. J’avais la tête comme une boule de feu. Je giclai hors du mess et courus ; Plus je courais, plus le feu de la tête semblait attisé. Je montai les escaliers à la vitesse de l’éclair sans me soucier de la présence ou non du bouchon possible de la Bouquet, sautai sur mon lit en me fracassant la tête sur les montants du lit et m’endormis, j’espérais pour l’éternité.

    L’éternité fut de courte durée et me rendit à la vie, complètement transformé, je ne me reconnus plus. Je m’endormis Dr Jekyll et me réveillai Mr Hyde. J’étais normal et me sentis anormal. J’étais nonchalant et devins explosif. Le plus étonnant dans ma nouvelle peau était  anormalement normal de me retrouver anormal, j’acceptais désormais mon anormalité et même voulais tout de suite en profiter.

    Tout était en dessus-dessous dans ma cervelle commotionnée. L’or, l’argent et le cuivre s’amalgamaient aux Byrrh, Izarra, Bénédictine et autres alcools anciens, tant et si bien que je me demandais si je n’émergeais pas tout simplement d’une cuite ‘’gigantissime’’ qui allait s’évanouir dans les minutes à venir. Sauf que revenait, sans cesse, parmi les volutes folles de mon désordre interne, la sensation étrange d’un devoir inassouvi. Malgré mes efforts soutenus je n’arrivais pas à rassembler et ordonner les pensées évanescentes qui tournoyaient dans mes hémisphères cérébraux, s’éloignant et se rapprochant à la vitesse de la lumière, et soudain ….le calme chût. Une plaque de cuivre jaune phosphorescent étincelait de tous ses feux avec en lettres d’argent et d’or gravées, ce mot:

    « Expérience »

    Le fil ténu qui relie les membres de ma famille, de génération en génération, s’est soudain démêlé comme un ressort comprimé que ne pouvait plus contenir ma tête, pour me rappeler à mon destin. Aléa jacta est. Il faut reprendre les choses en mains. Je m’y attelle immédiatement.

    Mon fil d’Ariane sera le cuivre, l’or ou l’argent.

    Tout d’abord il me faut un détecteur de métaux innovant, sensible, et indétectable, quelques outils simples qui me sont familiers et que je possède déjà. S’il m’en manque un, je le subtiliserai, comme de coutume, au magasin d’en bas ou à la clinique. Je décide que cette expérience portera sur trente cas, pas un de plus. Comme dans le théâtre antique, l’unité de lieu toute trouvée sera : « Les Bons Sains ».

    Le détecteur de métaux doit être passe-partout, pas repérable, peu volumineux, plutôt en bois pour un contrôle strict de l’humidité qui pourrait endommager les circuits électriques. Je dis bien électriques et non électroniques, pour la bonne raison que mes connaissances sont nulles dans ce domaine. Les solénoïdes aux fils de cuivre, les diodes, les capacités, les push-pull les circuits amplificateurs et les sinusoïdes me rappellent les longues heures de mon enfance où je fabriquais dans des boites d’allumettes des sonnettes improvisées. Tiens les allumettes me font penser aux cigares du Mess des médecins. Ces belles boites de cigares de la Havane feraient très bien l’affaire, elles sont discrètes, assez grandes, sèches et facilement logeables dans un sac.  Je courus au Mess : une boite de Cohiba presque vide et une pleine de Bolivar m’attendaient sereinement.

    J’ai passé une semaine entière à enrouler le fil sur  le noyau de fer doux, à souder, amplifier, dessouder, compresser, coller, tester et  »re-tester », sans compter la demi- journée à démonter mon sèche-cheveux pour lui voler son cuivre, et une autre pour aller à la grand’ ville acheter un vu-mètre de la grandeur idoine pour l’insérer en lieu et place du O de Cohiba et le rendre ainsi invisible. Enfin l’appareil fut prêt et capable de détecter une aiguille dans une meule de foin. Un de ces soirs, je le testerai incognito à la clinique.

    La deuxième boite de Cohiba contiendra le peu de matériel nécessaire aux expériences, comme une pince, une seringue éventuellement et quelques fioles, ainsi qu’aux rapatriements des butins. J’adapterai tout cela par la suite.

    Cessez de trembler comme une feuille, n’oubliez pas que je suis là, couché dessous, et ça me donne des nausées. Je vous ai déjà dit que je ne savais faire du mal à personne, croyez moi.

            Malgré tout le sérieux de ces préparatifs, je fus un peu tourmenté par la facilité du dispositif imaginé. Et si un problème de dernière minute se faisait jour alors ? Qu’elle serait la stratégie de retrait ?

    La seule boite de cigares banalisée ne suffirait peut être pas pour m’innocenter. Il me faut encore peaufiner la stratégie avant de me lancer dans l’opération. Le plus difficile est cette transformation lente que je sens monter en moi, de l’expérience au défi ! Cette nuit je dois tester le dispositif dans sa globalité, sans chercher le gain ou le profit.

    Comme chaque semaine, je quitte mon appartement vers les vingt heures pour me rendre à la clinique proche  mais ce soir je porte mon précieux ‘’Cohiba-mètre’’, si finement ciselé pendant des heures, un véritable objet de précision sous le bras. L’escalier est vide comme d’habitude et, franchie la porte vitrée de la clinique vidéo-surveillée, je me dirige vers le ‘’descenseur’’ qui me laisse au premier sous-sol, celui là même où se trouvent les salles d’opération, où, bien sûr, je n’ai pas accès. C’est d’ailleurs étonnant d’avoir installé les salles dans un lieu où le sommet de la seule fenêtre de la salle principale donne sur le caniveau de la rue des Martyrs : Bonjour les dégâts lors de l’aération. Mais peut être n’y a-t-il pas lieu d’aérer. La clinique, bien que très ancienne, est entièrement aux (sévères) normes actuelles comme le disait le Docteur VOATT lors de l’inauguration, après des travaux gigantesques. J’ai un peu de retard, mes heures pour le balayage des couloirs se situent entre 20h et 22h au moment où tout est redevenu calme. Je suis tranquille. Rarement passe une infirmière se rendant à l’autre bout du long couloir pour prendre un dossier aux archives. L’occupation n’est pas harassante puisque je suis pourvu de toutes les commodités modernes pour ce travail. L’imposant ‘’vibro-astico-aspirateur’’ à désinfection ultraviolette fait tout à ma place et parfois me lustre aussi les chaussures. Si bien que, lorsque j’arrive au niveau des tableaux d’occupation des salles et des interventions programmées, je peux prendre tout mon temps pour étudier les horaires et bien viser ma cible. Ce soir, j’ai bien vite repéré une intervention avec anesthésie totale terminée probablement assez tard. Le malade aura sans doute regagné sa chambre après son récent passage en salle de réveil et je pourrai compter sur son état léthargique pour tester in vivo mon Cohiba-testeur. Je prévois une efficacité au bout de 20 minutes et peux donc terminer tranquillement mon travail. Je tourne tout de même la manette d’accélérateur de l’engin nettoyeur positionnée sur cinq au lieu de trois et j’entends sa turbine interne qui se met à ‘’turbiner’’ dur. C’est la première fois que je (il) travaille à cette vitesse. Espérons le incapable de m’aspirer un ongle des orteils ou un pan de moquette ce qui mettrait bien à mal mon premier plan d’action.

    21h30 :

    Je prends dans le placard de service où j’avais échangé mes habits de ville contre cette tenue ridicule d’un vert douteux, le testeur savamment planqué au fond de l’étagère supérieure, et me rends, par la porte de secours, à l’étage supérieur, Salle 20 coté rue. Je rentre sans frapper, pas la peine, un homme barbu de quelques jours peut être, est allongé sur le dos et ronfle paisiblement. Un ‘’goutte à goutte’’ qui me parait simple, peut être de l’eau, passe imperceptiblement de verre à veine. Je ne perds pas de temps et pose mon détecteur de métal sur le creux de son estomac, L’aiguille de mon vu-mètre s’affole traduisant un objet métallique sous-jacent. Pour savoir ce dont il s’agit, je m’apprête à soulever les draps et ouvrir son pyjama à la recherche d’une éventuelle médaille de Lourdes en argent, lorsqu’il ouvre brusquement les yeux avec un air épouvanté. Heureusement la canule d’oxygénation qu’on lui avait enfoncée dans le gosier pendant l’opération lui avait probablement abîmé le pharynx et les cordes vocales et aucun son ne sortit de sa bouche. Cela me laissa le temps de prendre l’air le plus candide que je ne me connaissais pas et de lui expliquer, les jambes tremblantes et la bouche sèche, que je venais de lui faire un ‘’Cohigramme’’ de surveillance habituel après une telle intervention. Comprit-il quelque chose? Il se rasséréna. Je pris la poudre d’escampette, le Cohimètre sous le bras, redescendis en nage l’escalier de secours, mis mes affaires de ville sur le costume vert, sans me soucier si elles étaient à l’endroit et arrivai, haletant dans ma chambre. Je me jetai sur mon lit en évitant de me fracasser la tête contre la tête de lit cette fois-ci. Quand je me réveillai, je me surpris à penser, à m’émerveiller même, comme pour la conquête de la lune ou l’exploration en son temps des lointaines Amériques, d’avoir prévu un test de fiabilité de la méthode. La conclusion paraissait évidente et ne faisait plus de doute, J’attendis désormais sereinement et sans aucune appréhension l’arrivée du jeudi suivant pour lancer le corps de Mon Expérience.

    Deuxième partie.

    La ville était paisible. Tout le monde vaquait à ses occupations habituelles. Et pourtant ce matin-là, à la relève du personnel de nuit, un germe menaçant allait sortir de la clinique par l’entremise d’une infirmière bavarde, pas la plus intelligente certainement puisqu’elle dût se faire mousser en lançant dans la ville une ‘’araignée empoisonnée’’, peut être chez le boulanger, ou bien chez sa grande amie Pipelette de la rue des ‘’Grandes Gueules’’. Cette minuscule araignée allait tisser sa toile maléfique sur toute la ville, Oh, ce n’était pas bien méchant : « Une jeune femme est morte ce dimanche » dit-elle avec un léger rictus qui laissait suinter une goutte de jus douteux. Et le papotage continua comme il se doit dans le monde des pipelettes. Mais les pipelettes ne sont pas sourdes. Et voilà-t-y pas que Pip2 met son châle noir et part à grandes enjambées chez Pip3 en lui racontant, l’air de rien, qu’une femme très jeune avait succombé dimanche à une maladie inconnue. Pip3 part en trombe chez Pip4 qui était avec Pip5 et déjà la peste (c’est le cas de le dire) était aux portes de la ville, les médecins n’y comprenaient rien. La toile s’étendait à la vitesse Pip au carré.

    Cependant, dans la clinique, depuis plusieurs jours, c’était effectivement le branle bas de combat.

    Le Dr Voatt est un homme rond mais carré : Il est tellement rond que les spécialistes comportementaux et physionomistes  l’auraient bien classé dans le groupe des  pycniques cyclothymes, s’il n’avait été aussi carré. En effet, dans la clinique des Bons Sains, il en était quasiment le chef, non pas qu’il tînt à avoir la suprématie sur tous les autres mais il avait de tellement bonnes idées qu’il les menait jusqu’au bout avec brio et ténacité. Tout le monde lui tirait le chapeau et lui laissait carte blanche. Il avait des yeux aiguisés comme des flèches, voyait tout, des oreilles dignes de la CIA et la langue bien pendue. Depuis quelques semaines maintenant, il semblait s être ovalisé, les flèches de sa vue se transformaient petit à petit en flèches à ventouse et la CIA en vulgaire Quai des Orfèvres. Sa belle langue rose se  »marsupialisait » tel un vieux sac à bretelle de mémés.

    Il y avait de quoi être très inquiet. La clinique jusque là exemplaire,  subissait l’assaut d’une épidémie de pathologies nosocomiales incompréhensibles. La pathologie avait débuté voici un mois et demi par une septicémie chez une jeune femme de 32 ans qui étaient venue se faire opérer d’une complication hépatique d’un calcul de la vésicule. Il s’était enclavé dans le canal cholédoque d’où il s’obstinait à ne pas vouloir sortir. Elle avait été opérée avec succès et sans complication évidente le jeudi matin et avait présenté  une fièvre très élevée le samedi matin ; L’hémoculture avait montré la présence de Echerechia Coli dans le sang. Le Dr Voatt savait très bien que ce microbe vit dans l’intestin et qu’il peut, lors de cette intervention, passer dans le sang. C’était la première fois que cela arrivait. L’inondation antibiotique était venue à bout de cette grave infection. En fait, rien de très exceptionnel mais le destin est tenace et huit jours plus tard un phénomène analogue se produisit avec de nouveau un Escherechia coli chez une autre opérée récente, qui elle, était rentrée chez elle après une intervention sommes toutes anodine. Elle revint en urgence avec une forte fièvre, le dimanche matin. Elle mit en éveil le sens critique du Dr Voatt qui avait des connaissances très pointues en sémiologie et qui anticipait toujours. C’était dans sa nature et en adéquation exacte avec la démarche médicale. Il sentit en lui une confusion  inhabituelle et s’inquiéta de la possible apparition d’une contamination iatrogène. Il demanda un sérotypage de ce germe habituellement inoffensif. Toujours tourmenté sans raison précise, il demanda à tout le personnel de redoubler de vigilance dans l’asepsie des soins, le lavage des mains, le changement des blouses, en prenant soin de ne pas croiser les anciennes et les nouvelles, de toujours porter le bonnet, pour les femmes aux cheveux longs, de respecter les normes scrupuleusement, au cas où ! Il fit jeter et renouveler tout le matériel jetable à utilisation unique même si la date de péremption n’était pas atteinte, fit tout désinfecter. Il croisa les doigts pour que tout s’arrête là. La fin de semaine approchait, il ressentit un frisson étrange. Décidément, c’était presque devenu une tradition maintenant, une jeune femme se présenta, pliée en deux, une main retenant son bas ventre, une fièvre de cheval, et des écoulements génitaux malodorants. C’était un autre dimanche maudit. S’il n’avait été athée, il aurait pensé à un châtiment divin. Mais pour quelle raison ? Ce qui se dit en ville serait-il à prendre au sérieux ? Serait-ce une peste des temps modernes transmise par quelque animal galeux ? Un tison le transperça et il décida tout de go d’examiner les kilomètres de pellicule que cracherait l’enregistrement vidéo de la porte d’entrée, à la recherche de,,,, il ne se doutait même pas de quoi. Une bête ? Un Humain qui transporterait incognito un animal de compagnie strictement interdit ou des aliments tout aussi indésirables ? Il verrait bien. Il prit la décision d’y consacrer le dimanche entier, mais avant, il avait à affronter les contrôleurs de la DDASS qui avaient été prévenus pas ses soins. En effet trois cas douteux dans un contexte de panique générale in situ et dans la ville ne pouvaient pas laisser indifférents les fins limiers du département. Entre temps, la culture des secrétions putrides vaginales de la dernière victime, s’obstinait à déclarer le Coli OC138, toujours le même germe responsable de cette situation inextricable. Les agents du FBI local firent tout, des prélèvements multiples, des examens à la loupe, consulté les bibliothèques… Ils auraient même lancé des carottages géologiques des sous sols de la clinique, des sondes Curiosity sur les champs stériles des salles d’opération, des endoscopes géants dans les tuyaux d’évacuations des eaux usées, des spy-wares et des chevaux de Troie dans tout le réseau informatique de la ville et même de la Région. Mais voilà ! Peu de subventions pour les investigations à faire. Où restait-il à chercher ?

    Le Dr Voatt arriva de la ville, noir de colère. Il assista, bien malgré lui, aux échanges d’inepties inévitables dans la boulangerie, bloqué dans la file d’attente, derrière le présentoir à gâteaux.  Ah, c’était facile ! «  Dr Voatt n’y voit que dalles ! » Disait un échevelé aux neurones probablement dans le même état que ses cheveux, et « si c’était les Marsiens ? Surenchérit l’autre. Nous, On va voir chez eux sans permission, peut être qu’ils se vengent. » Et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il obtint enfin sa baguette toute chaude.

    Il s’affala sur son siège, désespéré. Il réfléchit, les doigts glissés dans les quelques dizaines de cheveux qui lui restaient et qu’il n’allait pas garder bien longtemps, dans cet état anxiogène. Il pensa tout haut : « ça ne peut pas être un phénomène naturel…. nous en sommes déjà à trois femmes alors que la terre comporte grosso modo moitié-moitié d’hommes et de femmes. Ce ne peut être qu’une personne qui, par inadvertance, transporte sur ses mains le même microbe, mais pourquoi alors ne se développe-t-il qu’en fin de semaine ? » Il décida de convoquer un par un tous les membres du personnel pour se rendre compte, inspecter, interroger, scruter, responsabiliser, conseiller et parfois seulement faire connaissance. Serait ce un panaris sur les doigts d’une infirmière ? Une pathologie cachée ? Tout en respectant la décence et la confidentialité, il allait examiner subrepticement l’état de la plus petite lunule, la structure de tous les tragus visibles, les caroncules de tous les yeux ainsi que les commissures de chaque lèvre.

    Il commença par ses confrères qui se livrèrent corps et âmes aux investigations de leur collègue. Il le fit pour ne pas se mettre en porte-à-faux avec le reste du staff, mais pensait bien que, au moindre doute infectieux, il aurait été mis au courant sur le champ par le confrère lui aussi confronté à la même calamité. Il en fut de même avec les infirmières chez qui, malgré un questionnaire serré, rien ne l’inquiéta. Le personnel des cuisines, des chambres, des bureaux et même les secrétaires passèrent à la moulinette médicale. Momo aussi passa devant l’inquisiteur, sans soucis. Lorsqu’il franchit la porte du bureau du Docteur qu’il avait croisé de multiples fois, sans lui parler, dans le mess de la clinique, il se vit offrir un Armagnac Samalens bien de chez nous. Le médecin allait s’en procurer directement dans les chais de Nogaro où il pouvait ainsi profiter des multiples dégustations, des Vieux, des Hors d’âge. Il ne détestait pas les sans-âges du tout. Le Dr Voatt était un épicurien à n’en pas douter. Momo refusa tout alcool.  Il n’en buvait jamais lui dit-il. Avant de passer aux choses sérieuses, il lui tendit la boite de havanes qu’il affectionnait particulièrement et ne parut pas apercevoir le léger changement de nuance de la peau de son vis à vis. « Non merci, je ne fume jamais non plus. », Répondit-il avec assurance. Le Dr Voatt, un peu blessé de ne pouvoir se servir seul d’un objet interdit dans les locaux de la clinique, lui expliqua qu’il partait tous les six mois à Cuba. Il se rendait dans la verte et attrayante région de Vignales, dans le nord de l’île, pour tester les meilleurs cigarillos et faire ses emplettes. « Mais pourquoi vous appelle-t-on Momo ?». Celui ci se hasarda à un trait d’humour : « peut être un diminutif de  »Mauvais’‘ : En fait, mon nom est trop long : Modeste Lespérimentaleur. » Bien, passons aux choses plus sérieuses et là le Dr Voatt lui expliqua avec des mots simples les infections en séries depuis quelques mois, s’il n’avait pas été malade et autre question orientée. Momo ne s’étendit pas sur la bonne santé générale de sa famille et expliqua sommairement son accident d’enfance, son amaurose unilatérale par absence de l’œil énuclée dans la foulée, sa pension d’invalide et même dernièrement, sa crise d’épilepsie dont il ne voulait pourtant pas dire un mot. Mais le charisme, la gentillesse et l’affabilité du Dr Voatt qui lui parlait en homme, peut être en père, le contraignirent à s’épancher plus que à souhait. Il quitta le Dr Voatt et rentra chez lui rassuré. Il n’en était pas de même du médecin qui ressentit le même sentiment d’échec que les nombreuses fois où le diagnostic erroné ou incomplet avait été préjudiciable au malade venu le voir avec confiance.

    Le dimanche était maussade et bien que pour une fois pas trop enclin à la plaisanterie, il dit à sa femme qu’il devait passer sa journée au cinéma. Ce n’était pas la meilleure blague à faire à son épouse qui avait décidé de longue date que ce dimanche serait consacré à la plage, la nage et le farniente. En ce qui concernait la nage, lui, était déjà dans le bain. Il dût expliquer et répéter qu’un certain devoir l’obligeait à se rendre à la clinique, qu’elle était bien sûr au courant des ragots de la ville, mais qu’il n’y avait pas de fumée sans feu. Il s’entendit dire en ricochet qu’il ne s’appelait pas  »inspecteur  Bourrel  » et que des gens parfaitement compétents étaient sur l’affaire. Il eu gain de cause lorsqu’il décréta : « Si tu tombes malade dimanche prochain, va directement voir les gars du FBI alors. »

    Son bureau avait été aménagé à la façon ‘’château fort du Moyen Âge’’. Derrière son trône, trois litres cinquante au moins de son Armagnac favori, sur un coin du bureau, une boite de gros Cohiba et trois de cigarillos Bolivar, sous la fenêtre, où il espérait un hypothétique courant d’air frais conservateur, pas loin d’un demi kilomètre de saucisse à la couleur Kaki déjà douteuse .

    Au milieu du bureau, il avait fait venir directement de la fabrique le dernier magnétoscope, le plus sophistiqué, mais surtout le plus précis du moment avec maintes vitesses de défilement avant / arrière / arrêt sur image, zoom super puissant et j’en passe. Sur sa gauche trônait un écran de télévision haute définition, pas très grand, mais avec des pixels brillants comme des étoiles super MOLED et compagnie. Le technicien de la clinique lui apporta les huit cassettes en lui expliquant que seuls les derniers 15 jours étaient en haute définition mais les cinq mois précédents avaient été compressés en un format dégradé qui ne permettait que d’avoir une vision d’ensemble sans détail précis.

    Il demanda à ce qu’en aucune manière on ne le dérangeât de la journée.

    Le technicien disparu. Il enfila la première cassette chronologiquement étiquetée A dégradé ; Il s’empêcha, mais pas pour très longtemps, de mettre les pieds sur le bureau, à l’américaine comme au temps de la prohibition.

    Son téléphone antique, se mit à faire trembler le bureau et n’accepta d’arrêter ce vacarme qu’au décrocher du combiné noir. Une voix connue lui appris qu’une autre femme était rentrée dans la nuit avec une possible métrite carabinée hyperfébrile. C’en était trop, la rage le prit mais paradoxalement se calma aussitôt.

    Au bout d’un certain temps, il regretta la plage et la vraie brasse. A midi, il n’avait parcouru que trois cassettes du fait que, consciencieusement, il revenait en arrière pour revoir le moindre détail, détail introuvable, il s’en doutait. Midi : Il fit une pause saucisse, eau de vie, tabac et s’aperçut, mais un peu plus tard dans l’après midi, que le mélange n’était pas cohérent et qu’il en prenait lui même le chemin. Il ne revenait plus en arrière pour voir les détails de la vidéo, non pas parce qu’il n’y en avait pas mais bien parce que le bouton idoine n’existait plus. Il décida sagement de faire une bonne sieste pour métaboliser les kilomètres de pellicules et accessoirement les quelques mètres de saucisses ‘’armagnaquées’’, à cette heure, noires tirant sur le violine.

    Cinq heures sonnèrent à l’horloge de la ville quant il ouvrit un œil dubitatif, mais l’autre le mit tout de suite dans l’ambiance. Il  restait quatre cassettes avant le soir et surtout il attendait un résultat positif, sinon rien. La sieste avait porté conseil en plus de la digestion du mélange explosif à la Ben Laden.

    Sur les mauvaises images dont il était gavé, apparaissait un individu qui entrait  à la clinique avec un paquet carré ou un livre sous le bras et sortait quelques heures après avec un objet dans les mains, qu’il portait cette fois devant lui avec l’attitude du chef de l’église anglicane apportant la couronne de diamants à sa Majesté. Il ne savait pas si c’était un effet de la saucisse violette, un rêve de sieste arrosée ou la réalité. Il reprit la cassette A puis B puis C à grande allure et s’aperçût que ce bonhomme faisait la même procession tous les jeudis soirs. Rien de bien dangereux. Grâce à ce retour sur le passé, il apprit beaucoup de choses sur la vie de la communauté de la clinique. Telle infirmière, par exemple, peut être la meilleure, en tout cas sa chouchoute qui se jette , au sortir de la clinique, dans les bras d’une autre femme, leurs seins et leurs bouches s’effleurant tendrement mais furtivement; Le malade qui rentre à la clinique après avoir lancé un regard à droite et à gauche, un long museau de chien de type « saucisse » qui pointe par la boutonnière dégrafée de la veste choisie volontairement trop ample ; Le personnel qui sort de la clinique bien plus tôt que ne le stipule son contrat…etc.

    Quoiqu’il en fût, il tint à revenir sur le seul élément étrange de ce visionnage lorsqu’il en arriva à la cassette incomplète  numéro huit, pleine d’images de qualité. Il se précipita sur le compteur pour se rendre directement à l’index : jeudi 20h. Il eût pas mal de difficulté à stabiliser l’image, eu égard à la complexité de cet appareil trop sophistiqué. Il y parvint, fit un arrêt sur image et reconnu immédiatement MOMO qui se rendait à son travail. Mais pourquoi portait-il cette boite avec cette attitude d’adorateur ? Il zooma au maximum sur l’objet carré qu’il portait sous le bras. A n’en pas douter il semblait s’agir d’une boite plutôt marron mais où il était impossible de distinguer plus d’une couleur malgré la qualité de l’appareil. L’image très pixelisée laissait deviner une sorte de couronne sur la face de la boite avec un point noir en son centre. Il changea d’image et même de jeudi mais rien ne permettait de savoir de quoi il s’agissait. Éreinté, fatigué, dépressif, s’avouant vaincu, il s’étira de tout son long sur son confortable fauteuil de velours noir. Après un moment de détente bien mérité, il se pencha sur son bureau pour prendre un cigarillos et reçu un choc électrique dans sa réticulée ascendante. Il faillit dire « Bon dieu, mais c’est bien sûr. »  Mais il se retint puisque sa femme avait affirmé qu’il n’avait rien d’un commissaire. La boite, il en était persuadé maintenant était une boite de Bolivar avec sa tète caractéristique, auréolée d’une cape et d’un chapelet de pièces de monnaie.

    Une bonne chose de faite, elle  redonnait du cœur à l’ouvrage au Dr Voatt.

    Il se remémora sa rencontre avec Momo dans son bureau, essaya de dérouler de nouveau le film de leur conversation, l’Armagnac qu’il refusa, mais aussi le cigarillo pourtant excellent qu’il lui présenta dans une boite similaire. Pourquoi se promène-t-il dans la clinique avec une boite de cigarillos qu’il ne fume même pas et qu’il paraît idolâtrer à la sortie comme si c’était un trésor de Bolivie provenant du Lac Titicaca proche. Il était tard, sa tête fumait, il n’était pas plus avancé et il rentra le teint blanc à la maison en lieu et place du beau teint hâlé qu’il aurait pu prendre à la plage.

    Troisième partie.

    C’était jeudi. Pas un jeudi de n’importe quand. C’était son anniversaire et il ne l’avait pas prévu. Mais c’était aussi le jour de l’apothéose de son grandiose défi expérimental qui allait faire honneur à sa famille. Il était au terme de la série des trente expériences prévues. « Ça va être quelque chose! » Bougonna-t-il dans son fort intérieur. Il en était arrivé même à acheter une bouteille de champagne, du bon croyait-il, alors qu’il ne s’agissait que d’une Veuve Cliquot qu’il n’ouvrirait même pas, car il abhorrait l’alcool. Il avait tout de même placé à coté de la bouteille une flute très haute qu’il avait chapardée toujours chez son distributeur préféré. Vingt heures ; L’heure du dénouement s’approchait à grands pas. Il prépara son réceptacle à bijou cubain qu’il mit sous son bras et sans changer un iota à son habitude il quitta fièrement son logis pour se rendre à la clinique qu’il atteignit très vite. Il passa la porte de verre et prit le ‘’descendeur’’. Il mit en marche son aspiro-lustreur avec le turbo réglé sur puissance maximale. Il arrêta net à 21h30 précises pour se rendre à son placard où il se chargea de son matériel. Deux chambres étaient ciblées avec deux malades récemment opérés dont l’un, au moins, ferait l’affaire. C’était la salle numéro 19 et l’autre, qu’il visa, était prédestinée avec le 3 et le 0 collés en lettres étincelantes sur la porte. Il entra, sans complexe et sans frapper bien sûr, installa son détecteur sur le corps de la victime. L’aiguille du détecteur s’affola et prouva ainsi, la présence d’un dernier trésor sous-jacent. Il ouvrit la boite, s’empara de la seringue au bout de laquelle il adapta l’aiguille, coupa d’un geste sec le cou de l’ampoule de diprivan°. Il en suça la moitié du contenu et vint l’injecter lentement, sûr de lui, dans la tubulure du goutte à goutte de sécurité encore en place. Il rangea rapidement le matériel sans s’occuper du sort du malade mais, par hasard, son regard passa sur son visage. Il fut pris de stupéfaction. Il n’en croyait pas ses yeux tant la Nature, en cette journée mémorable, lui apportait d’intense joie. C’était le bouquet final. Mme Bouquet en chair et en os était sous ses yeux ébahis. Elle dormait calmement. Il  ne perdit pas une seule minute. Il aura tout le temps, plus tard, autour de sa bouteille de Champagne et ses trente trophées de savourer cette journée exceptionnelle. Il souleva les draps, écarta avec tendresse les cuisses de Mme Bouquet et fit de même de ses lèvres, se tourna sur le coté pour atteindre le spéculum dont il ne s’aperçut pas du changement de transparence, l’introduisit entre ses deux doigts. Avec la pince,  il coinça les deux fils et tira fermement dessus pour extraire son trentième stérilet au CUIVRE, son dernier GyniumT* de collection,  preuve de sa victoire, quand la porte de la chambre s’ouvrit brutalement, le Dr Voatt apparut, affublé de deux personnages sombres en uniforme.

    Partie finale.

    Le Dr Voatt avait fini par admettre qu’un personnage était à l’origine de ces cas graves d’infection profonde. Toujours des femmes et toujours à la même date ce qui faisait remonter l’infestation au plus tard à 48 h avant les premiers signes. Ces éléments et le comportement bizarre de Momo qui ne venait travailler que le jeudi soir l’ont poussé à le considérer comme suspect numéro un, Il prit la décision de forcer son armoire et découvrit le pot aux roses en retrouvant dans la boite de Cohiba ; La seringue, l’aiguille sale et le spéculum vaginal réutilisé. Celui ci paraissait lavé mais certainement pas stérilisé ! Il décida de ne rien toucher pour prendre le coupable la main dans le sac. Il prit soin, bien sûr, de changer l’aiguille et de remplacer le spéculum usagé par un neuf stérile. Il espérait que, dans le feu de l’action, Momo ne  découvrirait pas le subterfuge: Le nouveau spéculum neuf était beaucoup plus translucide que le vieux usagé. Il comptait beaucoup sur la pénombre, ou la nuit venue, dans la chambre visitée.

    La seule chose qu’il demanda à la justice fut un procès à huis clos pour éviter la psychose féminine qui aurait pu se répandre dangereusement sur la ville.

                        Écrit en septembre 2012

                                FIN

                        BIOGRAPHIE  DE MICHEL

     Michel PIOVEZAN, né en 1951, fils d’émigrés italiens de 1930, médecin de famille depuis 1980 dans une ville moyenne du Tarn et Garonne a consommé sa vie active à donner du soin avec conscience à ses patients. Ses rares temps libres sont dédiés aux voyages et à la passion de la vidéo animalière (Voir des exemples sur YOU TUBE choix « PIOVEZAN Serge Michel »). Il préfère ‘’faire les livres’’ en les confectionnant souvent lui-même, à la lecture à proprement parler. Pour celle-ci, il donne préférence aux auteurs étrangers lus dans la langue originelle : Italien ou espagnol particulièrement mais en patois romagnol avec délectation ! Son anglais est bien  trop rudimentaire pour attaquer les auteurs anglophones sauf dans le cadre des très astucieux livres bilingues. Il s’est attelé en 2007 à mettre sur papier les plus extravagantes ou émouvantes anecdotes de son exercice, les réminiscences coquines ou les situations lugubres et insolites de sa vie estudiantine toulousaine. (Le néo médecin de la Lomagne sans cesse enrichi mais non encore édité). La ‘’dernière expérience’’ s’inscrit dans un groupe de trois nouvelles qui intègrent des thèmes de l’actualité ou de la recherche actuelle : le biotope intestinal :’’ La bio taupe. Ed EDILIVRE’’, les moyens modernes de surveillance : Le drôle de drone. A paraitre ici.

  • 亲爱的妈妈  (chinois)

    亲爱的妈妈

                                                                                     2020年9月30日

    妈妈,你好, 不,不要回头,我在这里。我很了解你,但你还不了解我。你包裹着我,而我蜷缩在你的体内。我是你日复一日培育的花蕾。八个月来,我一直等待着与你交谈的这一刻。听我说,把你的耳朵放在肚子上。啊,我感受到了一阵颤动。我有一双耳朵,但却听不见;我有一张嘴巴,但它不能言。我有一双半闭着的眼睛,它什么也看不见,只能在你悲伤的时候,淌出眼泪。我只能感觉到你轻柔的声音中压抑着的颤抖、每晚你抚摸肚皮时引起的细微波动、还有那无法描述的雷鸣声,有时甚至还会有令人震惊的冲击波。我通过你肌肉收缩的程度想象着我们所受到的痛苦。在你那开放的世界中,究竟是谁会这样猛烈地攻击你呢?我很伤心。我向你保证,亲爱的妈妈,我已经不停地在想,想着在我出生之后,我一定会竭尽全力地保护你。你知道的,我成长得很快。毕竟你用那么多营养的乳汁喂养我。你的耳朵能感受到我那颗快速跳动的心脏吗?它是你的,它将永远守护你。在那场等待着我的艰苦历程过后,没有人能再伤害你了。如果我感受到了你的悲伤,我会不停地哭泣,我会用可怕的丘疹遮盖自己,以分散你的注意力来保护你。我会为你,我亲爱的妈妈,坚持到死。直到宁静的爱来临,我才会继续吃奶。

    当你年老体衰时,我会怀抱着你。我会告诉你:如果你的耳朵再也听不见,我会将童话般的风景讲给你听;如果你的眼睛再也看不见,我会轻抚你皱巴巴的双手和松弛的脸颊。这样,你又会想起昔日你抚摸肚子时那细微的触动。

    Avec l’aimable traduction de 熙泽 « Catherine »  Shanghai  

    Et la collaboration de la FUDM          http://www.fudm-sh.com

                     La compagnie que j’ai créée en décembre 2005 s’appelle « French Unique Decoration Material Shanghai Company Limited » Communément appelé FUDM

       raw    Le logo représente le produit que j’ai créé pour les zones sensibles au tsunami et au tremblement de terre ici en Asie. C’est une petite fenêtre livrée en Kit dans un tuyau d’évacuation d’eau usée ceci utilisé pour la reconstruction des habitations après leur démolition par des éléments climatiques. 

    Le principe de cette menuiserie est qu’elle est conçue sur la base d’un volet roulant à enroulement par sangle, qui monte et qui descend comme tous les volets roulants, la particularité est qu’au bas du volet sur la lame finale il est possible d’y accrocher à la demande une moustiquaire ou bien une vitre souple et quand on remonte le volet on obtient soit une moustiquaire soit une fenêtre avec une vitre souple translucide qui protège en partie du vent et de la pluie. La partie blanche du logo représente le volet roulant, la partie rouge celle de la moustiquaire, et la partie bleu celle de la vitre souple et au milieu leur jonction. MB

  • L’EHPAD de Damoclès: L’Escargot

    L’ehpad de Damoclès.

                             L’Escargot.

    19/07/2018

    La moitié de l’année 2030 vient de se consumer, Mme DOT Reine est solide malgré ses 94 ans, c’est elle qui met une bonne ambiance et vraiment c’est une très bonne ambiance. Quand elle rejoint, avec une certaine difficulté, il faut l’avouer, le groupe des anciens qui se réunissent sous la grande coupole au centre du village, elle mène la danse et sème la bonne humeur.

    Jusqu’à ses 92 ans elle était jeune, disait-elle, à qui voulait l’entendre. Le soleil, malgré ses efforts, n’arrivait pas à se lever avant elle. Comme si son poste allait lui être convoité: une plus jeune femme du groupe pourrait prendre sa place, elle s’activait sans répit la journée durant. Le lit, la toilette, le petit déjeuner (le sien et celui des autres), le rangement, la petite vaisselle, le nettoyage, les commissions au petit magasin du coin encore debout, le déjeuner, la vaisselle, le rangement, le balayage, la cuisine du soir, certes élaguée, la vaisselle, le rangement et peut être une minute restante pour la télévision… Le soleil était déjà couché depuis un bon moment là-bas, derrière la colline.

    Les choses ont bien changé aujourd’hui. Elle est happée et comme enserrée par une mâchoire énorme qui enveloppe son corps de la tête aux pieds. Cette machine aux volumineuses pinces n’est autre que le robot UC diligenté en urgence par le poste de commande situé en haut de la tour qui surplombe le village. Les robots de surveillance ont reçu un message urgent transmis par les capteurs du bandeau céphalique de Mme DOT. Le message a été certifié par les divers testeurs connectés de sa chambre. Elle vient tout juste de chuter comme il arrive très souvent aux personnes de son âge. Elle pourrait donc avoir subi un choc grave qui aurait échappé à la vigilance de son accéléromètre personnel. Celui la même n’aurait pas déclenché le baudrier pneumatique censé lui éviter une fracture du col du fémur ou un traumatisme crânien. Les fractures de ce type étaient très fréquentes dans les années quatre-vingt. Elles représentaient une source de dépenses très conséquentes pour les organismes sociaux qu’il s’agisse des personnes hospitalisées en maison de retraite ou des personnes vivant en famille. Ce n’est qu’après plusieurs années de tâtonnement et avec l’arrivée de l’informatique connectée qu’ont été mis au point des détecteurs de chute. En conjuguant les données transmises par un gyroscope couplé aux testeurs de position des diverses parties du corps, ce détecteur émetteur arrivait à prévoir la chute. Si son algorithme embarqué intégrant toutes ces données aboutissait à cette certitude, il déclenchait le gonflage instantané d’une sorte de bandeau entourant le crâne. Il protégeait alors la tête du choc sur le sol. En même temps se déclenchait au niveau de la taille une protection plus large, de la même manière que le faisait les ballons gonflables qui équipaient les véhicules de transport terrestre de ce temps pas très lointain. Une certaine efficacité sur des accidents graves de la route avait orienté cette recherche sur la protection des personnes à l’équilibre précaire.

    Le robot UC n’a rien d’esthétique, pas de belles couleurs, pas de forme humaine, pas de fioriture inutile. Il est par contre très fonctionnel. Il ressemblerait plutôt à un coffre de salon qui se déplacerait de façon autonome. Il est équipé de très nombreux tentacules en forme d’une faucille, disposés en ligne sur un des côtés du coffre. Ces énormes griffes sont séparées entre elles par un espace d’une dizaine de centimètres et un ingénieux système de basculement de ce peigne géant lui permet de passer sous une personne à terre sans en bouger une partie. Pour éviter des douleurs de mobilisation, il soulève les corps en un seul bloc. Une toile d’un tissu particulier laissant respirer la peau, protectrice du froid, du chaud et de la pluie enrobe automatiquement le patient. Le robot transporte en sécurité la personne jusqu’au bloc chirurgical adéquat. Mme DOT ne dit pas un mot, d’ailleurs Robot UC ne dit pas grand-chose non plus, tout au plus quelques phrases simples : ne bougez pas, n’ayez pas peur je m’occupe de vous, etc…

    Par contre son robot personnel qu’elle aime tant, de type Comper X n’arrête pas de l’encourager, de lui parler, de la soutenir, de lui expliquer ce que fait Robot UC, lui répétant avec sa voix douceâtre qu’elle ne risque rien, que ce robot est spécialisé dans les problèmes de chutes d’où son nom UC pour « urgence chute ». Les Robots COMPER sont issus des premiers types de robots qui ont pris leur essor autour des années 2015 dans les maisons de retraites et les EHPAD. Ils sont devenus, bien sûr, plus instruits et « intelligents » avec l’intelligence artificielle qui a énormément évolué en 15 ans. Robot UC termine juste d’enrober Mme DOT avec douceur et précision et la soulève précautionneusement dans ses crocs de fer gigantesques, puis le « coffre » débute lentement le transfert de Mme DOT vers le service ad hoc pour un traitement rapide. Si sa meilleure amie à l’humour noir la voyait, pour sûr elle l’aurait comparée à un nem « encellophané » prêt pour le réchauffage dans un four à microondes.

    Mme DOT avait intégré ce village six mois auparavant à l’ occasion du décès inopiné de sa fille qui prenait soin d’elle jusqu’alors. Elle passait et repassait la voir à son domicile de nombreuses fois par jour. Sa fille habitait le hameau voisin et connaissait bien le problème de la perte d’autonomie de nos anciens car elle travaillait dans un ehpad ancien modèle. Elle mettait tout son cœur à ce travail harassant et difficile. Le manque de personnel, la mauvaise gestion des effectifs réduits, les dotations criminellement réduites, transformaient cette activité en une besogne inhumaine. Les contacts entre le personnel soignant et les résidents de ces locaux impersonnels se réduisaient d’années en années. Au gré du développement de l’informatisation, ces établissements dont la vocation princeps aurait été une prise en charge « humaine et sensuelle des  vieux » capotaient vers l’inhumanité. Et pourtant le personnel souvent dévoué se battait contre l’adversité. Il tentait de se rapprocher physiquement le plus possible des résidents qui demandaient justement ce contact. La parole, le petit sourire entendu, la très sérieuse réplique humoristique ou même le simple coup d’œil complice étaient bien venus. J’ai été témoin pendant les dernières années d’exercice de la médecine de ville de la mise en place assassine de l’informatique naissante. Elle fut imposée par une administration écervelée vouée en la croyance de la toute-puissance de cette dernière. Le contrôle inquisiteur de la moindre activité du personnel para médical aboutissait à l’asphyxie d’un travail humain raisonné. Des dizaines de tablettes ont été distribuées largua manu à chacun avec OBLIGATION de noter les moindres gestes des résidents avant même de les pratiquer, ce qui aboutit à l’aberration suivante. Une femme âgée prise d’une envie soudaine de vider sa vessie demande de pouvoir utiliser un bassin ou bien une aide urgente qui aurait nécessité une mise à disposition immédiate du dispositif s’est vue répondre : « je vais chercher la tablette ! » (Pour les autorités incompétentes, le recueil des données dans des listings informatiques stupides formatés priment sur l’humanité… lamentable involution de ces années de transition passées. Ces aberrations répétées (dans tous les domaines de la vie civile c’était ainsi, aussi) ont conduit heureusement certaines personnalités et certains personnages politiques ou intellectuels à se rebiffer et chercher d’autres comportements tout en gardant l’intérêt de la formidable avancée procurée par le développement bien conduit de l’informatique et de la nouvelle robotique.

    Mme Dot dut quitter rapidement, se trouvant seule, le petit appartement de trois pièces qu’elle occupait depuis le décès de son mari survenu une dizaine d’années auparavant. On lui proposa d’intégrer ce qu’on lui présenta comme le fruit d’une recherche poussée. La nouvelle conception des logements pour personnes âgées qu’on nommait du doux terme barbare d’ehpad dans les années 2000 a abouti, de fait, à l’idée de « Village ». Ce terme, pourtant éculé, apparut comme la découverte révolutionnaire du renouveau.

    Elle eut même la surprise de s’entendre dire : « nous transporterons votre appartement sur place ! » On lui expliqua que jamais elle ne sera seule, qu’elle sera dans un système de sécurité totale, ce qui, tout de même lui mit une certaine dose de doute dans son esprit. On l’a même entendu dire : « Je ne suis pas née de la dernière pluie, j’ai 92 ans. J’attends de voir. »

          Le village.

    Si vous arrivez du ciel, il vous apparaitra comme un colimaçon enroulé sur lui-même. Vous pourriez rentrer dans le village par le péristome de l’animal et si vous continuez la poursuite de la spirale qui se déroule à vos pieds, vous arriverez à l’apex où, de loin, semble s’ériger une tour ronde et transparente, plutôt haute, d’où émerge d’un dôme hémisphérique.

    Si vous arrivez par la terre, vous aboutirez d’emblée a l’entrée du « village » ou s’ouvrira alors deux voies :

    Soit vous continuez la route en spirale qui s’enroule sur elle-même jusqu’à la tour centrale ;

    Soit vous prenez le rayon rapide qui aboutit au même endroit en coupant à plusieurs niveaux la route en spirale, représentant ainsi un raccourci très net pour les situations d’urgence. Ces rayons de raccourcis sont nombreux et en fait délimitent des lopins de terre sur lesquels sont construits les logements individuels ou couplés des résidents. La direction centrale, les bureaux, les services d’urgence ainsi que les divers locaux médicaux sont concentrés dans le dôme central.

    Cette architectonie permet donc d’arriver très vite par les transversales à chaque logement, elles sont prioritairement réservées à cet usage mais utilisable par tous. Le chemin spiral est lui moins technique mais plus bucolique avec une certaine particularité que l’on perçoit d’emblée aisément des l’arrivée. Qu’elle se fasse à pied ou en véhicule motorisé électrique ou plasmique (ou même les anciens tacots diesel ou essence du début du siècle) l’entrée se fait en douceur. Le revêtement de cette route est fait d’un complexe élastique rendant la circulation pédestre agréable, non glissante mais surtout inoffensive. Une chute de sa propre hauteur est parfaitement bien amortie. Ce type d’enrobement contenant des débris de pneus et de caoutchouc synthétique existait déjà mais n’était utilisé que partiellement dans les jardins de jeux pour enfants des décennies précédentes. Cette avenue spirale est donc très prisée pour les promenades quotidiennes des personnes valides. Elle pourrait permettre de côtoyer une à une toutes les constructions du village, mais aussi de rejoindre par les transversales rapidement le centre moteur du « village ». Les personnes invalides ou fatiguées peuvent toujours faire appel tout simplement par l’intermédiaire de leur ange gardien Comper X à un robot spécialisé « Escapad X » pour le transport individuel dans n’importe quel endroit du village.

    Pour un visiteur très observateur, il apparaitrait une évidente différence entre les bâtiments individuels, situés en périphérie et ceux situés plus près du bâtiment central en forme de dôme. Cette distinction résulte de la présence voulue près des surveillants humains des personnes atteintes d’une maladie touchant les capacités intellectuelles dont bien évidemment celles porteuses de l’anomalie de la maladie d’Alzheimer ou apparentée. Cette pathologie particulière, n’atteignant pas exclusivement les personnes âgées, a commencé à se répandre sans distinction dans toutes les couches de la population à la fin du dernier millénaire. Elle continue son extension inexorable malgré les progrès énormes accomplis dans la compréhension du mécanisme pathogénique.

    Plusieurs tentatives ont été analysées au cours du temps pour savoir quelle était la meilleure stratégie pour conserver chez ces patients le peu de communication ou d’empathie vis-à-vis des autres humains. La vie en société ne semble pas améliorer la situation mais peut par contre créer des frictions entre patients. Le village a penché du côté de l’habitat individuel mais avec surveillance serrée et constante. L’emploi de robots n’apparait pas délétère et apporte même parfois des comportements inattendus auprès de ces machines. La grande majorité des humains employés ici sont concentrés dans cette partie centrale du Village.

     

         L’Habitat.

    La figure élémentaire de ce complexe en est le cube modulable. Il peut être doublé dans les cas particuliers. A part l’architecture primaire du cube faite de matériaux durs (ciment par exemple), tout le reste est modulé dans une matière souple mais résistante. La dangerosité de tout le bâti est annihilée par la suppression totale de tous les angles aigus retrouvés dans les maisons anciennes. La structure du sol est copiée sur celle de la route en spirale absolument a-traumatique. L’aspect intérieur est façonné à la demande du résident et de toute façon personnalisé. La veille de l’arrivée d’un nouveau pensionnaire l’intérieur du cube est donc vide. Les parois sont blanches et aseptisées. Il ne dépasse du mur qu’un robinet et une paume de douche intégrée. Les ouvertures sont fixes.

    Dans les sous-sols du Dôme et pas bien loin de la salle d’opération équipée d’un robot opératoire, se trouve une gigantesque imprimante 3D capable d’imprimer une maison. Selon les souhaits de l’arrivant cette gigantesque machine peut confectionner en relief, toujours dans la même matière souple résistante et « sécurisée », les parois de l’intérieur du cube y compris meubles, chaises et table, baignoire et lit douillet. Si la personne ou son entourage apporte à l’avance une photo de l’ancien habitat du futur locataire, la méga imprimante fait une copie conforme de son habitat précédent habituel. Ceci ne procède pas d’une idée hurluberlue d’un architecte en mal d’invention mais bien d’une déduction logique et futée : Tous les soignants de personnes âgées y compris et surtout des malades atteints d’Alzheimer ont remarqué la désorientation extrême de ces personnes dès l’arrivée dans un lieu inconnu. La perte des repères conduit pour le moins à un syndrome dépressif ou agressif qui souvent aboutit à un syndrome de glissement ouvrant la porte à une fin de vie prématurée dans le désespoir. Il avait été noté dans les décennies précédentes l’amélioration de l’insomnie rebelle des malades déficitaires lorsqu’on diffusait sur l’écran de leur télévision de l’époque un film comportant des personnages connus de la famille ou de l’entourage. L’imprimante dans ce cas, peut restituer les portraits ‘’des anciens’’ accrochés aux murs, modeler des antiques jouets, reconstruire en un tourne main la commode de la grand mère. L’intégration s’en trouve facilitée. Les ‘’alzheimériens’’ rassurés.

    La sécurité.

    Comme nous l’avons déjà montré, la sécurité des personnes âgées a été la première préoccupation à l’origine de cette conception : Le revêtement des sols, la disparition de toute aspérité dangereuse sur les murs, les marches, les objets, l’utilisation de véhicules autonomes intelligents ont été penses le plus a-traumatiques possibles

    Les médicaments sont distribués sans aucune intervention humaine. Le conditionnement se fait à l’ origine par l’ordinateur central avec triple contrôle du médicament avant mise sous scellés individuels et la drogue est distribuée par le Comper X lié et dédié à chaque résident. L’observation attentive de cette distribution, de même que les résultats d’études sérieuses portant sur ce sujet a montré, de façon objective et inattendu l’absence de problème de prise. Peu de professionnels de la santé des années passées auraient misé un kopeck sur cette acceptation du robot pour la distribution des drogues.  Tout se passe comme si le rejet du médicament était corrélé à la personnalité ou de l’attitude de l’effecteur humain dans des proportions insoupçonnées autrefois. Les erreurs de distribution si fréquente alors sont quasiment tombées dans l’oubli.

    Le déplacement du résident est soumis à observation constante par Comper X. Il tente de connaitre les intentions sur le trajet et l’objectif désiré et agit par anticipation toutes les fois que c’est possible. Il écoute, il voit avec sa caméra multiple, il scrute, il interprète les mouvements minimes, les variations de la respiration et agit. Par exemple, la personne vient-elle à bouger de façon inhabituelle dans son lit, la nuit, suggérant un lever imminent, qu’il prend l’initiative d’éclairer la pièce par anticipation. De nombreux accidents sont liés au défaut de cette moindre précaution. J’ai moi-même pu comptabiliser le décès de trois personnes en quarante ans d’exercice médical lié directement à cette négligence. Les personnes, même jeunes, qui se lèvent la nuit sans allumer et qui manquent la première marche de l’escalier à l’étage risquent la chute parfois fatale. Le robot est toujours prêt à apporter la canne, il  propose de façon renouvelée et sans insistance des boissons variées plus facilement acceptées par la PA, ce qui diminue d’autant les chutes par déshydratation relative. Il peut aussi varier les programmes de ce qu’on appelait autrefois télévision en fonction des intérêts de chacun. Il connait parfaitement les besoins, les envies les demandes de son binôme résidentiel puisque tout ceci est inscrits dans sa base de données.

    Le personnel

    Humains.

    Le personnel humain est pour le coup rare. Sa fonction essentielle est orientée vers la psychologie bien sûr puisque les progrès de l’intelligence artificielle n’est pas encore arrivée à intégrer toutes les facettes de la psychologie humaine. Leur substitution par le robot a libéré beaucoup de temps libre très bénéfique pour cette activité essentielle. Les réunions humaines sont quotidiennes faites de contacts physiques, des activités du toucher, des bavardages, des discussions, des jeux de sociétés non numériques, du modelage et même de la couture alors que, de nos jours, l’utilisation des tissus a disparu de l’habillement courant.

    Robots

    Nous avons fait la connaissance des « COMPERS » Robots dotés d’une intelligence artificielle, certes orientée, mais très grande. Elle est capable de gérer toutes les situations courantes qui peuvent survenir dans le cadre de la vie au village. Leurs capacités physiques sont tout de même modestes, incapables de redresser un humain tombé a terre par exemple. Il doit faire appel à un robot spécialisé en fonction du problème à traiter. Nous connaissons aussi dans ce cadre « Robot UC » pas beau, mais efficace. Nous avons cité « ESCAPAD » qui n’est autre qu’un véhicule électrique passe partout.

    Bien d’autres éléments spécifiques existent comme   Robot « Cuisto X » qui prépare les repas,   Robot « Géo X » qui stationne à l’entrée du village et conduit les visiteurs à l’adresse indiquée ou recherche la personne demandée.

    La santé

    Le but principal qui a présidé à la mise en forme de cette nouvelle prise en charge de la vieillesse est bien entendu la recherche de la pérennisation de la bonne santé. Cette dernière aura eu tout au long du 20eme siècle finissant et le début du 21eme une définition élastique. Les progrès de la médecine, de la nutrition et de l’hygiène, de plus en plus évidents, ont repoussé les limites de la vie vers le « centenariat ». Les années cinquante ne comptaient que quelques centaines de centenaires, le nombre a grimpé rapidement à plusieurs milliers dans les années deux mille. La courbe de progression s’infléchissant par la suite pour de nombreuses raisons. La stagnation et même un certain degré de déclin économique, les restrictions budgétaires dans le domaine de la médecine privée et publique, l’informatisation à tout va, sans vraie réflexion dans une euphorie sans limite pourraient être le socle de cette inertie. Il ne faut pas oublier les méfaits d’une pollution galopante, non maitrisée, des erreurs de gestion médicale. Des affaires de médicaments dévoyés, falsifiés, erronés, ont émaillé le parcours de la médecine depuis les années quatre-vingt. Elles ont été à l’ origine de procès mémorables en ces temps-là. Pour illustrer cette idée de mauvaise gestion de la médecine, souvent pour des raisons financières, épluchons le cas de la vaccination contre la grippe.

    Le principe : Plus il y a de vaccinés et moins nous aurons de grippes sauvages potentiellement mortelles ne peut pas être contesté mais bien évidemment mérite d’être démultiplié.

    A partir de l’année 2015 l’autorisation de vacciner après examen médical par un médecin (méthode habituelle depuis 1980), a été élargie aux infirmières (sans examen). Dès l’année 2019, l’expansion a atteint les pharmaciens. Heureusement les années postérieures ont vite vu arriver le vaccin nasal actuellement en vigueur.

    Où se trouve le PROBLEME ?

    Durant les années antérieures à 2015, le vaccin contre la grippe était donc pratiqué par le médecin généraliste lors d’un examen médical, souvent en complément d’une consultation pour une raison étrangère. Au décours de cette visite, il arrivait parfois qu’une contre-indication ou une pathologie sous-jacente inconnue soit mise à jour. Le médecin sursoyait à la vaccination en attendant l’obtention d’un diagnostic précis. Sans cet examen, la découverte était pour le moins retardée et pouvait laisser s’installer une complication. Par expérience personnelle je peux parler de troubles du rythme cardiaque avec plusieurs fois des découvertes de fibrillations atriales dont on connait la propension à induire des embolies graves, parfois des râles  pulmonaires pourvoyeurs de pneumopathies sournoises, Des hypertensions artérielles méconnues, des tachycardies sous-tendant des anémies rebelles, etc.

    Chaque année, une à trois de ces maladies cachées ont été mises à jour à l’occasion de cette pratique de la vaccination dans ma pratique. J’ose hélas penser qu’il en est de même de tous mes confrères° sur le territoire. Cela voudrait dire qu’une quantité inexcusable de pathologies sont laissées à l’abandon par la nouvelle formule qui a prévalu après 2015 avec l’autorisation de pratique de la vaccination par un non médecin.

    Cet exemple très révélateur d’une décision déviante pourrait être  multiplié dans d’autres domaines médicaux.

    En Ophtalmologie aussi, l’obtention d’une paire de lunettes adaptées n’oblige plus le patient à passer devant un ophtalmologiste qui naguère examinait le fond d’œil. De nombreux diagnostics passent ainsi à la trappe et pas des moindres, à savoir : le diabète, l’hypertension, les nodules dysoriques des cancers de la moelle osseuse (rares), tubercules de Bouchut de la tuberculose, les artérites, etc.

    ° Notons environ 100 000 Médecins Généralistes en France en 2018

    Les loisirs.

    L’informatisation de la médecine mais surtout la robotisation de toutes les tâches quotidiennes ont complètement changé le comportement des personnes âgées.

    Dans les années vingt, la plupart des gens du quatrième âge, grossièrement au-delà de 80 ans, n’avaient pas été initiées à l’informatique qui a pris son envol effectif au début du XXIème siècle. Elles ont toujours subi les programmes de télévision imposés certes de plus en plus diversifiés, mais sans choix réel. De nos jours, grâce à l’extension de la LIFI remplaçante de l’antique dangereuse WIFI, tous les choix sont possibles et les menus modulables à volonté. La rapidité de transfert des données par ce nouveau moyen de communication au travers des lampes LED multipliant par 100 la vitesse de réception des images a amené aussi les spectacles et la culture dans les chaumières isolées.

    La reconstruction visuelle holographique en trois dimensions dispense les déplacements dans les musés et même dans les magasins. Cette évolution a grandement été poussée par la pénurie progressive des moyens de transport, et le bannissement des vols aériens afin de limiter le réchauffement climatique et l’explosion exponentielle de la pollution du pays. Nos anciens peuvent ainsi se déplacer fictivement dans les allées encombrées du souk de la place EL FNA au Maroc. Leur déambulation pouvant être agrémentée d’odeurs épicées diffusées par des LED odoriférantes. Ils ont le loisir de s’extasier longuement devant le sourire un tantinet moqueur de la Joconde sans se déplacer d’un iota.

    Cependant, le mouvement, la gymnastique basique ou volontaire, la mobilisation passive ou active, la musculation éventuelle, la kinésithérapie augmentée, le sport traditionnel, la natation serait-elle acrobatique, le maintien de l’équilibre, les jeux collectifs, les anciennes pratiques de manipulations physiques ont été conservés et même exacerbés. En faisant appel à son binôme robotique Comper X, le résident a la possibilité de choisir des séances privées prodiguées par son compagnon de fer ou rejoindre sur Escapad X, le groupe humain qu’il connait pour des séances conviviales.

         Les visites.

    De-ci, De-là dans le village, un cube architectural se singularise soit par sa forme soit par sa couleur et correspond à un cube-hôte réservé à une famille éloignée rendant visite a un parent résident. Cette famille se voit secondée elle aussi par un Comper X bienveillant et infatigable.

    Que penser de cette organisation et de cette évolution ?

    Les points positifs sont évidents en ce qui concerne la sécurité qu’elle soit physique, médicamenteuse ou même personnelle. Un robot veille en permanence sur le résident et anticipe.

    Il n’en va pas de même si on considère dans l’absolu le manque de relation humaine. Cependant, la psychologie du sujet âgé, souvent centrée sur sa personne, les frictions fréquentes avec ses congénères dans les maisons de retraites classiques, et le penchant constaté de s’attacher à un robot sans affect mais aussi sans violence peut modérer ce sentiment délétère de possible solitude. Le robot fait ici office de chien de compagnie. Il s’intègre bien dans un rapport confus avec son binôme humain. Il se crée un équilibre relationnel qui n’aboutit en rien en une confusion de genre.

              Le robot reste le robot, mais il se fond cependant dans une société nouvelle « mi-fer mi-chair ».

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  • Un essai de PATA-THESE

    Un essai de pata-thèse

    Sur une thèse patraque.

    Smp 2019

    La lumière est une onde, cette onde est issue de l’interaction de deux champs, un magnétique et l’autre électrique. C’est simple comme « bonjour ». Oui mais le champ magnétique, c’est quoi ? Eh bien, c’est cette force qui fait dévier la pointe d’une boussole en fonction de l’orientation de celle-ci. Et le champ électrique ? Et bien…. La force qui fait se soulever les cheveux lorsqu’on est dehors dans un contexte orageux intense. Donc deux entités complètement individualisées et différentes peuvent aboutir à un phénomène totalement différent et étranger. Cette paralogie est acceptée, aujourd’hui sans sourciller et pourtant il a fallu attendre le 17eme siècle et le modèle ondulatoire de Huygens qui propose une onde qui se déplacerait dans un milieu inconnu appelé éther; cependant ce milieu n’a pas été scientifiquement retrouvé et donc l’onde  est une perturbation du vide ce qui explique le transport de la lumière dans les vides intersidéraux (qui ne sont pas totalement vides de fait). Mais le vide absolu existe-t-il? En fait la lumière est une onde tant qu’Einstein ne vienne mettre son grain de sable sous forme de grain d’énergie nommé quantum pour corser le débat. Ainsi la lumière est une onde quand ça nous arrange et un corpuscule si telle est la structure qui nous intéresse, dans une autre situation. On pourrait aller plus loin encore et se demander ce qui compose cette onde ou ce corpuscule. Cependant, nous n’allons pas continuer à casser la matière ou l’énergie jusqu’à perdre patience et rentrer dans les difficultés des interprétations modernes de la physique des ‘’micro-nano-particules.’’

                       Sur ce même schéma et en utilisant le même axiome de base, essayons-nous à décrypter ce que pourrait être la vie au travers du prisme d’une pata    explication.

         De même que la lumière qui donne la vie n’a reçue une analyse assez précise du phénomène qu’après plusieurs millénaires d’obscurantisme, la vie tarde à donner le moindre indice sur l’origine de son existence ou de sa conception intrinsèque. Ne reprenons pas, non plus, les nombreuses explications métaphysiques ou religieuses trop encombrantes.

         Reprenons alors sereinement et sérieusement les choses.

         Prenons un élément de la vie, à savoir le temps. Savons-nous ce qu’est le temps qui passe, si ce n’est que nous passons avec lui et nous trépassons aussi avant lui. Le temps est souvent représenté dans notre époque par une ligne droite par définition mathématique, infinie. Encore faudrait il bien concevoir ce que infini veut dire. Supposons qu’intuitivement, cette ligne dépasse l’horizon, puis le firmament puis les espaces inter galactiques, et après ? Mais ce temps pourrait aussi être interprété comme pour la lumière et sa composante magnétique comme un vecteur temps créant un champ-temps (mais sans chanson !) Ce champ-temps (Ct.) interagit avec son entourage, traverse et pénètre peut être toute chose, peut être est-il mobile, nous verrons plus loin. Son action sur le vivant pourrait aussi expliquer le vieillissement et l’usure aboutissant à la destruction de la vie mais n’expliquerait nullement les morts subites naturelles ou même les décès par attentats ou accidents. Les objets inanimés suivraient le même processus de destruction lente et contrôlée. En tenant compte bien sûr qu’un objet peut être fait de divers éléments qui pourraient se détruire avec le temps alors que l’objet lui même peut être détruit de façon individuelle sans lien. Par exemple une grenade peut bien se détruire en laissant ses composants pratiquement inchangés. Mais un vecteur temps a lui seul ne représente pas la vie et force est de compliquer le schéma en ajoutant, en écho avec la lumière, un autre élément d’une autre nature et pourquoi pas sous forme d’un champ aussi. Le champ temps est, lui, orienté et défile a une certaine vitesse toujours dans la même direction, le deuxième champ vient se greffer dessus et se laisse transporter et ne serait pas orienté mais présent partout. Quel est, dans notre environnement habituel le concept qui nous gouverne, sur lequel nous n’avons aucune prise, et dont nous n’avons pas la moindre idée de ce qu’il représente ? A mon sens, le hasard représente parfaitement le but de notre recherche. Nous n’avons aucun idée de comment il est régi et nous ne pouvons que subir ou déplorer son activité quotidienne sur toutes choses y compris notre vie. Admettons donc l’existence de ce hasard sous la forme d’un vecteur  que nous appellerons champ-chance. (Cc.) Contrairement au « Ct », ce dernier ne parait pas orienté mais semble au contraire être présent partout, homogène, omniprésent, incisif et collant.

         Considérons ainsi que nous baignons depuis toujours dans un environnement imprégné d’un mélange des deux champs définis en proportions variables. (Ct)n + (Cc)n .

    • Si le champ-chance est prépondérant, l’individu porteur verra son potentiel-chance dans la vie varier dans un sens ou un autre mais de façon primordiale, en fonction bien sûr de l’intensité du vecteur champ-temps qui lui se retrouve raccourci.
    • Si le champ-temps l’emporte sur le champ-chance, on peut penser que le déroulement de la vie du porteur se verra allongé ou raccourci bien sûr aussi en fonction du résidu de champ-chance dont il est porteur représenté par un vecteur réduit.
    • Le champ-temps est mobile et en mouvement permanent, toujours dans un même sens dans l’espace. Sa vitesse n’est pas constante. En se déplaçant il entraine avec lui le vecteur  champ-chance qui interfère sur lui et le ralentit progressivement tout au long de la durée de coopération duelle. Si le champ-chance est puissant et lourd, il entraine par un effet d’inertie le vecteur temps à se déplacer plus vite mais plus loin donnant une chance supplémentaire au porteur de vivre plus longtemps d’autant que par définition le champ-chance est grand.
    • Cependant la destruction brutale d’un des deux vecteurs vitaux entraine la mort instantanée du porteur, mais le plus souvent c’est une dislocation progressive du vecteur temps qui va entrainer à la longue le décès dans une agonie qui pourrait se mesurer à la longueur du module du vecteur temps.
    • Ainsi on commence à pouvoir concevoir la vie comme un amalgame et une interaction du hasard et du temps……..

         Mettons à l’épreuve cette « pata-théorie ».

    Comment évaluer ce concept dans la vie de tous les jours ?

    °La mort subite survient lorsque le champ-temps s’annule subitement.

    °La mort agonique au contraire lorsque la valeur du champ temps se réduit progressivement, ou bien lorsque le vecteur résultant géométrique de la somme des deux champs constitutifs se raccourcit. Nous voyons ainsi que ce vecteur peut être diminue par perte de la valeur du champs-chance.  A la limite si le champ-chance est nul la mort survient (cas d’un accident de la circulation par exemple) Dans ce cas il faut intervenir en amont en protégeant le champ chance (d’où les activités de prévention, les lois, les décrets, le codes comme celui de la route…..)

    °La maladie pourrait être vue comme une perturbation variable et aléatoire du facteur chance.

    ° Sur le plan génétique, hormis le facteur aléatoire de la recombinaison génique, la disparition progressive de la longueur du télomère chromosomique est directement impactée par le vecteur temps qui se raccourcit progressivement jusqu’à son extinction.

    ° Il est courant de constater dans notre entourage immédiat et même parmi les personnalités célèbres le lien étroit existant entre les diverses dates de décès des protagonistes. Les enfants meurent statistiquement à des âges proches de ceux des géniteurs. Les centenaires ont une descendance de centenaires. Sauf accident bien sûr, les deux champs semblent être transmis à la descendance de façon liée et solidaire. Il serait intéressant de savoir comment ces deux champs se lient et dans quelles circonstances. En tout cas le transfert de champs parents-enfants ne peut être effectif que lors de la transmission directe dans l’escalade chromosomique méiotique. Une autre transmission possible et jamais évoquée pourrait s’opérer lors des relations copulatives par voie génitale directe certes mais plus subtilement aussi par rapprochement des ondes psychiques trans-cérébrales. Le caractère impalpable des différents champs en cause, que la science moderne ne connait pas, faciliterait subrepticement ce passage interhumain de manière imperceptible. Cependant le développement des inséminations artificielles réussies vont contre cette dernière hypothèse. Il faut donc en déduire que la transmission suit les caractères génomiques contenus en partie dans les chromosomes. Mais ces deux champs sont-ils vraiment  »linkés » lors de la transmission ou bien se « déplacent-ils » ensemble, avec une possibilité de séparation ? Cette possibilité pourrait expliquer les exceptions assez souvent rencontrées dans les âges de décès. Mais alors, ceci voudrait dire que le vecteur-temps et le vecteur-chance sont dissociables et peuvent vivre éloigné l’un de l’autre.

    Cette dernière hypothèse, non forcément farfelue, pourrait nous emporter dans un domaine fantastique dépassant les frontières des galaxies où les vecteurs immatériels pourraient se transporter sans difficultés, se rencontrer et générer une vie nouvelle à des millions d’années-lumière de notre terre décrépie. Le délire total suggérerait même la possibilité banale de la reconstruction ad libitum d’êtres déjà passés sur terre tant que le vecteur temps a perduré dans cette période. Nous atteignons ainsi la limite pata-génétique de l’immortalité.

    L’immortalité existe donc mais comme elle est impalpable nous la chercherons éternellement.

    Conduite à tenir :     

     

                                             Vivre en chantant au gré du sens-chance !

                                       En suivant le champs-temps avec son champs-chance.

  • CARISSIMA MAMMA ( Italien)

    Carissima mamma.

    30/09/2020

           Ciao mamma … no, non guardarti indietro, sono qui. Ti conosco bene, ancora non mi conosci. Tu mi contenga, io mi annido in te. Sono il bocciolo che coltivi giorno dopo giorno. Sono otto mesi che aspetto questo momento per parlarti. Ascoltami, metti l’orecchio sullo stomaco. Là, sento un tremore. Ho orecchie, ma non riesco a sentire. Ho una bocca ma rimane muta, ho gli occhi socchiusi che non vedono altro che piangere lacrime sciolte quando sei triste. Percepisco solo le vibrazioni soffocate della tua voce morbida, le onde sottili delle tue carezze la sera, ma anche i tuoni inspiegabili e le onde d’urto a volte spaventose. Immagino l’entità delle tue contrazioni muscolari il dolore che ci attacca. Chi nel tuo mondo aperto può attaccarti così duramente ? Sono triste. Ti prometto cara mamma che già amo senza limiti, che ti difenderò con tutto me stesso quando verrà il giorno. Sono cresciuto velocemente, sai. Mi riempi così tanto di succo tonico. Senti il ​​mio cuore veloce, lì sotto il tuo orecchio gentile. È tuo e veglierà sempre su di te. Dopo il duro viaggio che ti aspetta, nessuno potrà più farti del male. Piangerò incessantemente se sentirò la tua tristezza, mi coprirò di orribili brufoli per proteggerti distraendo la tua attenzione, morirò per te cara mamma, non mangerò più fino al ritorno di un amore sereno.

           Quando sarai vecchia e sfinita, ti porterò tra le mie braccia. Ti dirò questo: se le tue orecchie non possono più sentire, ti racconterò paesaggi da favola, se i tuoi occhi non vedono più, bacerò le tue mani rugose e le tue guance vuote e ricorderai le onde sottili delle carezze del passato.

  • MAMA QUERIDA (Espagnol)

    Mamá querida.
    30/09/2020

    Hola mamá… no, no mires atrás, estoy aquí. Yo te conozco bien, pero tú todavía no me conoces. Tú me contienes, yo me acurroco dentro de ti. Soy el capullo de la flor que cultivas día tras día. Llevo ocho meses esperando este momento para hablar contigo. Escúchame, pon tu oreja en tu barriga. Así, siento un murmullo. Tengo oídos, pero no puedo oír. Tengo una boca pero esta muda, tengo ojos entreabiertos que no ven nada, pero que lloran lágrimas disueltas cuando estás triste. Solo percibo las vibraciones ahogadas de tu voz suave, las ondas sutiles de tus caricias al atardecer, pero también inexplicables truenos y, a veces, espantosas ondas de choque. Imagino por la magnitud de tus contracciones musculares el dolor que nos asedia. Quién en tu mundo abierto puede atacarte tanto? Estoy triste. Te prometo  querida mamá que ya amo sin límites, que te defenderé con todo mi ser cuando llegue el día. Crezco rápido, lo sabes. Me llenas de fluidos tónicos. ¿Oyes mi corazón veloz, allí bajo tu oído benevolente? Es tuyo y siempre te cuidará. Después del duro viaje que me espera, nadie mas volvera a hacerte daño. Lloraré sin parar si siento tu tristeza, me cubriré de granitos espantosos para protegerte desviando tu atención, hasta podria morir por ti querida mamá, no volveré a comer hasta que regresse un amor sereno.

    Cuando seas vieja y agotada, te llevaré en mis brazos. Te contaré todo esto: si tus oídos ya no oyen te describiré paisajes de cuentos de hadas, si tus ojos ya no ven, besaré tus manos arrugadas y tus mejillas hundidas y recordarás las sutiles sensaciones de las caricias del pasado.

    http://www.piovezan.fr

    Avec mes profonds  remerciements à Anne Claire GERARD (Arapharma) pour la correction du texte avec une sensibilité exacerbée.  11/04/2026

  • LA BIOTAUPE  (fragment)

    LA BIO TAUPE   2017

        La lune est pleine. Elle emplit de son éclat de mercure l’éther calme qui baigne nos solitudes. Près de nous, des ombres laineuses se meuvent lentement, d’un mouvement brownien, dans la prairie d’altitude. Aucun murmure; Pas une once de bruit ne s’aventure si haut dans les pâturages sommitaux. Dans le lointain, des masses évanescentes et menaçantes nous côtoient et tentent de nous écraser de leur légère présence. Des parfums humides remontent de la terre réchauffée par la chaleur du jour finissant. Le petit Loïc trône près de son grand-père comme statufié, assis sur une auge de granit gris. Le regard fixé à contempler cet astre mystérieux qui l’hypnotise. De quelles images son cerveau est-il envahi à ce moment précis ? Depuis son arrivée tardive par le dernier train à vapeur venant de la grand’ ville et après deux heures de marche sur les pistes caillouteuses menant à la bergerie, il est solidifié sur son piédestal minéral.

    « Dis donc, grand père, raconte-moi une autre histoire de lune, pas celle de la dernière fois. Pas celle qui a reçu une fusée au beau milieu de l’œil comme sur le dessin. »

    Il avait soudain quitté son attitude bouddhique pour se laisser entrainer à la pensée des histoires magiques, cent fois renouvelées, distillées par son grand-père à chaque séjour montagnard. Il dégustait avec délectation ces récits fantastiques que le grand-père inventait in situ. Sa voix grave et monocorde faisait résonner les fibres poétiques encore enfantines de Loïc. Parfois, dans la nuit noire il s’endormait avant que les sirènes n’engloutissent les héros de l’Antiquité. Jamais il ne baillait d’ennui tant les contes étaient ajustés à sa sensibilité par un grand père attentif et sensible. Ulysse n’avait plus de secret pour lui et les dieux belliqueux de l’Olympe ne l’émouvaient pas davantage.

    « D’abord, nous allons manger puis je te raconterai l’histoire vraie, notre histoire, celle de la LUNE ROUSSE. Cette nuit, vois-tu, cette ardente boule que tu regardais tout à l’heure va se transformer, se laisser grignoter par l’ombre de la terre et s’éteindre petit à petit puis se colorer de rouge comme un œil qui vient de pleurer. Je ne t’en dis pas plus, allons diner. »

              Loïc n’avait pas remarqué, dans son état second, le fumet subtil qui taquinait ses narines. Il le connaissait pourtant. C’était son plat favori. Celui de ses Pyrénées chéries. Celui des contes et des rêves improbables sous des cieux sereins. C’est le mélange savant du chou et des légumes, des légumes et de la pointe d’échine du porc local longuement mijotés dans la grosse marmite ventrue sur les braises, là, entre les pierres. C’est la GARBURE de grand père, celle qui ne ressemble à nulle autre dans la contrée. Il courut vers le troupeau qui s’agitait encore pour trouver le meilleur confort pour la nuit et revint rapidement en arrière, les muscles et les tendons maintenant délassés. Il pénétra dans la toue à la basse porte d’entrée pour s’immerger dans cette atmosphère enfumée de l’unique espace chichement habitable. Dans un coin, la grosse boule culottée encore léchée par de maigres flammèches qui montaient vers un plafond ouvert sur le firmament, reposait contre un mur de pierres crues. La fumée hésitait à sortir par cette brèche céleste tout de même attirante. La partie récalcitrante parfumait, peut-être trop, l’espace cuisine-lit  de ce lieu de silence. On se demandait  en entrant dans ce logis misérable si la table centrale n’était pas arrivée, à l’improviste, lors  de la dernière avalanche de l’hiver.  C’était un bloc de granit  à mille facettes dont le plateau supérieur paraissait quasiment lisse. Le lit de bois,  de mousse recouvert, poussait à la paresse. Il paraissait propice au délassement et en possédait tous les atours.

    Ils s’attablèrent autour du granit éternel et Ptolemy le papy servit à chacun une louche démesurée  au contenu hétéroclite mais porteur d’une énergie colossale. Elle permettrait d’affronter le récit effrayant qu’il lui fallait composer. Jamais le grand père n’avait osé exposer ce qu’il savait, les atermoiements et les errances que la situation cataclysmique du monde passé avait engendré. Un monde pas bien lointain et pourtant si éloigné. Cette nuit de lune rousse dans un ciel de cristal se prêtait bien au récit qui lui trottait dans la tête. Loïc paraissait en âge de comprendre pourquoi le monde entier avait basculé dans l’horreur de l’anéantissement ce soir-là.

    Ils s’assirent contre le mur de pierres sèches encore tiède malgré l’heure tardive, à même le sol, et  s’attardèrent à contempler, sans mot dire, le firmament étoilé. Ptolemy interrompit le silence et d’une voix la plus grave possible il ouvrit son carnet intérieur à la page de la préface :

    « Il y a bien longtemps, tu n’étais pas encore né bien sûr, par une nuit semblable à celle-ci, la terre a subi un choc terrible, une attaque brutale et inattendue par une force inconnue, provoquant en quelques jours seulement, la disparition de millions de personnes de par le monde. »

     

    L’histoire commençait comme il l’aimait. Loïc eut un frisson. Etait-il lié à la peur ou au froid ? Peu importe, le dé était lancé. Ptolemy continua. Mais il n’en était qu’au préambule. Il se permit donc de présenter rapidement à Loïc l’image du monde d’alors.

     

    «  En ce début de millénaire, il y avait des habitants nombreux sur toute la terre, mais on pouvait distinguer, en considérant la situation grossièrement, deux groupes de population : le groupe des riches, dirons-nous, et le groupe des pauvres. Le premier vivait avec des moyens mirifiques qui n’existent plus aujourd’hui et plutôt dans l’hémisphère nord et les zones pétrolifères, et l’autre groupe, plutôt dans les zones équatoriales ou arides avec de moyens faibles et parfois rudimentaires comme aujourd’hui.

    _ Mais grand père, qu’est ce qu’ils avaient les riches ?

    _ Bien vois-tu, les progrès de la science avait permis d’inventer des machines extra ordinaires qui avaient permis aux hommes d’atteindre la Lune, oui, la lune que tu vois là, et bien, tes ancêtres y sont allés avec une fusée. Je t’ai déjà parlé. Ils ont inventé des systèmes pour transporter les images qu’on pouvait voir à l’autre bout du monde : Le vieil appareil plat et noir qui moisit dans ta cave, chez toi, recouvert de toiles d’araignées permettait  de voir des images colorées et vivantes : La télévision. Elle apportait à chacun du divertissement, de la connaissance. Plus tard un système encore plus performant, qui s’appelait internet, et qui mettait en relation tous les hommes de la planète, a envahi celle-ci. J’ai vécu ce temps merveilleux. Ce soir d’éclipse de lune où tout a basculé, je m’étais levé à trois heures du matin pour voir disparaître l’éclat de la lune qui laissait place au disque rougeâtre. La même chose va se renouveler ce soir après 18 ans d’attente. Je suivais aussi les images en direct sur un écran qu’on appelait une tablette. Tout ceci a disparu. Il nous reste heureusement, le poste de TSF qui avait été inventé au début de l’autre siècle et qui fonctionne toujours. Les gens voyageaient dans des avions supersoniques très rapides sans commune mesure avec ceux qui ont perduré, les voitures roulaient par millions sur nos routes plaines, la santé avait fait des progrès inouïs, on changeait des cœurs et même des chirurgiens avaient prédit qu’ils seraient capables d’inter-changer des têtes. Les villes étaient belles dans le ‘’groupe des gens riches’’, propres, les infections rares grâce à des systèmes développés d’assainissement des eaux usées qui s’écoulaient dans des réseaux tentaculaires. Tout le monde mangeait à sa faim. La situation était diamétralement opposée dans le ‘’groupe des pauvres’’ souvent appelé monde en voie de développement laissé souvent à l’abandon. On avait côtoyé les banlieues des constellations lointaines avec des télescopes gigantesques. L’informatique était rentrée dans toutes les maisons, on pouvait discuter tout en se voyant avec un correspondant à l’autre bout du globe. La seule chose qui posait vraiment problème, et il était majeur, était la pollution qui devenait de plus en plus prégnante. Tout était tellement beau. Subrepticement s’était installé un empoisonnement progressif de l’environnement. L’air commençait à devenir irrespirable dans les grandes villes à cause des rejets dans l’atmosphère des poisons issus du fonctionnement de toutes ces machines. Les eaux, les aliments, les fruits et même les animaux se détérioraient. C’était le commencement d’un avenir peu raisonnable. »

    Là, Ptolemy s’interrompit. Il n’était pas sûr que son petit-fils se rende compte du degré avancé d’évolution de la civilisation. Cependant cette décennie pré-cataclysmique se dégradait inexorablement camouflant à peine l’horreur ébauchée par une pollution sournoise. Elle préparait pour les terriens un avenir incertain. Il lui parla longuement des beautés de la nature, des voyages, des livres superbes que Loïc avait vus dans la grande bibliothèque, les myriades de jeux électroniques dont il possédait un exemplaire peut-être encore fonctionnel. Les questions de Loïc fusèrent ensuite et la nuit s’obscurcit tellement que ses paupières se fermèrent. Le grand père le transporta sur le lit des rêves et revint admirer la lune à moitié occultée. Son esprit au calme maintenant cherchait la suite de l’histoire. Il devait éviter d’inquiéter cet enfant fragile. Sa famille l’avait toujours éloigné des récits terrifiants parlant de ce chambardement passé. Il rejoignit son lit dans la pénombre soudaine, heureux d’avoir enfin initié son histoire, l’histoire commune à toute l’Humanité.

    Il reprit son récit juste après le souper le lendemain alors que le ciel se chargeait progressivement de pesants nuages prêts à se soulager subitement. La température restait accrochée à des limites stratosphériques.

     

    « Le lendemain matin de cette nuit d’éclipse, dès l’aube douce, tous les moyens de communication mondiaux débutèrent par une édition spéciale, interrompant toutes les émissions programmées: CBS NEW ouvrit avec «  Ebridgement », en France le MONDE chamboula sa Une : « Attaque des Extras ? », La STAMPA écrivit : « epidemia globale ? », La PRAVDA : « непонимание », même la Chine calligraphia : « 麻木 ». Les ordinateurs croulèrent sous l’afflux des dépêches du monde. La première éditée, très tôt après la réapparition de l’éclat sélène, arrivait des Etas Unis et tout particulièrement d’Atlanta où on déplorait la mort abrupte du Directeur du CDC.

    _ Qu’est-ce que c’est ça, le CDC ? demanda Loïc.

    _Le ‘’Centers for Deseases Control’’ est le plus grand centre mondial de contrôle du développement des maladies infectieuses. Il est situé à Atlanta, en Géorgie d’Amérique. Le texte ne disait rien sur les conditions mais parlait de son écroulement subit devant son pupitre lors d’une conférence sur le développement enfin circonscrit de l’épidémie d’Ebola en Afrique. Suivirent très vite dans la matinée des dépêches très similaires dans leurs transcriptions en provenance de Paris, Berlin, Madrid, Rome, mais aussi Moscou, Pékin ou Melbourne. A Paris, ce fut le directeur de l’Institut Pasteur qui s’effondra au pied de son Université. Puis très vite cette épidémie soudaine poursuivit son ravage dans toutes les classes de la société sans oublier les politiques : écroulement du premier ministre de Grande Bretagne, le bras droit de la Chancelière en Allemagne ‘’chancela’’ devant son petit déjeuner. En France nous avons perdu le ministre de la Santé dans ces mêmes conditions. La liste était longue. Déjà le soir même on déplorait la disparition de plus de cinq cents personnalités de par le monde, sans la moindre idée de la cause. Pendant les jours de terreur qui suivirent, les décès inexpliqués par milliers touchaient toutes les couches de la société dans le Monde entier. Si rien n’est fait, toute l’humanité aura disparu dans les mois à venir : C’était le sentiment de chacun. Une telle panique se développa que les décès liés à ce qu’on commençait à appeler ‘’mal rouste’’, évoquant peut être la violence et la rapidité, et même certains se risquaient à : ‘’peste lunaire’’, s’additionnaient aux morts par suicides ou réactions incontrôlées. Les églises tellement désertées alors voyaient leurs bancs craquer à nouveau sous le poids de la peur, les gens se méfiaient de leurs voisins. Chacun ressortit de derrière les piles d’assiettes des buffets, les boites de masques médicaux qui trainaient là depuis la dernière menace mondiale de pandémie aviaire. Pandémie supposée, elle avait été annoncée avec beaucoup de conviction à l’époque par ce même CDC et qui s’était soldée par une « épidémiette » sans conséquence. Cela avait valu un conflit interne très sérieux entre le directeur et son second en désaccord avec lui. »

     

    Loïc écoutait en se tortillant sur son derrière qui ressentait l’humidité apportée par les premières larmes du nuage, bouleversé comme lui par le récit du grand-père ! Il était anxieux. Heureusement que l’aïeul était là, il avait résisté à l’effroyable phénomène et ça lui suffisait. Tout de même, il aurait aimé connaitre la suite rapidement. De coutume, il aimait l’entendre divaguer. Il adorait ses longues digressions dans ses récits fantastiques, les descriptions imagées et surdimensionnées des monstres des enfers, les paysages enchanteurs où il excellait, les personnages vivants, terrifiants ou aimables qui venaient ensuite peupler ses songes. Là, non. Ça paraissait sérieux et grave.

    Ptolemy ne pouvait plus faire marche arrière. Il avait décidé, il devait vider son sac. Il sentait quelque chose en lui qui le poussait à parler, peut être son grand âge en était la cause. Il reprit de plus belle :

    « La planète entière fut stupéfiée, comme si elle était passée en roue libre pendant les jours qui suivirent. Rien ne se passait plus. La ‘’non vie’’ consistait à compter les morts sans rien comprendre. C’était un lavage de cerveau total du monde. Sur les téléviseurs fonctionnant en automatique s’affichait un lugubre tableau noir aux chiffres rouges qui représentaient le décompte des disparus. Parfois s’intercalaient quelques bribes de journal télévisé quotidien vidé de sa substantifique moelle tant les choses à dire n’avaient plus d’importance. Vers la fin de la première semaine, les choses commencèrent à bouger dans tous les domaines. Le tableau noir fut remplacé par des cartes mondiales indiquant les lieux et les densités de morts par des variations de l’intensité de leurs couleurs. Plus tard, il s’affina par des statistiques, certes maigrelettes mais qui permirent tout de même une constatation très importante au fur et à mesure que les couleurs se précisaient. Puis vinrent des informations sur les diverses recherches qui avaient été mises en œuvre pour essayer de comprendre. Cependant, les choses étaient compliquées du fait de la perte pratiquement instantanée d’un très grand nombre d’intellectuels et surtout de chercheurs. Cette caractéristique avait déjà été remarquée au début du désastre. Une autre information positive et malgré tout réjouissante fut la mise en commun mondiale de toutes les forces restantes, ce qui aboutissait comme par enchantement à la fin des conflits mondiaux. L’humanité entière en danger décida de se ‘’serrer les coudes’’. On en rêvait depuis longtemps mais pas dans ces conditions. Les immenses conglomérats internationaux d’ordinateurs furent dédiés rapidement et exclusivement à la recherche des origines du mal. Il fallait faire vite. La perte annoncée des hyper-spécialistes de tout domaine allait faire chuter inexorablement la qualité des découvertes et des progrès. Les appareils de haut niveau technique allaient s’étioler. Les IRM, scanner, mais aussi cyclotron, télescopes et autres moyens de communication sophistiqués, par manque de maintenance spécialisée. Le risque à éviter était le black out total. Et pourtant !

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  • Le petit poisson philosophe.

    Le petit POISSON PHILOSOPHE.

     petit poisson blog

                                                                                                                  

            Il est le fruit d’un assemblage aléatoire de semences distribuées lors d’un ballet aquatique orchestré par ses deux parents au bord du lac. Il a de la chance. La petite perle glauque de laquelle il est issu s’est engluée dans une minuscule anfractuosité sous une pierre qui sera son berceau. Les autres œufs, moins chanceux, ont dérivé au gré des courants jusqu’à ce que des gueules grand’ ouvertes de prédateurs les engloutissent. D’autres sont restés en balance entre l’eau et le ciel, certainement desséchés plus tard lorsque le niveau de l’eau immanquablement baissera avec les beaux jours. Sa chance à lui est d’être resté coincé sous cette roche où aucun autre animal aquatique ne pouvait l’en déloger. A la bonne saison, lorsque la coquille s’est disloquée, l’alevin nouveau né, perdu dans l’immensité de son monde humide, oublié de tous les congénères doit faire immédiatement face à l’adversité des lieux. Sa survie ne tient qu’à un fil. Ses cellules déjà programmées depuis la nuit des temps interrogent le listing des acquis enroulés dans les chromosomes de ses cellules. Seules celles-ci savent débrouiller l’écheveau de ces formules magiques transmises par ses parents dans l’embrouillamini inextricable de son génome. Maintenant, sa machine cellulaire en branle reçoit l’ordre de développer avec rapidité le système des fibres nerveuses et musculaires car il faut se bouger, et vite, pour échapper au danger. Les petites cellules musculaires de son corps fabriquent daredare de l’actine et de la myosine qui s’assemblent en un ordre précis imposé par le grand chef d’orchestre qui lit la partition génomique. Les petits organites qui se trouvent dans les cellules fabriquent ces substances protéiques salvatrices. Il se rend compte très vite qu’en tirant sur ses muscles en formation, son corps se mobilise et hop, déjà, d’un coup de nageoire caudale le voilà loin de son antre ‘’fissuraire’’. Mais ses petites réserves d’énergie qu’il a accumulée tout au long de sa maturation ovulaire s’épuisent vite. Sur son génome, il est écrit qu’il doit garder la gueule ouverte (c’est ainsi, c’est inné). Il constate alors que des grains d’énergie viennent le réconforter et même il ressent le bienfait d’autant plus important que se mélange qu’il ingurgite est volumineux. Son corps grandit. Son environnement ne dépasse pas quelques centimètres. Ce poisson minuscule parait très malin. Il sent qu’en combinant l’activité de ses nageoires il va plus vite et plus loin. Son système nerveux se développe, son système musculaire le propulse selon ses désirs, le décryptage permanent des consignes engrammées dans ses chromosomes et transmises par ses parents lui indique de faire attention aux moindres variations de son environnement. Pour cela, ses cellules se sont spécialisées (comme toujours en répondant à la lettre ce qui est ordonné dans le papyrus nucléaire), et transformées en cellules réceptrices. Une de celles-ci ressent la moindre variation de pression occasionnée par une ondulation proche, l’autre décèle la température de son milieu ou bien le contact étranger. Le nombre incroyablement élevé de ses récepteurs périphériques renseigne exactement en temps réel son statut géographique mais aussi somesthésique. Il est effectivement essentiel de connaitre par exemple la position de sa queue ou ses nageoires dans son schéma corporel. La salinité, le ph c’est-à-dire l’acidité de l’eau, la concentration en oxygène, la présence d’une grosse turbidité, sont des éléments vitaux. Avec la lecture systématique de tous les gènes exprimables et la fabrication concomitante et liée des protéines de tout son corps, le poisson se transforme petit à petit. Sa première expérience sensorielle est brutale. Il vient de ressentir une subite vibration qui se déplace sur l’ensemble de ses écailles. Peut être a-t-il tremblé et veut-il réintégrer sa cachette sous roche. L’onde a été éphémère. Le calme revient. Comment peut-il imaginer dans son monde fermé que le moindre petit caillou jeté par le jeu d’un enfant sur la rive soit  la cause de son émotion.

         Il saura plus tard qu’une vie différente de la sienne et concomitante se déroule dans d’autres cieux.

         Pour le moment il vit sa vie sans trop se soucier de l’avenir. Il lui suffit de laisser fonctionner ses muscles et garder sa gueule grande ouverte pour se nourrir. Les aventures de sa vie vont cependant, commencer. Il ne sait pas mais a pressenti que son corps, grâce aux données léguées par ses ascendants est bien protégé par les systèmes de sécurisation ou d’éveil issus de son patrimoine génétique.

         Il n’a pas bien longtemps à attendre lorsqu’il est de nouveau mis en alerte par la sensation déjà connue d’un ébranlement total de son corps. L’onde de choc est brutale et multipliée. Cette fois l’émotion est grande. Sa vision pourtant maintenant parfaite ne lui permet pas de distinguer le moindre trouble environnant. Soudain, émergent du néant, une gigantesque gueule démesurée se jette sur lui pour le déglutir sans autre forme de procès. Une violente contraction involontaire de son appendice caudal le propulse contre la paroi rocheuse. L’aspirateur géant passe son chemin et ne se rend compte de rien. C’est l’évènement majeur à mettre en tête de palmarès dans sa petite vie actuelle. Il a soudainement pris conscience de la faiblesse mais encore plus de la puissance de survie léguée.

         Plus le temps passe, plus notre poisson se différencie des ses congénères. Il semble faire preuve d’une intelligence inhabituelle. Son aventure récente réveille en lui un désir de connaissance. Il faut partir en exploration de son habitat. Il gonfle subitement sa vessie natatoire et se sent immédiatement aspiré vers le haut. Il atteint rapidement une barrière lumineuse infranchissable qu’il ne comprend pas. Il expulse alors l’air de son ballast qui se remplit d’eau  et sombre dans l’abysse. Ces allées et venues sont un amusement. Sans l’aide d’un compère Archimède il comprend le principe. Mais que penser de cette frontière inébranlable. Malgré tous ses essais en aérodynamisme parfait, la limite ne bouge pas. C’est pourtant une barrière non traumatisante, souple et même vivifiante. Son système de propulsion ne doit pas être au point ? Il se promet de revenir pour résoudre l’énigme. Y a-t-il au dessus un monde parallèle ? Il est heureux de pouvoir se maintenir entre deux eaux pour le moment.

         Mais sa douloureuse expérience passée l’a aussi persuadé de l’existence d’autres êtres dans son monde. Il veut en avoir le cœur net. Que va-t-il découvrir ? L’indifférence, le danger, l’amitié, la déception ?

         Il navigue en ondulant suavement son corps à quelque distance de la surface lorsqu’il lui semble apercevoir dans un halo laiteux comme une ombre qui se déplace. En ‘’acutisant’’ sa vision, il distingue une ombre gracile de navette affublée de longues tiges très fines qui viennent dessiner une empreinte légère sur la surface barrière. A son approche précautionneuse, l’ombre s’évanouie. Autre énigme à revoir se dit il. Il poursuit son chemin en ondulant, insouciant parmi les herbes aquatiques. Il teste en passant la saveur des feuilles et aspire le suc des tiges bien trop dures pour les entamer. Son corps se laisse caresser par la cératophylle opulente ou le myriophylle à mile feuilles. Il approche maintenant de la rive et se laisse surprendre par deux grosses billes noires et fixes qui semblent épatées. Soudain une grosse masse verte portant ces billes se détend d’un coup et quitte le monde dans un remue ménage explosif provoquant des vagues gigantesques. Ses cartilages tressaillent. Il n’a pas pu suivre sa trajectoire, mais n’aurait elle pas franchi l’infranchissable ? A ce moment précis il est pris d’un doute angoissant. Il décide de réintégrer sa cachette de naissance, un lieu sûr.

         Sur le chemin du retour, il est dépassé par un être stupéfiant : il possède des nageoires comme lui, mais son corps est si long qu’il n’en voit pas la fin. Il en a assez vu ! Il bifurque sur la droite, pardon, sur bâbord et va se nicher dans son anfractuosité protectrice.

         Il ne peut fermer la membrane nictitante de son œil tant il est excité par l’extravagance de son périple diurne.

         Son petit cerveau amphibien pense.

    Que fais-je ici ?

    Qu’est ce qu’il y a derrière cette barrière qui semble poreuse ?

    Peut-il y avoir un autre monde si différent ?

    Y-a-t-il un poisson à l’origine de Mon existence ?

    Ma vie se résume-t-elle  à bouger, manger, éviter les dangers ?

    Qu’elle est la finalité de mon monde ?

    Il s’endort enfin, sans réponse.

     

         Le réveil se fait en douceur, la nuit a été réparatrice. Ses neurones se sont réorganisés dans la pénombre, sa conscience est excellente. Il baigne encore dans une demi-clarté qui était déjà présente à son endormissement mais qui s’intensifie vite. Un jour différent porteur de nouveauté s’allume. Il étire ses nageoires, ébranle sa queue,  fait vibrer ses écailles et ouvre grande sa gueule pour un déjeuner déjà servi. Des myriades de paramécies et animalcules attendaient derrière la porte pour venir nourrir leur hôte. Ses branchies rougies par l’oxygène incorporé l’autorisent  à un départ sécurisé vers l’aventure.

         Il décide donc d’agrandir son domaine d’exploration  mais, plus il nage et plus loin l’horizon se déplace, Il prend vite conscience, après plusieurs heures d’efforts, de l’immensité du monde et tressaille même en évoquant la possibilité nouvelle pour lui de l’infini. Est ce possible ? De nouvelles rencontres toujours différentes lui font oublier son souci immédiat. Il a côtoyé une pierre lisse têtue en déplacement, des énergumènes de son acabit de toutes formes et grosseurs, des ronds aux couleurs chatoyantes et ensoleillées, des immenses aux yeux féroces et aux dents acérées prêtes à vous ‘’écharpiller’’, des filiformes souples et ondulants. Il a bien regardé et il a vu passer, chose incroyable, à cheval sur sa frontière pour lui infranchissable, un animal immense, couvert ‘’d’écailles filamenteuses’’ et des nageoires rudimentaires ridicules et peu efficaces. Sa nage était nonchalante puis il a quitté le monde lentement  sans le moindre souci. Il en est resté les yeux tout « estourbillés ».

         Le temps passe et le corps s’allonge. Des prémices de sensations nouvelles encore évanescentes perturbent passagèrement son équilibre maintenant bien acquis. Il croit percevoir inconsciemment des volutes d’effluves qui trahissent  une présence sans consistance. Cela le rend mal à l’aise. Quel est cet inconnu qui ne se montre pas et qui le perturbe ? Y a t il encore des êtres insoupçonnés qu’il n’ait côtoyés lors de ses multiples pérégrinations lagunaires ? Seraient ce des fantômes, des zombis, des phantasmes ? Il se met sur ses gardes. D’heures en heures la sensation s’amplifie, son corps se gonfle, les écailles se disjoignent, ses branchies sont hypérémiques. Il n’en peut plus, son corps va exploser…. C’est alors que, surgi de nulle part, nimbé de lumière, exsudé de substances « phéromonales » excitantes imbibant tout le milieu alentour, un corps à lui identique secrétant une attirance irrésistible. Peu rassuré, il refrène son ardeur subite, mais lâche très vite les amarres. Plus il se rapproche de cet être et plus son corps lui échappe. Presque arrivé à son contact il esquisse un tangage incontrôlé qui vient frôler, ventre à ventre le corps de son partenaire pris du même vertige rotatoire. Il se souviendra longtemps de cette première caresse ventrale. La réaction de son corps est indescriptible. Ce qui est sûr, c’est l’extase issue de leur ballet aquatique indéfiniment renouvelé. Cette danse effrénée dure des heures, Son corps ne lui répond plus, celui de sa partenaire prend  des formes si tendues qu’à la fin elle explose d’un don orgastique et libère des myriades d’ovules matures qui se répandent dans l’eau trouble. Lui, à bout de tension laisse échapper de ses entrailles cette semence fécondante qui fonce à la recherche du dernier petit ovule perdu. La tension se calme peu à peu. Il faut maintenant surveiller au mieux cet essaimage de vie qui garantira une fois de plus la logique  de la vie. Non, il n’était pas dans ce monde d’eau que pour bouger, manger, et éviter les dangers. Il se sent plus fort maintenant qu’il sait qu’il est là aussi pour éterniser la vie. Dieu qu’il en a appris des choses  en cet instant, qu’il n’est pas maitre de son destin, que toute sa vie a été orientée à son insu pour cette fin.

         L’acuité de sa surveillance parentale sous contrôle hormonal pré établi s’émousse de jour en jour. Il oublie maintenant sa progéniture dont un individu peut être est englué  sous une pierre à l’intérieur d’une fissure quasi invisible. Il nage  dans l’insouciance de ce jour qui semble ensoleillé s’il se réfère à l’intensité du rayon qui fuse de l’autre monde. Mais que se passe-t-il la haut. Je paierai cher pour en faire la connaissance se dit-il. Mais il n ‘a aucune idée de la façon de s’y prendre. Cette sensation d’être prisonnier l’envahit. Il y a belle lurette que cela le tourmente. Il tourne en rond dans ‘’le halo mystérieux’’. Une angoisse soudaine l’enveloppe brutalement. Et si l’autre monde était dangereux ? Et si tout à coup un événement inattendu issu de l’au-delà surgissait là, tout de suite, et m’emporte à jamais à travers ce hublot ouvert vers le ciel? Il se sent seul. Il ne connait pas le terme d’angoisse métaphysique mais ca y ressemble. Il se dit qu’en compagnie d’autres poissons comme lui, il aurait pu échanger des idées et se sentir plus calme. Cette constatation nouvelle, je la mets derrière l’ouïe se dit il. Je verrai plus tard. Empêtré qu’il est dans sa réflexion, il ne prend pas garde à un petit objet qui a traverse sa voute céleste et flotte maintenant entre deux eaux. « Demain je vais tenter d’approcher d’autres compatriotes marins et proposer un rapprochement amical dans un premier temps » Il parle ainsi, à lui-même, et il est satisfait. Même il se sent pousser des…. ailes. Il gobe machinalement l’insecte tombé du ciel. Il se sent soulevé d’un seul coup, traverse l’enveloppe de son ciel en une fraction de seconde et se pose brutalement  sur un fond herbeux avec une grosse douleur des mâchoires.

         Son vœu vient d’être exhaussé par un paisible pécheur de l’autre monde. Ce monde qu’il souhaitait si ardemment explorer. Nul besoin de propulseur sophistiqué mais l’atterrissage a été trop rude tout de même. Déjà il ressent une chape de plomb qui l’enserre petit à petit. Il a beau faire fonctionner à fond et écarter au maximum ses ouïes qui se raidissent, il ne perçoit aucunement le bienfait habituel de la manœuvre. Son corps même s’assèche, son cerveau perçoit des volutes funestes qui tournoient, il ouvre à craquer sa gueule sanguinolente enferrée pas une hallebarde « hardillonnée » inextirpable, ses forces le fuient lentement et inexorablement. Il sent sa dernière heure venir, revoit son milieu aquatique si doux et en  vient à regretter son désir d’évasion inconsidéré. Il n’en peut plus. C’est alors qu’il est emporté dans les airs enveloppé d’une sensation chaude en même temps qu’une force suprême inconnue et inattendue tente de lui ôter de sa mâchoire dans une décharge de douleur atroce et indescriptible la barre de fer fichée dans sa chair. Rassemblant en un dernier sursaut la totalité de ses forces résiduelles, il réitère le coup de queue mémorable qui lui a sauvé la vie dans son jeune âge. Il se sent aussitôt libéré de la camisole chaude qui l’enserrait et plonger d’emblée, tête la première, dans le liquide salvateur, son milieu naturel nourricier et oxygénateur. La tête vide, le corps meurtri, il fonce sans réflexion vers son antre ancestrale protectrice et réconfortante, son doux sein de pierre. Il lui a bien fallu  une nuitée entière pour recouvrer ses esprits. Son expérience de vie post mortem trotte dans sa cervelle. Que s’est il passé  exactement ? Il ne lui reste qu’un vague souvenir de chaleur et de sécheresse. Cette sensation d’étouffement  a-t-elle été véridique ou purement inventée dans un délire engendré par le saut  de l’au-delà. Tout tourne dans sa tête. Son esprit très actif élabore de nombreuses théories très saugrenues et par lui invérifiables. Tout de même certaines prennent de plus en plus d’importance  à son jugement : pour lui, ce ne peut être qu’un être supérieur doué d’une puissance  inaccessible et qu’il convient donc de respecter. Gare a celui qui y contrevient. Un petit tour dans l’au-delà une fois  est amplement suffisant. Il décide donc de ne plus tenter l’exploration du ciel, bien trop dangereuse. Il décide aussi de ne plus se laisser aller à la tentation facile, aux mannes tombées du ciel, sièges possibles de pièges divins. Mais ! Doit-il garder pour lui ces connaissances nouvelles  issues du fruit de son expérience ? Ne conviendrait-il pas de les diffuser à des congénères incultes et influençables pour les protéger de la tentation ? Il décide donc sur le champ de partir en croisade pour porter la bonne parole et convaincre les incrédules. Cependant, il prend conscience qu’il lui sera difficile  de convaincre sans apporter la moindre preuve à ses dires farfelus. Il réfléchit de longues heures avant de partir à l’aventure dans les profondeurs de son continent.

    Bien sûr……mais voila la solution se dit-il.

    Les preuves de mes tribulations attribuables aux forces de l’au-delà, je les porte sur moi :

    -Voyez ma gueule tordue et défigurée avec une mâchoire dévorée par le fer de l’enfer que j’ai connu dans l’autre monde.

    -Voyez cette épine d’acier qui est restée fichée dans ma chair et qui provient de la lance qui voulait me transpercer le corps et qui s’est détachée lors de ma réintégration en ce monde.

    Voila les preuves formelles de l’existence d’une force supérieure à qui il faut obéir sous peine de poursuites insoupçonnées.

    Voilà la parole que je vous porte pour vous libérer du risque d’une mort atroce.

    Croyez-moi et venez à moi.

     

              Les prédications ont été difficiles, les convictions dures à accrocher, mais tout de même petit à petit, de quelques éléments crédules à quelques dizaines d’autres convertis nous sommes arrivés de nos jours  à de volumineux bancs de poissons que les forces de l’autre monde peuvent cueillir facilement pour des dégustations de fritures diablement goûteuses.